Teaki Dupont est conseillère régionale sortante UDI (Union des démocrates et indépendants) et première adjointe au maire de Plœmeur (56), dans le Morbihan. Candidate à sa succession sur la liste d’union de la droite et du centre de Marc Le Fur, elle s’est entretenue avec Oumar.
« Je n’ai pas envie d’être une comète, les comètes ça passe », affirme Teaki Dupont à propos de son ascension fulgurante dans le monde politique. Aujourd’hui conseillère régionale sortante et première adjointe au maire de Plœmeur, en Bretagne, la Polynésienne de 42 ans a eu un parcours unique en son genre.
« Mon enjeu était créer mon emploi car je savais que je trouverai difficilement chaussure à mon pied », explique Teaki qui a crée deux écoles du réseau Pigier à Lorient et Brest en 2003 et 2004. Ces écoles privées proposent des formations d’enseignement technique du CAP à BAC+5.
Simple sympathisante à droite, la chef d’entreprise décide de se présenter aux élections municipales de la ville de Plœmeur en 2008 à la suite de différents avec le maire Loïc Le Meur. Ce dernier est finalement réélu avec plus de 60% des voix.
Chef d’entreprise aux origines polynésiennes et mère de trois enfants, le profil de la nouvelle femme politique intéresse. « On cherchait des personnalités qui sortaient du lot pour les régionales. Grâce à mon entreprise j’avais acquis un savoir-faire que je souhaitais exploiter à plus grande échelle », avoue-t-elle. Elle se présente alors.
Élue dans l’opposition en 2010, elle découvre alors la difficulté de combiner deux activités qui lui tiennent à cœur : « c’est compliqué car ça ne fait pas bon ménage. En réalité j’ai compris que mon personnage pouvait prendre en otage mon entreprise ».
Bien qu’attachée à ses écoles, la femme d’affaire décide de céder ses parts afin de donner une plus grande dimension à son engagement politique.
Conseillère régionale façonnée par le secteur privé, la femme souriante et hyperactive s’investit alors pleinement pour l’apprentissage et la jeunesse. « Les jeunes sont abandonnés alors que ça devrait être notre cause numéro un. Quand on donne un moyen à la jeunesse de se former, d’acquérir un savoir-faire, ça marche ! », précise celle qui se sert de son expérience professionnelle afin de proposer des solutions au département du Morbihan.
Forte d’une nouvelle expérience, Teaki retente sa chance aux élections municipales de sa ville en 2014. Plœmeur, commune de 18700 habitants sans McDonald’s. « C’était une union à trois listes. On ne m’a pas donné l’investiture alors j’y suis allée simplement. Nous avons ouvert plus de 4000 portes afin de présenter notre projet » déclare-t-elle avec fierté. L’union gagne les élections mais la première liste l’emporte de 70 voix. Teaki devient alors première adjointe au maire, Ronan Loas.
Si Teaki se définit maintenant comme « la plus à gauche de la droite », cela n’a pas toujours été le cas: « j’étais à l’UMP jusqu’en 2011. Je suis passée à l’UDI car ça ne collait plus, je ne pouvais pas aller dans les marchés et dire ce que je ne pense pas. La droite a trop glissé vers l’extrême alors que le problème de la France n’est pas ethnique, il est économique ». Son passé à l’UMP se résume à présent à quelques photos où elle apparaît toujours tout sourire et tout de rouge vêtue.
Le danger « d’être représentés par des gens qui n’ont pas bougé »
Se définissant comme « libérale sur le plan économique mais pour le social qui fait rebondir », l’élue pense que l’économie est une priorité censée réguler les problèmes sociaux. Il est donc indispensable selon elle d’avoir des dirigeants qui connaissent le monde du travail. « On peut pas refaire la société française avec des gens qui ne savent ce que c’est de chercher un emploi, d’en perdre, d’en créer. Cela doit être la qualité première d’un responsable politique », argue-t-elle.
« Je ne veux pas viser de personnes mais je pense que les hommes politiques vont vers la facilité. Il n y a qu’à regarder le nombre de chefs d’entreprise chez les parlementaires. C’est un danger d’être représenté par des gens qui n’ont pas bougé » affirme la belle brune qui est pour une parité hommes-femmes mais surtout pour une parité d’élus venus du privé et du public. Dans les deux cas nous la retrouvons dans la minorité.
Si l’intégrité politique de la conseillère régionale l’oblige à ne pas pointer ses confrères du doigt, celle-ci doit bien avouer qu’elle parle en conséquence de cause. Récemment, Teaki Dupont exprimait son dépit à Ouest-France quant à sa 12ème place sur la liste de Marc Le Fur pour les élections régionales de Décembre. « Je ne voudrais pas apparaître pour une victime car je ne me sens pas discriminée et que je pense que les choses peuvent encore évoluer », avoue-t-elle, ne souhaitant pas alimenter les polémiques.
Des échéances des élections à cette 12ème place, les régionales lui ont réservé de nombreuses surprises. « Au départ nous pensions que le mandat durerait 4 ans puis 6, c’est finalement 5. La dernière année nous ne savions même pas à quelle sauce nous allions être mangés. C’est un manque de respect par rapport aux régions ! », s’exclame celle qui perdra sa place en cas de défaite.
Une défaite envisageable au vu de la percée qu’opère le Front National depuis de nombreuses années. « La montée du FN est une inconnue, ça m’inquiète. Ce serait le repli sur soi. Déjà qu’on se tire de nombreuses balles dans le pied…» regrette-t-elle, perdant alors quelques instants son rire charmeur.
En attendant une issue impossible à deviner, elle reste pragmatique. « Je n’ai rien eu facilement. Je n’ai pas de parent en politique, je ne suis pas la fille de, la femme de, la nièce de… La politique est un milieu impitoyable mais je suis confiante. Les citoyens savent reconnaître les élus qui se battent pour eux et les représentent dignement » poursuit-elle. Ambitieuse qui n’a pas peur de l’échec. Si elle garde sans doute cette « anomalie » qu’est sa 12ème place en travers de la gorge, Teaki ne crachera le morceau qu’après les élections. « À quoi ça sert de cracher sur l’arbitre ? Je suis optimiste, on verra le 13 Décembre ».
Oumar Diawara

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