Je ne voulais pas regarder ce débat. Je ne voulais pas parler de lui. Ni candidat, ni élu. Ni journaliste, ni scientifique. Sans programme, sans casier judiciaire vierge de condamnation pour provocation à la haine raciale contre les Français musulmans.

Mais la parole lui est donnée depuis 15 ans, par des médias qui ont fait de lui un homme riche, qui se fout des pauvres, autant que les groupes médiatiques se foutent des accusations d’agressions sexuelles lancées contre lui.

Ni sa misogynie, ni son homophobie, ni son islamophobie, ni son révisionnisme, n’empêchent donc une direction de chaine d’information en continu comme BFM, de l’inviter.

Propulsé et financé par des journalistes irresponsables du service public comme Laurent Ruquier sur France 2, les milliardaires Bolloré sur CNews et feu Dassault au Figaro, l’homme sans programme, se retrouve ainsi repris, valorisé, légitimé, par d’autres médias aussi fainéants que complices, sans questions, ni critiques sur l’ignominie de son souhait d’expulser des millions de musulmans de France. Qu’importe le racisme, pourvu qu’on ait l’audience.

L’avis de Jean-Marie Le Pen devenu étalon du débat proposé par BFM jeudi 24 septembre dernier.

Mais soit. En 2021, en France, ni sa misogynie, ni son homophobie, ni son islamophobie, ni son révisionnisme, n’empêchent donc une direction de chaine d’information en continu comme BFM, de l’inviter à une caricature de débat pour qu’il expose sa haine de l’islam, supposément à l’origine du déclin de de la France où 5,5 millions de personnes ont eu recours à l’aide alimentaire. Pour lui, la peur d’être « expropriée de leur propre pays », passe évidemment avant la faim.

Je ne voulais pas regarder ce débat, parce que je ne voulais pas qu’il existe.

Je ne voulais pas regarder ce débat, parce que je ne voulais pas qu’il existe. Parce que je ne voulais pas m’imaginer qu’une nouvelle fois, à une heure de grande écoute, des millions de Français se fassent humilier publiquement à cause des prénoms donnés à leurs enfants. Pas une fois repris sur sa xénophobie, le multirécidiviste a cependant été corrigé sur les chiffres de l’immigration et des exilés par la cellule fact-checking de BFM. L’honneur de la profession est sauf. On humilie l’humain, mais avec les bonnes statistiques.

La notification des 5 moments-clés du débat Mélenchon-Zemmour.

Dans le studio, aucune vérification nécessaire sur d’éventuelles propositions des deux participants à propos de notre système de santé. On préfère laisser parler de la pigmentation de la France de 2050, dans un temps où l’on recense plus de 100 000 morts d’une épidémie qui déchire les plaies d’une société où un Français sur cinq est en situation de pauvreté. Priorité au triptyque immigration, islam, insecurité dans une éditorialisation aussi complice qu’obsessionnelle.

L’insécurité et l’immigration ont occupé 52 minutes du temps, contre 14 petites minutes pour l’urgence climatique.

Le frisson à l’idée d’inviter le monstre médiatique n’a pas de conséquences sur les privilégiés de l’entre-soi journalistique. L’exaltation malsaine pèse beaucoup trop lourd dans la furie télévisuelle en comparaison à l’effroi ressenti par des milliers de concitoyens musulmans, devant un débat où l’insécurité et l’immigration ont occupé 52 minutes du temps, contre 14 petites minutes pour l’urgence climatique. « Notre maison brûle », les médias pyromanes regardent ailleurs.

En tant que journaliste, j’ai souvent honte de ma profession. En tant que Français musulman, j’ai aussi honte de certains élus de premier plan, qui dans la course présidentielle légitiment la position de candidat providentiel d’un homme dangereux en lui faisant face sur un plateau. Aucun mot pour celles et ceux sans idées qui tentent de courir après son idéologie nauséabonde non plus. On ne combat pas le racisme par sa participation à une émission de télévision. On ne combat pas un délit par des idées, mais devant les tribunaux.

Jalal Kahlioui

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