Ouvrons les hostilités en ce week-end plein sud. Un week-end à Paris, dédié à l’Union pour la Méditerranée (UPM), en présence de 44 chefs d’Etat et de gouvernement. Un week-end où le président Sarkozy sort le grand jeu au Grand-Palais. Où de grands démocrates, tels Bachar Al Assad ou l’ami Ben Ali, seront reçus sous les ors de la République française. Mais c’est un autre sujet.

Samedi, en levée de rideau, l’association Terrafemina.com a organisé un colloque tout aussi exceptionnel au Sénat. Un rassemblement où plus d’une quarantaine de femmes, toutes venues des pays concernés par l’UPM, ont évoqué la dure réalité de « la situation des femmes ».

Face à une assemblée à majorité féminine, Khedidja Belhadi, chef d’entreprise algérienne dans le secteur de la construction, prend la parole. Sans « crédit », sans « prêt », c’est « à partir de 1985 » qu’elle s’engage sur ce terrain « réservé aux hommes ». « Quand je suis arrivée dans le milieu du bâtiment, explique-t-elle, on voulait savoir ce que je faisais là ! » Une barrière sexiste qu’elle réussira à franchir. Aujourd’hui, elle est un symbole. Khadidja Belhadi est la première à avoir créé sa propre entreprise de construction en Algérie.

Une Syrienne, Sonia Khandji, vante le système syrien (démarche rare !), avec son « égalité des salaires » entre hommes et femmes, et qui a même « une femme vice-présidente ». Et en France ? Françoise Holder, directrice du groupe Holder (boulangeries Paul, Ladurée), n’a pas la langue de bois. Pour elle, qui a commencé à « travailler à 21 ans », « il ne faut pas dire que dans les pays du Nord, tout va bien ». Et pour cause, Françoise Holder, ancienne juge dans un tribunal de commerce, dit avoir été confrontée, dans cette corporation, au « machisme ».

La star de cette journée consacrée aux femmes est sans conteste Rama Yade. C’est en début d’après-midi que la secrétaire d’Etat débarque dans les couloirs du Sénat. La présidente de Terrafemina.com, Véronique Morali, l’accueille pour un discours. « Chères amies avec un E », salue Rama Yade. Puis, celle qui est chargée des droits de l’homme, annonce qu’elle mettra le droit des femmes « au cœur » de la présidence française de l’Union européenne.

Enfin, après avoir longuement évoqué Germaine Tillon, grande figure de la résistance disparue le 19 avril dernier, et avant de « saluer le combat des militants des droits de l’homme », elle déclare qu’elle se battra pour que « l’homosexualité soit dépénalisée ». Parviendra-t-elle à se faire entendre, notamment par l’Egypte, qui emprisonne les homosexuels qu’elle « chope » lors d’arrestations groupées ?

Les femmes se sont donc exprimées. Quelques hommes ont écouté. Aujourd’hui, les dirigeants, des mâles dans leur écrasante majorité, se feront des courbettes et prendront peut-être des décisions, plus techniques (dépollution de la Méditerranée, construction d’université, etc.) que politiques. Alors, est-ce que parmi cette quarantaine de chef d’Etat et de gouvernement, la situation de la femme sera débattue, au moins un peu ? Nous l’espérons. Khedidja Belhadi l’affirme : « C’est l’ère des femmes. »

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021