Il y a de la pluie. Et de la boue. Il y a des barrières, des bouts fer qui se bataillent. Un homme sort du camp : « Que se passe t il? Pourquoi y’a des caméras? ». Les journalistes tournent autour du camp comme des abeilles dans une ruche. Et les policiers ont barre toutes les rues. Le convoi ministériel arrive dans un nuage d’essence.

Dominique Voynet se poste devant le camp. Manuel Valls l’écoute tranquillement. Les journalistes gravitent. Au loin, des habitants du camp s’inquiètent : « ils viennent faire quoi ici? ». Un journaliste rassure : « c’est juste le ministre qui vient voir, pas de problèmes ». Juste le temps d’un rien, le ministre et le maire repartent. Six minutes seulement. « C »était juste pour voir, on va pas rentrer dedans », balance le ministre, frileux.

Le déplacement s’éternise à Montreuil. À quelques rues de là. Toutes les voitures du convoi stagnent dans le froid sidéral. Manuel Valls est la pour « visiter des logements passerelles, mis en place par la mairie de Montreuil cet été, pour des familles Roms« . Un voisin regarde le bazar. « Ce qui chamboule, c’est pas ce spectacle. C’est plutôt ces enfants, c’est aussi de ne plus les voir menacés d’expulsion, d’être à l’école… »

Les logements passerelles sont des préfabriqués verts et oranges. Empilés les uns sur les autres. Les couleurs donnent de la couleur. Des enfants de la résidence s’amusent autour des caméras. « Y a trop de monde, on peut pas rentrer chez nous » dit l’un. Ils s’en vont faire un tour. Ils reviendront plus tard, quand le cirque sera passé.

Valls monte à l’étage, visite un bout, écoute la maire qui lui fait la démonstration. Une conseillère municipale explique : « Il y a ici 11 logements, 10 familles. Ce sont pas des familles qu’on a choisies, seulement il y a une liste précise. Mais on a privilégié les familles qu’on suit depuis 2008. » Avant de balancer : « Ce projet peut nous faire perdre la mairie. Ça nous rend pas populaires, mais on assume. Ni le PS, ni le PC n’ont voté pour ce projet. »

Le ministre est déjà redescendu. Les caméras s’empressent autour de lui. Et il débite : « Je suis venu voir ces dispositifs d’insertion qui peuvent marcher si on y met de la lucidité et de la volonté. » Dominique Pilon, conseillère municipale, glisse que ce « dispositif pourrait donner l’exemple à d’autres villes, ce n’est pas de l’angélisme« . Avant de fuir, Manuel Valls annonce qu’il mettra « fin à l’aide au retour. » Dominique Voynet dit : « Enfin. » Et un militant d’une association de soutien aux Roms casse : « Il peut dire ce qu’il veut, c’est la même politique que le gouvernement précédent. Tout pareil. » Manuel Valls est déjà loin.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021