L’ambassadeur des Etats-Unis, qui recevait ce matin ses hôtes dans un palace parisien, est partagé. Bien que nommé par l’administration Bush, il ne peut être indifférent à la ferveur qui gagne l’assistance à l’annonce de la victoire de Barack Obama. Dans un discours, il souligne ce jour historique pour l’Amérique et salue cette élection comme une victoire de la démocratie. Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, elle, rayonne de bonheur : « Je suis très heureuse, Barack Obama est un grand homme, cette élection est un bienfait pour l’humanité. » A la question : un Obama français est-il possible, elle répond : « Je l’espère, il faut prendre cette élection en exemple, je pense que les Français en sont tout à fait capables, mais il faut que les partis changent. Seulement, y sont-ils disposés ? Là est la question. »

Jack Lang que l’on croise tout près du somptueux petit déjeuner préparé pour l’occasion, affiche un sourire qui en dit long : « Comment pouvez-vous imaginer que je ne sois pas content ? Obama est un homme brillant qui avant d’être noir, est talentueux. Il apporte un autre langage, une autre vision et parce qu’il existe, cela va créer un mouvement dans notre pays. »

Dominique de Villepin, quant à lui, se veut lucide. L’ancien premier ministre, qui reste comme celui qui a tenu tête aux Américains lors de la guerre en Irak, nous explique : « Au-delà de sa capacité à gérer les démocrates, Obama a mené une bataille au centre, réconciliant le peuple américain. Il est le choix de l’espoir et du changement, mais la France se doit de rester indépendante et forte dans ses décisions. L’Europe sera fortement sollicitée par l’administration Obama mais elle devra garder ses positions. » Apparemment moins disposé que Nicolas Sarkozy à apporter le soutien de la France aux engagements militaires des Etats-Unis à l’étranger, il ajoute : « Barack Obama a déclaré qu’il allait retirer les troupes américaines d’Irak, il a seize mois pour le faire, mais il a l’intention d’envoyer d’avantage de militaires en Afghanistan. Sur ce point, il faudra rester vigilant. »

Ce bémol n’ôte rien à l’unanimité des hôtes de l’ambassadeur autour de la personne de Barack Obama. Pas sûr, toutefois, que cet engouement se traduise en France par une réflexion profonde des partis politiques sur la place à accorder aux minorités visibles.

Widad Kefti

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