MUNICIPALES 2014. Quelques jours avant le premier tour des élections municipales, les primo-votants Drancéens ont été invités à l’hôtel de ville pour une cérémonie de remise de leur carte d’électeur. Certains pensent déjà à renoncer à leur toute première fois dans l’isoloir.

« Conformément à la loi, vous avez été inscrit sur la liste électorale de Drancy à la date de votre 18e anniversaire. Afin de marquer votre entrée dans la vie citoyenne, la municipalité vous invite à la cérémonie de remise officielle de votre carte d’électeur ». Voilà ce que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres il y a quelques semaines. Je suis donc allée chercher ma carte d’électrice.

Jeudi 6 mars, à 18 heures, je me dirige vers la mairie. À l’arrêt du bus je croise une ancienne camarade de classe : « Tu viens aussi pour récupérer ta carte ? -Ma carte ? Quelle carte ? -Bah ta carte d’électeur -Non moi je rentre chez moi là, je pense qu’ils me l’enverront à la maison et de toutes manières je pense même pas aller voter – Mais si c’est impor… -ah y a mon bus, vas-y Sarah à la prochaine ». Sur ces mots je me dirige vers la salle Louis Méret, où le rendez vous est fixé. Dehors, devant la porte, le candidat PS de Drancy, Hacène Chibane distribue des tracts avec quelques militants : « Maintenant que vous pouvez votez, faites le bon choix les jeunes ».

La salle est pleine. Je retrouve pleins d’anciens camarades de classe, quelques-uns sont venus avec leurs parents. Très vite, le maire, Jean-Christophe Lagarde, commence son discours. Comme dans une salle de classe, il y a les élèves sérieux qui sont devant et écoutent attentivement, et ceux qui sont au fond, près du radiateur pour bavarder plus tranquillement. Pour le coup, il y avait beaucoup de monde au fond de la classe. Pourtant, parmi ces fonds de la classe, beaucoup étaient premiers à l’école. « On sait ce qu’il va nous dire et puis on a bien compris son petit jeu : nous inviter, comme par hasard à quelques semaines des élections pour boire un jus d’orange et nous distribuer nos cartes, on ne me l’a fait pas à moi » m’explique Sabry, qui justifie sa présence parce que « ma mère elle m’a pris la tête pour que je vienne… Et puis ça permet de revoir des anciens. »

Le discours du maire prend fin. On retiendra que « c’est la première et dernière fois que vous êtes inscrit sur les listes électorales, les fois suivantes il faudra que vous fassiez vous-même la démarche, si vous déménagez par exemple. » Avant de poser son micro, le maire nous explique qu’il va falloir se diriger vers les bureaux qui sont derrière nous afin de récupérer notre carte.

Voyant un monde fou se précipiter vers ces fameux bureaux, nous préférons attendre quelques minutes avant d’y aller à notre tour. On en profite pour discuter. Entre deux ragots, j’arrive à tirer les vers du nez à mes camarades. « Ça va être une carte comme une autre, je vais sûrement autant l’utiliser que ma carte fidélité Sephora, que j’utilise pas souvent vu l’état de mon compte en banque », glisse Célia un sourire en coin. « Je le sais que c’est important de voter, mais pour qui voter franchement ? Lui ? (en montrant Jean-Christophe Lagarde) Quand j’étais en maternelle il y avait déjà sa tête sur les marque-pages des livres distribués par la ville en fin d’année, à un moment donné il faut changer. Niveau « vraie droite », je me vois pas voter à droite, c’est contre mes principes. Et à gauche, Hacène Chibane, j’sais pas je le sens pas du tout, et puis depuis que François Hollande est président, moi je crois plus trop en la gauche », conclut Célia.

Bien évidemment, lors de cette cérémonie il y avait également des jeunes qui croient encore en ces élections et en la politique de manière plus générale. Mais ces derniers sont rares à trouver, et puis quand on parle avec eux, on se rend compte qu’ils sont également très sceptiques : « Bien sûr que je vais voter, c’est mon devoir de citoyen. On me le répète tellement depuis que je suis petite. Je vais voter pour voter, j’ai commencé à me renseigner concernant les programmes des candidats, mais ça ne me parle pas » m’explique Lila.

Bilan : les jeunes de mon âge ne croient pas vraiment aux idées politiques qui leurs sont proposées.
« La jeunesse est au cœur de notre programme ». Voilà le discours entendu et ré-entendu dans la bouche de beaucoup de politique ces dernières années. On ne doit pas parler de la même jeunesse.

Sarah Ichou

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