MUNICIPALES 2014. A Saint-Cloud (92), une poignée de moins de 25 ans a décidé de prendre les devants et de constituer une liste « jeune », affiliée à aucun parti, Allons enfants. La tête de liste, Pierre Cazeneuve, espère grappiller quelques sièges au Conseil municipal. Objectif : améliorer le quotidien des jeunes de cette banlieue huppée. Ambiance, un soir de mini-meeting.

« Nous sommes jeunes. Et alors ? La belle histoire ! ». Le ton est spirituel et les mots choisis. Presque d’une autre époque. Pierre Cazeneuve, candidat à Saint-Cloud, n’a que 18 ans. Mais nous sommes dans une autre banlieue. A l’ouest. Ce soir, les jeunes militants présentent leur liste : Allons enfants. Les familles se sont déplacées au musée des Avelines, une ancienne villa, années 30, dans le centre-ville, pour écouter les « enfants » présenter leur programme. Une cinquantaine de personnes est venue. Sans la grisaille de février, le meeting aurait un air de spectacle de fin d’année.

« Vous avez devant vous la première liste 18-25 ans de France », lance l’apprenti-candidat, enjoué, conquérant, sûr de lui. Son discours, rythmé par quelques slogans de campagne, attire les applaudissements. Leur patrie à eux, c’est Saint-Cloud, banlieue cossue des Hauts-de-Seine : taux de chômage : 7% ; revenu net : 58 487 euros par foyer fiscal en 2010, presque quatre fois celui de Clichy-sous-Bois.

Les membres de la liste veulent apporter « un souffle nouveau » à la ville. Et selon Pierre Cazeneuve, « la mobilisation va être au rendez-vous ». La démarche suscite la curiosité et l’amusement des interpellés. Ce soir, la salle est à moitié vide. Mais, retranchée dans un petit sous-sol du centre culturel, l’équipe ne perd pas son humour et l’enthousiasme est bien là. Rires, applaudissements : le spectacle est un succès. Leur jour de gloire est arrivé !

Lucides sur les chances de réussite, dans une mairie acquise à la droite traditionnelle, les trente-cinq militants ambitionnent quelques sièges au conseil municipal. Ils veulent améliorer le quotidien des Clodoaldiens et en particulier celui des jeunes. Ils connaissent bien les habitants, pourtant leur programme tient sur une feuille A4 pliée en deux. Quatre rubriques : l’Internet, la culture et le sport, l’écologie, la jeunesse.

Quelques propositions utiles. Une plateforme d’entraide sur Internet : covoiturage, aide aux personnes âgées, cours particuliers… Enrichir les projets culturels de la ville. Sensibiliser les habitants à l’écologie. Favoriser les échanges entre les jeunes, les intégrer dans des réseaux professionnels…

Leur patrie à eux, c’est aussi Sciences-Po. Quoique. Certains sont à HEC. Mais tous se retrouvent autour d’une mobilisation sans précédent. Allons enfants n’a pas d’engagement politique, les convictions de chacun sont trop divergentes. « Nous sommes libres, nous ne sommes sous la contrainte d’aucun parti, d’aucune idéologie. » Peu d’entre-eux s’intéressent même à la politique. « S’il y en a certains, comme moi-même, qui sont passionnés par la chose politique, la grande majorité n’en a que faire de LCP ou de Public Sénat ».

Mais, Allons enfants sort des thématiques « un peu classiques » comme « la sécurité ou la santé » pour rester « sur de vraies idées », soutient Pierre Cazeneuve. Être dans « le concret et la plus-value », explique-t-il. « On ne vit pas à Saint-Cloud, on y habite. Et nous, tout simplement, nous souhaitons y vivre ». Il espère ainsi « séduire l’électorat abstentionniste ».

Les positions sont tranchées sur la jeunesse, la culture, Internet, l’écologie, mais bottent en touche sur beaucoup de thématiques. « Je n’exprimerai pas mes opinions, persiste Pierre Cazeneuve. Allons enfants est un collectif, un groupe, une famille, et je suis représentant de la liste, pas de moi-même ». Pas plus sur la politique du maire : « Je ne suis pas là pour faire son bilan. » Puis, il ajoute : « Il a fait des efforts. Saint-Cloud, c’est pas mal, quand même ! Il y a des choses qui ont été faites, on a des choses qui fonctionnent. Quelle est la plus-value qu’on aurait pu apporter ? »

Pourtant, leur terrain de jeu, c’est la politique. Le programme reprend ainsi quelques principes de la démocratie participative. « Peut-être que, justement, des citoyens voudront faire remonter des informations comme des problèmes de logements sociaux. » La campagne ne prenant aucun parti en termes de politique publique, elle a surtout l’avantage de mobiliser les jeunes. Les militants se lèvent tôt pour distribuer les tracts, coller des affiches… On les voit faire les plus grands sacrifices. « Certains n’iront pas au ski pendant les vacances », nous signale Pierre Cazeneuve. Dans ces conditions, « comment douter du sérieux de cette liste et de ce projet ? », s’exclame le candidat.

La mobilisation, d’après la tête de liste, a eu l’avantage de leur faire voir la politique sous « un nouveau visage ». Mais un visage apolitique, un visage sans les couleurs qu’aurait pu lui donner l’énergie de la jeunesse. À terme, se distinguera-t-il des mines grises des grands pontes de la politique ? Pour Pierre Cazeneuve, les militants d’Allons enfants n’ont pas la « légitimité » nécessaire, étant donné leur âge, pour parler de thèmes comme « les impôts ou les logements sociaux ». Pauvre jeunesse.

En guise de conclusion, une militante intervient sur la rubrique « jeunesse » du programme. Elle conclut son exposé avec autodérision en citant Jean Giono : « La jeunesse, c’est la passion pour l’inutile. » Et le culot.

Louis Gohin

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