MUNICIPALES 2014. Mathieu Hanotin, 35 ans, est candidat PS aux élections municipales à Saint-Denis (93). Après avoir destitué le député PC Patrick Braouzec en 2012, il affronte le maire Didier Paillard, successeur à la municipalité, qui dirige la majorité communiste depuis dix ans. Le jeune candidat a invité les habitants à venir dîner chez lui, afin de mieux les convaincre.

La table est mise chez Mathieu Hanotin. Ce soir, le député de la deuxième circonscription de Seine-Saint-Denis reçoit à dîner quelques électeurs dans l’appartement qu’il occupe depuis cinq ans, dans un bel immeuble du centre-ville de Saint-Denis. Au dernier étage, il fait face à l’hôtel de ville et domine la place du marché. L’intérieur est épuré, comme après un emménagement. Design noir et blanc agrémenté de lampes oranges et d’une affiche en tôle. Sur les meubles, une pile de tracts « L’ambition à gauche pour Saint-Denis », et son propre livre Et si la banlieue… Saint-Denis demain, publié pour sa campagne de candidat PS aux municipales.

Secondé par sa chargée de communication, Mathieu Hanotin accueille les invités, affairé entre la cuisine et la salle à manger. Il sert l’apéritif et, pour mettre à l’aise, invite à table en entamant le plateau de petits fours. Le candidat explique le « concept de la soirée » : produire un échange convivial, plus détendu que pendant les réunions d’appartement, les démarchages ou les meetings. Il se propose de répondre aux questions et aux remarques des habitants, « d’aller au bout des choses » et de « rentrer dans le vif du sujet ».

Les trois convives dionysiens* « tirés au sort », Chérazad, Gilles et Réane, semblent séduits par la démarche. L’échange est cordial. Toujours sur le vouvoiement, chacun se présente et s’appelle par son prénom. Sauf la tête de liste, qui peu à peu parvient pourtant à créer une réelle proximité avec les trois convives. Une certaine familiarité s’installe, même limitée par la distance politique : peu à peu, le tutoiement gagne du terrain.

En chemise blanche, Mathieu Hanotin commence par exposer son point de vue et son ambition. Il déplore le « gâchis » fait par la majorité communiste. Il constate le « sentiment de dégradation » qui domine Saint-Denis, « une ville magnifique, absolument passionnante ». Il dénonce une situation « exsangue financièrement » à cause, notamment, de nombreux emprunts toxiques. A trente-cinq ans, il entend « proposer un autre chemin à Saint-Denis » et faire peser les intérêts de la ville au Parlement grâce à son statut de député. Il décrit son attachement à la ville, sur le mode de l’anecdote. « On m’a demandé pourquoi j’étais venu m’installer à Saint-Denis alors que j’avais réussi. Moi, je trouve ça dramatique que les jeunes s’en aillent dès qu’ils le peuvent. Il y a un vrai problème quand une ville n’arrive pas à offrir une solution en son sein. Montrer qu’on peut réussir à Saint-Denis et la sortir de l’ornière : quand on aime la politique et qu’on est de gauche, je pense qu’il n’y a pas de plus beau défi que celui-là. »

Le député se montre simple, prévenant, spontané. Il prévient : « pavé de saumon sur lit d’épinards, c’est une tentative ! » C’est pourtant un succès : les convives ont plutôt l’air convaincus. Ce soir, l’assistance n’est pas un adversaire. A part les journalistes invités, les quatre convives, dont une colistière, n’opposent pas de grandes objections aux arguments de leur hôte. Il n’aura pas été difficile de briser la glace, en ce doux mois de février. Parmi les trois habitants, un ancien communiste, sympathisant de Mathieu Hanotin, manifeste ouvertement son enthousiasme et anime la discussion sur un ton familier. Les trois électeurs dionysiens acquiescent aux propos du candidat sur la propreté, la culture, les collèges, la Plaine Commune, l’intégration, les jeunes entreprises, la sécurité, la participation citoyenne, le téléphérique. Pédagogue, la tête de liste répond aux questions, rebondit sur les remarques pour défendre son programme.

« C’est un vrai avantage d’avoir un député-maire »

Le député confie : « Je suis quelqu’un qui adore avoir tort ». Sur ce point, peut-être, la soirée l’aura déçu. Les réactions, loin de les mettre en cause, approuvent les choix du candidat, comme sur le cumul des mandats (s’il est élu, il sera député-maire). Pour Mathieu Hanotin, se démettre de ses fonctions parlementaires « serait irresponsable de (sa) part et serait négatif pour la ville ». Il explique : « C’est un vrai avantage d’avoir un député-maire, et c’est justement pour ça qu’on a voté la loi sur le non-cumul. » Malgré son vote, il veut rester député pour faire peser les intérêts de la ville par rapport aux autres députés-maires de la région, dans le cadre des négociations sur le Grand Paris.

Mathieu Hanotin se présente comme un candidat sincère et réaliste. « Sur la sécurité, je ne vous promets pas de résultats. Je pense que notre devoir est de faire le maximum. Le problème, c’est qu’on ne fait pas le minimum aujourd’hui à Saint-Denis. » Et il ajoute : « Je ne compte pas appliquer mon programme à la lettre. Il faut rester ouverts. Nous verrons ce qui s’avère possible. » Le député compte sur sa crédibilité pour convaincre la majorité des citoyens. « La seule alternative crédible, c’est autour de la liste que je vais porter », affirme-t-il. Il ajoute, en parlant de son investiture : « Je n’ai pas eu d’opposants » Il a pourtant rencontré le désaccord de certains membres de son parti, notamment celui de Georges Sali, devenu son opposant, désormais exclu du Parti socialiste.

Mais pour les invités, c’est lui l’alternative. Chérazad vient du quartier Colonel Fabien : « C’est l’homme qui m’a plu, avec ses convictions, plutôt que le parti. J’ai envie d’y croire car c’est la première fois depuis très longtemps à Saint-Denis que nous avons une alternative crédible. C’est un homme qui ne lâche pas quand il a une idée précise. J’espère qu’il le fera aussi pour sa ville. » Pour Gilles, un quinquagénaire du quartier de la Montjoie, le jeune candidat est un nouvel espoir.

« A une époque, on avait l’impression de n’avoir aucun autre choix que de voter communiste. Ça s’est tellement dégradé ces dernières années ! Il a vraiment du boulot. Mais c’est le seul qui me donne l’impression d’avoir les moyens de réussir. Je me dis qu’il a la niaque que d’autres n’auraient peut-être pas. Ça fait plaisir de voir que c’est un jeune qui se présente à une mairie pas facile à gagner, sur une ville aussi peuplée. »

Ce soir, le candidat Mathieu Hanotin s’est transformé, pour trois dionysiens, en agréable convive. « On le sentait toujours en campagne, mais moins formel que d’habitude. Il est resté lui-même, je l’ai trouvé assez agréable », confie Chérazad. S’il n’a pas souhaité, comme d’autres avant lui, aller vers les citoyens en dînant chez eux, c’est en maître des lieux qu’il a souhaité s’adresser à eux. La connivence avec ses invités s’est traduite par une conversation des plus conviviales. Un exploit dans un pays où la table est souvent un lieu de débat, mais se transforme assez vite en champ de bataille dès que l’on parle politique. Le député a défait les arguments de ses adversaires communistes. Chou rouge. Il nous a dévoilé l’attitude douteuse des écologistes lors de son investiture, leur brusque rétractation en faveur du maire communiste. Chou vert. Mais il aura prêché des convertis. Chou blanc.

Louis Gohin

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