L’un des moments forts de nos réunions de rédaction c’est à la fin quand les ordres de missions tombent. « Jeunes, boite, fête, toute la nuit !» ces mots prononcés par Sandrine pour décrire les nuits blanches de L’UMP, ont été le stimulus parfait pour éveiller mon système nerveux à un réflexe digne d’un chacal, conduisant mon bras à arracher l’invitation en un geste vif, magnifique d’avidité. « Je suis refait pour le week-end » pensais-je. Mais de la fiction à la réalité il n’y a qu’un pas. Pour le coup il y en eut facile quelques milliers, cette fameuse soirée se déroulant à Aubervilliers dans un quartier complètement enclavé, à une demie heure de marche de la station de métro la plus proche. Mon sens de l’orientation digne d’une huître m’interdisant d’y aller seul, je recrutais donc une nouvelle fois Vuu San, mon ami expert en coups tordus qui a déjà travaillé pour le blog (voir mon article sur Ségolène à Bondy). Il possède en outre la faculté très prisée dans nos contrées, de pister une fête dût-elle se trouver en Alaska.

Après une heure et demie de voyage on arrive enfin aux fameuses nuits blanches de l’UMP. Ces festivités sont organisées par les jeunes populaires de l’Est francilien, des militants de 18 à 30 ans de la Seine et Marne, du Val de Marne et de la Seine-Saint-Denis. Cette cérémonie aurait pour but de motiver les troupes dans une période où l’actualité politique est dominée par le congrès du PS. Quelle bande de petits coquins, qu’est-ce qu’il ne faut pas inventer comme mytho pour faire la fête. Comment vous décrire des jeunes militants de l’UMP qui s’éclatent en boîte? Ils sont tous en costard Hugo Boss, parlent un langage châtié, et ont de l’argent qui déborde des poches. Non je deconne, un jeune qui vote à droite c’est un jeune comme les autres, il faut bien le reconnaître. Se côtoient des chômeurs, des cadres, des étudiants, des noirs, des Maghrébins, des Français pas issus de l’immigration et beaucoup de filles moches, un bon négatif en somme de ce qu’on peut voir sous nos latitudes périurbaines.

Les organisateurs semblaient même tellement en déche qu’on nous a refusé le carton d’entrée donnant droit à une boisson gratuite, « bande de crevards de capitalistes ! » leur cria mon ami dans sa frustration. En parlant d’organisateur, j’en ai attrapé un dans un coin qui m’a raconté ce que c’était qu’être militant UMP en Seine-Saint-Denis. C’est une vie faite de clichés apparemment, d’abord au sein du parti, quand des membres de la section parisienne viennent vous faire une visite dans le 93 « j’ai garé ma voiture en bas ça risque rien hein ? », puis face aux militants adverses : « t’es le premier mec de droite que je trouve sympa, c’est ce que m’a dit un militant de Lutte Ouvrière sur un marché après une discussion » m’affirma Fabien l’organisateur en question. Interrogé sur les enjeux d’un militantisme UMP dans notre département il répond : « On veut montrer que le militantisme de terrain n’est pas le monopole de la gauche. On aimerait également que notre parti soit plus en phase avec la réalité, enfin, encore plus qu’il ne l’est déjà ». Il conclut la conversation en nous proposant un verre, réparant l’impair des gougniafiés postés à l’entrée. Le tour de la soirée fut vite fait, on rentra à la mère patrie en transgressant une des lois fondamentales régissant la vie nocturne d’un vrai rat de Bondy, en prenant un taxi.

 Idir Hocini

Idir Hocini

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