L’annonce est tombée hier en fin d’après midi, Azouz Begag démissionne, il ne sera pas remplacé. La nouvelle n’a eu pour le moment que peu d’impact à quelques jours du premier tour de la présidentielle. Le ministre ira-t-il même jusqu’à rater son départ du gouvernement ? Il faudra attendre quelques jours pour en être sûr. Pour ceux qui doutaient encore de l’utilité de son ministère et de la considération que l’équipe gouvernementale avait pour son travail, c’est tranché. Il reste trois mois avant que le nouveau gouvernement qui émanera des législatives prenne ses fonctions et le ministère de l’égalité des chances restera vacant.

On a souvent reproché à Azouz Begag d’être un ministre alibi. Il a fait la tournée des plateaux de télévision pour mettre sur la place publique le thème de l’égalité des chances mais il n’a jamais vraiment convaincu. Mais était-il convaincu lui-même ? L’auteur Azouz Begag avait pourtant été une véritable révélation pour des milliers de jeunes des quartiers qui se sont retrouvés dans « Le Gône du Chaâba » ou dans « Béni ou le paradis privé » qui présentaient pour la première fois l’immigration sous un visage avouable. Il a fait de nombreux essais sociologiques, notamment en analysant la distance qui sépare les quartiers sensibles des centres ville comme l’une des formes importantes de la ségrégation (« Du bon usage de la distance chez les sauvageons » Le Point, 1999). 

S’il est un auteur de référence sur les questions urbaines avec une empreinte incontestable, il sera complètement passé à coté de son ministère. Pourtant, il a eu mille occasions de s’affirmer ou de faire entendre sa parole. Il avait commencé à le faire au moment des violences en banlieue à l’automne 2005 en parlant de sémantique guerrière du ministre de l’intérieur mais il s’était vite couché lorsque Nicolas Sarkozy lui avait fait les gros yeux. Nous l’avions interrogé sur le sujet et il nous avait répondu qu’il n’y avait rien à ajouter et qu’il fallait ramener l’ordre. S’il avait menacé de démissionner à ce moment là, cela aurait eu un autre effet. Il a préféré se taire et rentrer dans le rang. Il a subi des humiliations de toutes sortes, nous avions entendu parler d’insultes racistes, de provocations physiques à son égard de la part de certains membres du gouvernement !

Azouz Begag aura-t-il fait avancer la cause  ou a-t-il été selon sa propre formule « l’arabe qui cache la forêt ? ». Il sortira dans quelques jours un livre intitulé « Le mouton dans la baignoire » en référence aux paroles de Nicolas Sarkozy lors de l’émission de TF1 « j’ai une question à vous poser ». Espérons qu’il reprenne goût à l’écriture.

Mohamed Hamidi

Mohamed Hamidi

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