Ce devait être « l’occasion d’un échange ». Ce fut « une occasion manquée ». « Une grosse bourde », renchérit Emmanuel Njoh, « seul Africain de l’UMP » investi candidat pour les élections législatives de 2007. Lundi soir, dans une salle de banquet du XIIe arrondissement de Paris, quelque 330 convives appartenant au Cercle de réflexion des Franco-Africains (CERFA) s’étaient déplacés pour un dîner-débat avec le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy. 

Une première, organisée par Abderrahmane Dahmane, secrétaire national du parti majoritaire, chargé des relations avec les associations de Français issus de l’immigration. Une première et peut-être une dernière. Car Nicolas Sarkozy n’est pas venu. Une chaise lui avait été réservée à la table d’honneur. Il aurait dû partager l’entrée, le plat et le dessert avec les membres du CERFA, une association récemment créée, qui réunit les Noirs de l’UMP originaires d’Afrique subsaharienne. Alors, comme souvent, Sarkozy a dépêché son second, le fidèle Brice Hortefeux. Le ministre délégué aux collectivités territoriales fut accueilli par des sifflets. La déception, l’incompréhension et parfois la colère se lisaient sur les visages d’invités assez huppés, privés d’un dialogue avec leur chef, dont la présence se résumait à des affiches placardées sur les murs de la salle. Boston Goke, président de la DRIM (Diversité républicaine initiatives en mouvement) préféra quitter les lieux avec le reste de sa tablée. « On n’était pas venus pour manger, mais pour parler avec Nicolas Sarkozy. Je suis à l’UMP mais je ne voterai pas pour lui », fulmina-t-il en partant. Avocat à la cour, à Paris, Roger Sanvee commentait, amer : « Il a envoyé son émissaire (Brice Hortefeux). Chirac, qui est quelqu’un d’éminemment sympathique, n’aurait pas fait ça. Il se serait débrouillé pour être des nôtres, quel que soit son emploi du temps. » Abderrahmane Dahmane, averti de l’empêchement du ministre de l’Intérieur, avait tenté en vain de calmer les troupes : « Il y a quelques minutes, le président Sarkozy m’a appelé pour me dire qu’il est retenu pour une cause noble, sérieuse et difficile. Il m’a demandé de l’excuser. » Les premières huées avaient fusé. Mais quelle était cette cause impérieuse ? « Ça aurait pu être privé, mais ce n’est pas le cas. Nicolas Sarkozy est au ministère, Place Beauvau, avec Jean-Pierre Raffarin. J’étais avec eux avant de venir ici », confia Brice Hortefeux. Ainsi, à en croire le ministre délégué aux collectivités territoriales, une entrevue avec l’ancien premier ministre expliquait l’absence du président de l’UMP au dîner des Franco-Africains du parti. 

« Raffarin est sans doute allé négocier les conditions de son ralliement à Sarkozy pour les présidentielles », supposait un convive. Brice Hortefeux se sacrifia. Prenant la parole dans une ambiance délétère, il débita des propos généraux : « Quand on est né en Afrique, on ne peut que souhaiter que la France respecte l’Afrique et les Africains. (…) Les Africains méritent beaucoup mieux que le clientélisme, le paternalisme et l’assistanat », etc. Un orchestre malien de Paris, Bantou Sun, jouait des airs du continent noir sur des tambours et des balafons, des xylophones d’Afrique de l’Ouest. « Mais ils nous prennent pour qui ? s’énerva un membre du CERFA. On n’est pas une assemblée d’ambassadeurs africains. » Le comble du malaise fut atteint lorsque le groupe interpréta une Marseillaise « couleur locale ». Tous dans la salle se levèrent pour écouter, fou rire contenu, la musique. Mais on n’allait pas se séparer comme ça, sans prendre à nouveau rendez-vous avec Nicolas Sarkozy. Celui-ci fit savoir qu’il recevrait les 330 convives de la soirée aux vœux de Nouvel-An, début janvier, Place Beauvau. Le président de l’UMP, qui semble avoir perdu le « vote arabe », a peut-être, lundi soir, perdu également le « vote noir ».

Antoine Menusier

Antoine menusier

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