Des mesures encourageantes

De ce discours d’Edouard Philippe, certaines annonces ont reçu un accueil positif des professionnels concernés. La prime de fidélisation est jugée, par exemple, comme une solution intéressante pour répondre au problème massif du turnover. Il s’agit pour rappel d’une prime, d’une valeur de 10 000 euros, à destination des agents de l’Etat demeurant au moins cinq ans à leur poste en Seine-Saint-Denis.

Clémentine Autain, députée LFI, juge cela par exemple intéressant mais prévient : « Les conditions de travail restant le premier facteur permettant de fidéliser les fonctionnaires, il aurait été impératif d’aborder ce sujet pour répondre au problème principal du corps enseignant ».

L’aide à l’installation des médecins dans le département, en prenant en charge jusqu’à 100% de leur investissement, est là aussi une annonce reçue positivement dans le milieu médical. La sénatrice (LR) Annie Delmont-Koropoulis, médecin généraliste à Aulnay-sous-Bois et spécialiste de la santé, a par exemple salué certaines avancées sur Twitter.

Un recyclage d’annonces déjà faites

Petits artifices classiques de communication. Certaines des annonces faites ce jeudi étaient en fait de simples redites, parfois maquillées, de décisions prises bien en amont et connues des acteurs concernés. C’est le cas du relogement de la sous-préfecture de Saint-Denis. Le caractère exigu du batiment actuel est connu de longue date. L’Etat s’était même engagé, en 2009, à reloger cette sous-préfecture et avait acquis en ce sens l’ancien siège du journal L’Humanité.

Après quelques rebondissements, le gouvernement s’était formellement engagé et une première pierre avait même été posée pour une ouverture prévue en 2018 ou 2019. Finalement, le projet avait été abandonné, le site étant jugé trop coûteux à rénover et l’Etat s’était appliqué à trouver un nouveau bâtiment, jetant son dévolu sur les locaux de la Banque de France dans la ville. Mais le projet est dans les tuyaux et des équipes travaillent déjà dessus, à la municipalité et à la préfecture. Rien de bien nouveau, donc, sous le soleil.

L’extension annoncée du tribunal de grande instance de Bobigny est elle aussi un vieux serpent de mer. Mais le principe de sa rénovation profonde avait déjà été acté et figurait même dans la programmation immobilière du ministère de la Justice, comme l’atteste ce document de février 2019.

Même constat sur la rénovation du commissariat d’Aulnay-sous-Bois. C’est un projet vieux de dix ans, sur lequel l’Etat s’était déjà engagé. En 2013, une cérémonie de pose de la première pierre avait même eu lieu ! La commune s’est déjà positionnée en mettant à disposition un terrain et la Région a acté une prise en charge de 50% du financement. L’Etat reprend ainsi en main un dossier qu’il avait laissé prendre la poussière au fond d’une armoire.

Des annonces floues et pas chiffrées

Le choix des mots n’est jamais anodin chez un homme politique. Edouard Philippe a usé et abusé ce jeudi du vocabulaire de… l’à peu près. L’ouverture d’une session de formation d’officiers de police judiciaire à Saint-Denis ? Pourquoi pas, il faudra voir. Les modalités de la prime de fidélisation ? Il faudra en discuter. Le passage de 200 à 500 jeunes concernés par la préprofessionnalisation ? Possible, probable même. Débrouillez-vous avec ceci.

Globalement, le plan du gouvernement s’est distingué par son absence de chiffres, d’échéances, de détails. Il est même, en certains aspects, trop flou pour en tirer de réels enseignements. Quand le gouvernement parle d’une prise en charge de l’installation des médecins dans le 93 « jusqu’à 100% », cela veut tout et rien dire à la fois. Idem quand il évoque la priorité donnée aux projets de vidéosurveillance ou celle accordée aux fonctionnaires locaux pour toucher la bourse au logement étatique. Une priorité, c’est une intention, mais comment la matérialisation, la rendre concrète ? Pas de réponse là-dessus.

Des grands oubliés

Où était le collège ? C’est là que se concentrent les difficultés, le décrochage scolaire, les premières sorties de piste, les redoublements massifs, l’orientation par défaut… Et pourtant : pas un mot sur le collège dans la bouche du Premier ministre. Le rapport Cornut-Gentille-Kokouendo était pourtant limpide sur la question. Les profs sont très peu remplacés quand ils sont absents. Le recours multiple aux expulsions fait que, chaque jour, il y a l’équivalent d’un « collège fantôme » dans le département. L’éducation prioritaire est un échec. Sur tout ça, silence radio. Tout comme sur la question du développement durable et de l’écologie, domaine dans lequel les habitants du 93 souffrent aussi d’une inégalité.

L’absence de Muriel Pénicaud, aussi, a pu surprendre. La ministre du Travail n’était pas du commando ministériel de ce jeudi alors que le chômage est peut-être le fléau majeur de la Seine-Saint-Denis. Ce n’est pas une mission régalienne, c’est vrai, de l’Etat. Mais la surcharge et les dysfonctionnements des agences de Pôle Emploi, l’incapacité des grands groupes qui s’installent dans le département à recruter localement ou les discriminations à l’embauche constituent autant de sujets qui auraient eu leur place ce jeudi à Bobigny. Et des sujets sur lesquels le gouvernement aurait pu choisir d’agir, enfin, de façon forte.

Amine HABERT et Ilyes RAMDANI

Crédit photo : Twitter / Gouvernement

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