« La Seine-Saint-Denis, c’est de la bombe baby… » Ce célèbre refrain du groupe NTM, deviendra peut-être l’hymne des nantis du 9-3, nantis de plus en plus nombreux à peupler ce département. Alors que certains décident de s’expatrier en Suisse, d’autres préfèrent se réfugier à Aubervilliers. Mais ils sont fous ? Pas si sûr !

Incroyable mais vrai, des contribuables assujettis à l’impôt de solidarité sur la fortune habitent dans un territoire qui évoque à beaucoup misère sociale et délinquance. Il semblerait que cette image d’Épinal soit en train de se brouiller quand on voit les chiffres du ministère de l’économie. En effet, selon Bercy qui a recensé les citoyens du 93 assujettis à l’ISF dans les villes de plus de 20 000 habitants comptant au moins 50 foyers concernés, plus de 4000 foyers du département vont devoir s’acquitter de l’impôt réservé aux plus aisés pour l’année 2008. Chose inattendue, ce chiffre est en pleine explosion : de 7% par rapport à l’année 2007 et de 144% par rapport à 2002. Mais qui sont ces bébés Rothschild, qui délaissent Neuilly pour Montreuil ?

Certains mauvais esprits, au regard de ces chiffres, vont sans doute penser que le trafic de stupéfiants se porte tellement bien, que les « barons de la drogue des cités » sont comme tous contribuables fortunés, soumis à l’ISF. On ne sait pas s’ils déclarent leurs revenus issus d’un commerce illicite, ça serait étonnant, mais ce n’est pas d’eux qu’il s’agit dans les chiffres précités.

Il y a d’abord les « bobos », terme crée en 2000 par le journaliste américain David Brooks dans son livre « Bobos in Paradise », purs produits de mai 68, libéraux après avoir été libertaires, ils sont artistes, écrivains, journalistes, occupant une profession libérale, ils votent Europe écologie, ils aiment habiter dans des lofts, ils sont anticonformistes, ils sont végétariens. C’est la flambée des prix de l’immobilier à Paris (prés de 6147 euros le m2), qui pousse de plus en plus de bourgeois-bohèmes à émigrer vers des territoires moins rudes financièrement. « Je louais avec ma copine un T3 dans le 17e arrondissement, raconte Yves, quadra dynamique, mais très vite, avec l’arrivée de notre petite Maëva, on a eu envie d’acheter un appartement. A Paris, c’était impossible compte tenu des prix. On a jeté notre dévolu sur Montreuil, et plus particulièrement sur un ancien atelier qu’on a retapé et transformé en loft. » CQFD !

Même si ces bobos – ou plus simplement individus qui ont trimé pour se faire une bonne place – échappent à la cherté de l’immobilier parisien, une partie d’entre eux sont soumis malgré tout à l’ISF. Il leur suffit – c’est déjà beaucoup – de détenir un patrimoine supérieur à 790 000 euros. Et des propriétés qui dépassent cette somme sont légions dans certaines villes du 93 : Montreuil, Villemomble, Romainville… Ces dernières années, la hausse du prix du m2 en Seine-Saint-Denis atteignait plus de 25% tous les ans. Même si on constate un ralentissement de près de 9% depuis la crise, c’est la flambée de l’immobilier qui y a fait exploser le nombre de contribuables assujettis à l’ISF. Les bobos ne sont pas les seuls à trouver l’herbe plus verte sur les collines de La Courneuve.

Depuis plusieurs années, la Seine-Saint-Denis est un nouvel eldorado pour nombre de grands groupes qui y ont installé leur siège social : Generali, Lactalis… France Télécom construit actuellement un site de plus de 34 000 m2. Bientôt le quartier de la Défense sera détrôné par le 9-3.

Il est vrai que les pouvoirs publics n’hésitent pas à dérouler le tapis rouge en versant des millions d’euros de subventions pour attirer les entreprises en Seine-Saint-Denis. Ces dernières ne viennent pas seules, elles arrivent avec leurs cadres souvent aisés qui décident de s’installer dans le coin. Ils sont rarement locataires, le plus souvent propriétaires d’un bien immobilier, et détiennent un bas de laine conséquent, dans ces conditions ils n’échappent pas à l’ISF. Résultat des courses : en Seine Saint Denis, des gens percevant le Rmi côtoient tous les jours des contribuables assujettis à l’ISF. Peut-on parler pour autant de mixité sociale ?

Chaker Nouri

Chaker Nouri

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