Les résultats sont tombés, tout le monde les connais, pas besoin d’en dire plus à ce sujet. Pour le soir du premier tour, je comptais suivre Lynda Asmani, candidate UMP dans la 5ème circonscription de Paris. Son assistant m’annonce la veille qu’elle sera au 55 rue de la Boétie au siège de l’UMP, où il y aura également une majorité de candidats parisiens. Une fois sur place, mauvaise surprise pour moi, la responsable de la presse me refuse l’accès du lieu. « Pas de blogueur ! » me répète-elle. Durant la campagne présidentielle, jamais l’UMP n’avait refusé le BondyBlog. Mais cette fois-ci, Nicolas Sarkozy est déjà président, fini les petits journalistes de banlieues qu’on chouchoutait pour recoller les morceaux entre l’ex-candidat et les quartiers populaires. La récréation est terminée. Maintenant, ils ne servent plus à rien. 

iTélé, TF1, LCI, BFM, ainsi que tous les grands médias sont présents, s’agissant du BondyBlog, l’entrée n’est pas possible certainement à cause de mes baskets. Une autre personne reste en rade sur le trottoir, un militant UMP qui vient de se faire jeter par un agent de la sécurité. Pas de fête ce soir au siège, l’accès n’est autorisé que pour les médias et les hommes politiques, c’est une « réunion de travail ». Pour ma part, je n’ai pas jeté l’éponge, je croise une journaliste qui se débrouille pour me procurer une accréditation et finalement je rentre.

A l’intérieur, comme d’habitude à l’UMP, petits fours et grand traiteur pour les journalistes, les articles seront sympas si les journalistes mangent bien ! Nicolas Sarkozy a-t-il les médias dans la poche ? En tout cas, il sait s’en occuper, il y a un coin réservé exclusivement pour l’équipe de TF1. Traitement de faveur pour un bon traitement de l’information de la part du plus gros média français. 20h, l’annonce des premières estimations, seulement quatre militants face à l’écran, derrière eux, dix fois plus de journalistes. Ils leur sautent dessus pour recueillir des impressions, ces militants sont la seule matière exploitable sur place. Les journalistes a qui j’ai parlé m’ont dit que le métier est dur, il faut être un chacal, se battre, se pousser, se marcher dessus pour une photo, une question, une vidéo, tous le déplorent, mais tous le pratiquent. L’arrivé de Raffarin puis de Devedjian confirme cette règle. Le premier répond à quelques questions, le deuxième monte à la tribune pour un mini discours. Quant aux candidats parisiens que je suis venu voir, je n’en croise pas un seul. Lynda Asmani recueille près de 29 % des voix, son adversaire socialiste Tony Dreyfus approche les 36,5 %. Rendez-vous le 17 juin.

En sortant du 55 rue de la Boétie, j’ai eu un grand plaisir à dire « Au revoir !» à la responsable de la presse. Son regard exprimait la défaite face au petit blogueur de banlieue.

Chou Sin

Chou Sin

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021