Dans un élan volontaire, un collectif d’habitants de Trappes s’est crée pour relayer la version des faits du contrôle d’identité qui à embrasé la petite ville des Yvelines. Une version qui contredit celle du Procureur. Reportage.

C’est un hôtel, au bord d’une départementale, dans une zone industrielle de Trappes, où on peut s’arrêter le temps d’une nuit, sur la route d’ailleurs. Les voitures dévalent le bitume cramé. Tout en haut, le soleil fait croire qu’il ne vaincra jamais. La salle de réunion de l’hôtel Balladin n’est pas vraiment climatisée, prises d’assaut par des micros et caméras pointées.

« On a demandé à la mairie de nous prêter une salle, mais ils n’ont pas voulu. Alors, on a loué, pour une centaine d’euros, la salle de cet hôtel », regrette Fanta Ba, rencontrée deux jours plus tôt à Trappes, transformée bélier du « Collectif de citoyens de Trappes », suite aux feux des nuits d’avant. Elle précise quand même qu’elle n’a « aucune couleur politique », juste l’envie de transmettre ses faits et ses vérités.

Jusqu’ici, les médias avaient écouté et relayé à l’infini la version du procureur. Aujourd’hui, ils sont là pour celle du collectif. Il y a Fanta, mais aussi Morad, Mohamed, Alix et Semba. Ils sont tous d’ici, depuis plus ou moins toujours. Tous à peu près militants. « On a toujours fait des choses, mais dans l’ombre », dit Fanta. Mohamed Kamli, lui, est un conseiller municipal d’opposition à la mairie rose, mais « dans le collectif, en tant que citoyen ».

Tout ça s’est fait un peu vite. « Hier, on a fait une réunion avec un coach pour notre première conférence de presse ». Dans la matinée, les SMS ont volé un peu partout. « On n’avait pas prévu autant de monde, on ne s’y attendait pas ». Dans la salle exiguë, il y a le collectif et des habitants face à des journalistes. Les uns pour raconter ce climat tendu, depuis quelques temps, entre les habitants et la police, aux autres. Chacun s’écoute.

Tous s’accordent sur le fait que la police compte de nombreux débordements à son actif. Semba déplore « ces habitants qui, face à la police, sont effrayés ». Une autre se souvient de la première nuit où les choses se sont mises à brûler et où « ils ont tiré sur nos balcons. « Et Cécile, trappiste dans l’âme, raconte « ce jour où un policier, en passant en voiture, m’a fait un doigt, sans raison ». Cécile ajoute même, sans avoir l’air de rire : « Si vous allez au commissariat de Trappes, on vous reçoit pas. Alors les Trappistes vont au commissariat d’Elancourt pour déposer leurs plaintes. Allez faire votre petite enquête les journalistes. Ça, tout le monde le sait à Trappes ! »

Sur les faits qui ont lancé les hostilités, le collectif rappelle que « le premier geste brusque » vient d’un policier quand « il a bousculé violemment la mère » de la femme contrôlée. Fanta recentre les choses, prévient qu’il ne faut pas non plus « généraliser », mais « il y a un manque de dialogue dans les deux sens : entre la police et les habitants ». Mohamed reprend, en affirmant que « les propos de Valls et du préfet, toujours du côté des forces de l’ordre, n’ont fait que créer de nouvelles tensions. »

Morad, acteur associatif, debout, prend le micro et en profite : « On voit bien que les politiques ont perdu le lien en dehors des élections. » Il sera le premier à lâcher le mot qui, plus tard, résonnera un peu partout. « Election ». Dans la salle qui commence à bouillir sérieusement, Michael, militant socialiste de Trappes, se demande si « Mohamed, élu de l’opposition » n’essaye pas de récupérer les événements pour d’autres instances. Les deux se tutoient. Mohamed, membre du collectif, reprend qu’il est un politique « mais qui va au devant des citoyens. » Une réponse politique.

La conférence se termine comme ça. Mais tout reprend, en un peu plus fort, dans les couloirs de l’hôtel et sur le parking. Jusqu’ici les mots étaient choisis, bien contenus. Rapidement, tout se mélange. Cécile, comme quasiment tous les présents, reconnaît l’importance de la conférence mais « n’aime pas la méthode. » Elle se demande : « Est-ce qu’ils font ça pour eux ou pour après ? »

« Après », ce sont les élections municipales, prochaine échéance. Seul le temps dira si le collectif, d’ici là, sera une liste… Selim, habitant presque amoureux de sa ville, est convaincu d’autre chose : « Ce sont des gens qui veulent passer à la télé. » Les ondes, entre quelques habitants et le collectif, commencent à se brouiller. Selim redonne un coup sec, en pointant, derrière, les caméras agrippées au collectif : « Ces gens là ne me représentent pas. »

Trappes, depuis, a recommencé à faire ses nuits sans agitation. Il y a toujours, près du commissariat, des camions de CRS stationnés et prêt à surgir à la moindre étincelle. Le collectif « et des habitants », bientôt, rencontreront, « hors caméra », l’élu du coin devenu ministre, Benoit Hamon. Sûrement, d’ici là, l’affaire sera déjà étouffée, presque effacée des mémoires. Les caméras seront déjà loin. « Et le problèmes de fond ne sera toujours pas réglé », d’après Selim. Et puis, une autre petite flamme relancera un grand feu. Ailleurs.

Mehdi Meklat et Badroudine Abdallah

Photo : (Le Parisien/L.M.)

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