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Aujourd’hui, Jewel Usain dispose d’une solide réputation dans le milieu du rap français. Une assise entérinée par son dernier album « Où les garçons grandissent » (2023) qui a rencontré un succès d’audience et d’estime auprès de la critique. Ses qualités de rappeur et sa personnalité attachante lui ont permis de consolider sa fan-base. Des auditrices et auditeurs fidèles.

Pour preuve, à l’occasion de la sortie de son nouvel EP « Otoko », le natif d’Argenteuil a organisé trois projections exceptionnelles le samedi 14 mars dernier au Club de l’Étoile, non loin des Champs-Élysées. Ni le froid, ni l’horaire matinale n’ont empêché les fans, venus pour certains de très loin, de venir visionner en exclusivité les clips tournés pour chaque morceau de l’EP.

Argenteuil, le point de départ

Quinze ans après le début de sa carrière, l’artiste revient sur ses toutes premières inspirations. « J’étais un enfant de la télé qui passait son temps à regarder tous les clips. Absolument tout : Will Smith, IAM, mais aussi des trucs assez débiles (rires). Je me rappelle avoir été traumatisé la première fois que j’ai vu le clip d’IAM, “L’empire du côté obscur” ! », confie Jewel Usain. Ce fils de parents martiniquais et guadeloupéen baigne dans la musique depuis son plus jeune âge. À la maison, on écoute du kompa, de la salsa mais également du zouk.

« On écoutait principalement les CD de mon père qui aimait tous ces styles de musique. Il y avait beaucoup de salsa à la maison, parce que les Antillais ont un lien d’âme avec cette musique que je ne saurais expliquer (rires). Mon premier réflexe à ce moment a été d’imiter les artistes que j’écoutais, d’apprendre les paroles de chaque morceau, puis un jour j’ai voulu écrire mes propres morceaux », rembobine-t-il.

Quand j’écris des textes, j’ai simplement envie qu’ils soient de qualité et que le public les trouve chauds

La musique, il tombe dedans dès le plus jeune âge alors qu’il grandit à la cité Jaune d’Argenteuil dans le Val-d’Oise. Alors même que ses pairs écoutent à tue-tête le ministère A.M.E.R, Arsënik ou encore Doc Gynéco, qui sont les porte-étendards du 95 à l’époque, lui porte son oreille vers l’Outre-Atlantique. « Je risque de décevoir beaucoup de gens, mais je ne les écoutais pas tant que ça (rires). J’étais vraiment matrixé par le rap américain à la base. Mais en grandissant et très tardivement, je me suis plongé dans les classiques du rap français », explique-t-il.

Reconnu par les auditeurs pour la qualité de sa plume, Jewel a été grandement influencé par l’un des maîtres en la matière, Kery James. « Je ne sais pas s’il y a un artiste ou un album qui m’a convaincu de devenir rappeur. Je pense que ça s’est fait au fil du temps. Mais je dois avouer que l’album “À l’ombre du Show-business” de Kery James m’avait mis une grande claque. En termes d’écriture, il y a des morceaux de folie dans cet album. » Il poursuit : « Quand j’écris des textes, j’ai simplement envie qu’ils soient de qualité et que le public les trouve chauds ».

Yohan gratte alors ses premiers textes, tout en multipliant les petits boulots en parallèle. Vendeur notamment chez Levi’s, dont il deviendra quelques années plus tard l’une des égéries, il démarre sa carrière d’artiste dans la plus grande discrétion. « Je faisais mes trucs en secret pendant très longtemps. Dans ma propre cité, mes potes ont découvert que je rappais sans que je ne leur dise rien. Parce qu’à la cité ça te vanne dur et que je suis de nature assez pessimiste. Je ne voulais pas être dégouté de ma passion à cause de toutes les vannes (rires) », relate-t-il.

Dans le même temps, il trouve en son partenaire de danse de l’époque, Kidhao, le futur réalisateur de tous ses clips. Ce dernier n’avait pourtant aucun attrait pour la réalisation avant leur rencontre. « Kidhao c’est mon frérot ! On a connu tellement de galères ensemble. On dansait à l’époque devant la Grande Arche de la Défense et on allait se partager un Macdo juste après avec le peu d’économies qu’on avait », se souvient-il.

Ensemble, ils passent leur temps à dévorer des films afin d’améliorer la qualité des clips : « À la base, je visionnais beaucoup plus de films que lui. Il a rattrapé son retard en regardant principalement des films français. Lorsqu’on regarde des films, on décrypte vraiment chaque scène, chaque effet pour tenter de les reproduire dans nos clips. »

Pour son dernier projet, Jewel a vu les choses en grand. Il a convaincu son comparse de réaliser l’ensemble des clips du projet au pays du Soleil levant, avec toutes les contraintes que cela implique. « Kidhao me suivra partout, même s’il faut aller clipper en Alaska (rires) ! Il n’a pas été le plus dur à convaincre. En revanche, il fallait persuader les financeurs qu’on allait dans la bonne direction. L’idée ne s’est pas faite de suite, pendant trois mois je craignais que ce soit la pire initiative dans ma vie ! Mais je suis content du résultat pour chaque clip. » Et l’histoire lui a donné raison. Des clips réussis et un featuring détonnant avec le rappeur japonais Acchi Melo qui ne cessent de gagner en popularité.

En attendant un éventuel prochain album, les fans de Jewel devront prendre leur mal en patience avec Otoko et le concert à la Cigale le 10 juin prochain. « Je ne sais pas encore quand je serai capable de balancer un nouvel album, même si le plus tôt sera le mieux. Mais comme on dit : l’art est quelque chose qui se mûrit ». Espérons que la maturation soit proche de son terme.

Félix Mubenga

Photo : Faïd Hadji

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