Faire un reportage sur une candidate à une élection municipale peut sembler quelque chose de facile. Surtout lorsque le but n’est pas de la rencontrer dans une chikissime chambre d’hôtel parisien, en dix minutes chrono, avec une liste de questions présélectionnées et interdiction de prendre des photos. Et bien non ! C’est parfois plus difficile qu’on ne le pense. Seybah Dagoma, 29 ans, tête de liste PS dans le 1er arrondissement de la capitale, en est le parfait exemple.

« Seybah Dagoma ne veut pas de médias », répond son attaché de presse. C’est un non catégorique de sa part. Ok… La chasse va pouvoir commencer. Par chance, le 1er arrondissement est tout petit. La « proie » est repérée dans un café situé à côté de l’église Saint-Eustache. « Bonjour, je suis du Bondy Blog, vous connaissez ? » « Oui, je connais », dit-elle avec un joli sourire. Je m’attendais à être jeté, mais non, au contraire, en un rien de temps nous sommes attablés autour d’un café. Elle me demande si c’est son attaché de presse qui m’a indiqué où je pouvais la trouver ? Je lui réponds que non. « C’est une campagne pour les gens, pas pour les journalistes », prévient-elle.

On commence à papoter. « J’habite le quartier depuis deux ans et quelques mois. On fait une campagne de proximité, ce n’est pas encore gagné », dit-elle. A quinze ans, Seybah Dagoma est devenue bénévole de l’association France Espoir à Sarcelles. Elle milite alors pour le PS sans carte d’adhérant. Elle en devient membre en 2005. Bien avant de rencontrer Bertrand Delanoë, elle a fréquenté les dinosaures socialistes en participant au club de réflexion social-démocrate « A Gauche, En Europe », fondé par Dominique Strauss-Kahn, Pierre Moscovici et Michel Rocard.

Seybah Dagoma travaille en ce moment à sa thèse dont le thème est « la restructuration de la dette des entreprises ». Cela lui laisse du temps à consacrer à sa passion : la politique. Et elle en veut : « Je fais de la politique depuis longtemps. » Je veux aborder avec elle la question de la diversité : « Je ne veux pas parler de diversité », tranche-t-elle.

En revanche, elle est intarissable sur son programme. Il est axé sur quatre thèmes. Premièrement, le logement : « pour permettre aux catégories moyennes, aux familles, aux jeunes, à des professions comme infirmière ou puéricultrice, de rester dans le 1er arrondissement, il faut plus de logements sociaux. » Ensuite, une solidarité intergénérationnelle : « développer l’économie solidaire, par exemple en venant en aide aux personnes fragilisées. » Troisièmement, le maintien des commerces et des emplois de proximité. Enfin : le renforcement de la démocratie : « c’est-à-dire plus de conseils de quartier, et des conseils de jeunesse.» Sa ligne de campagne : « faire du 1er arrondissement un arrondissement de familles. »

Nous quittons le café. On arpente le bitume à la rencontre des résidents. Opération tracts. Deux militants la suivent. Elle court, se précipite sur les gens qui ont des poussettes, qui sortent des commerces, qui rentrent dans leur immeuble… Dans son champ de vision, pas un n’échappe à sa vigilance. Elle me lance : « Le 1er arrondissement, c’est 17 500 habitants et 10 500 électeurs, mais 800 000 passages par les Halles chaque jour. »

Hop quelqu’un : « Bonjour Monsieur (ou bonjour Madame), vous habitez le 1er arrondissement ? » C’est sa question rituelle, avec le sourire. A ma question : « Ce n’est pas fatiguant ? », elle répond : «  Euh, non pas du tout. C’est comme ça que ça marche. » Elle et ses deux acolytes s’attardent devant le Franprix. Un type lui dit: « Ha, je vous ai reconnue, vous pensez avoir une chance ? » Elle réplique du tac-au-tac : « Oui, je compte sur vous ! »

Elle aperçoit un couple avec poussette, donne un tract. Un des deux militants lance : « Il faut voter pour elle. » La femme assure : « Ça sera fait. » Son compagnon ajoute : « Ecoutez, on vote pour vous, mais là il fait très froid. » « Au plaisir… Au revoir… », salue Seybah Dagoma.

Mais des passants viennent aussi vers elle. La candidate attire les regards. Un promeneur avec son petit chien s’adresse à elle : « J’ai voté pour vous au premier tour. En plus, vous êtes très jolie. » L’homme, à propos de François de Pannafieu : « Elle est de l’Opus Dei ! » Elle : « Ah bon ? Je ne savais pas. »

Un mec un peu paumé raconte ses problèmes : « J’habite maintenant Berlin, à Paris, je ne suis pas SDF, mais dix fois SDF, parce que je loge chez plein de copains. » Seybah lui répond : « Ecoutez, il y a 513 logements sociaux dans le 1er arrondissement, on s’engage à en faire 500 de plus. » Son interlocuteur : « Mais il n’y pas que ça, on m’a sucré le RMI. » Elle : « Ce n’est pas normal. Envoyez-moi un e-mail, mon adresse est sur le tract, racontez-moi tout et on verra ce qu’on peut faire. »

Cinq cents logements sociaux en plus ? Je m’interroge… « On rachète au prix du marché, explique un des accompagnants de Seybah Dagoma. Ce n’est pas de la dette en plus, c’est un investissement sociétal. De plus, on ne loue pas à perte, car ce sont des crédits à très long terme auprès de la caisse des dépôts. »

Rue Saint-Honoré, elle salue un jeune commerçant arabe, qui lui dit qu’il a voté pour elle. Il lui demande : « Alors, on va gagner ? – On verra dimanche, inch’Allah. Je compte sur vous. » Seybah Dagoma accuse un retard de 352 voix sur son adversaire UMP Jean-François Legaret. Commentaire d’un des aides de camp de la candidate : « C’est beaucoup ! »

Nicolas Fassouli

Nicolas Fassouli

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