Sur les tapis de l’Atch Academy, à Aubervilliers, Pengo Bossio Wangi travaillait à réaliser son rêve : devenir combattant professionnel de MMA. Originaire de Poissy, le jeune homme de 26 ans évoluait chez les amateurs et espérait faire de sa passion un métier. Vendredi 23 octobre, il a été abattu à Trappes, dans les Yvelines, par un homme de 39 ans. Cinq autres personnes ont été blessées lors des attaques survenues à Trappes et à La Verrière, dont une enfant de 12 ans.
Depuis, la douleur et la colère se mêlent à l’incompréhension. Sur les réseaux sociaux, une jeune femme se présentant comme sa sœur interpelle directement Emmanuel Macron. « C’est mon frère, mon grand frère. Tout ça, c’est ta France de racistes, tout ça c’est ta faute. T’es raciste comme celui qui a tué mon frère. Tu as son sang sur les mains. J’espère que tu vas payer très cher. »
Des mots déchirants, à la mesure de la violence de cette mort. Pour ses proches, Pengo n’est pas seulement la victime d’une attaque qui bouleverse le pays. C’est un frère, un ami, un partenaire d’entraînement. Un jeune homme dont la vie ne faisait que commencer.
« Il avait toujours le sourire »
À l’Atch Academy, la nouvelle a frappé une famille autant qu’un club. Son fondateur, Stéphane « Atch » Chaufourier, se souvient dans Le Parisien d’un jeune homme qui « avait toujours le sourire et parlait à tout le monde ».
Les témoignages de ceux qui partageaient son quotidien dessinent le portrait d’un garçon apprécié de tous, attentif aux autres et profondément investi dans sa passion.
« C’était un gars super chill, on parlait de tout et de rien. Il avait certaines convictions qui étaient vraiment respectables, c’était un bon gars », raconte Mahmoudou, son ami et partenaire d’entraînement.
Son coach, Mathis Nazil, évoque lui aussi cette proximité qui dépassait largement les murs de la salle de sport. « Tout ce que je peux dire, c’est que c’était un gars bien, qui prenait toujours des nouvelles des autres et qu’au-delà même du MMA, on est tous proches. »
Ceux qui l’ont côtoyé parlent moins de ses performances sportives que de sa générosité. Stanley Vagao, qui devait combattre au lendemain de la mort de son camarade, se souvient de leur dernier échange : « La dernière fois qu’on a parlé, il m’a soutenu pour mon combat d’aujourd’hui, il m’a dit bon courage. »
Jusqu’au bout, Pengo encourageait les autres à poursuivre leurs ambitions. Lui n’aura jamais l’occasion de réaliser la sienne.
À Trappes, la violence raciste dans une ville stigmatisée
Les premières révélations sur les motivations du tireur présumé confirment la gravité de la dimension raciste de cette attaque. Selon les informations du Monde, l’homme de 39 ans aurait déclaré aux policiers avoir voulu venger les commerçants victimes des pillages du 17 octobre, en s’en prenant aux « Noirs » et aux « Arabes ».
Les premières investigations indiquent qu’il aurait délibérément ciblé des personnes non blanches. Un exemplaire de Mein Kampf, d’Adolf Hitler, a également été découvert à son domicile. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour assassinats et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante liée à l’appartenance réelle ou supposée des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion.
Cette attaque survient dans une ville régulièrement prise pour cible par des responsables politiques d’extrême droite. Depuis plusieurs années, Trappes est présentée comme un territoire qui aurait échappé à la République, sous l’emprise supposée de l’islamisme.
Le 8 février 2021, Éric Zemmour déclarait sur CNews que « Trappes est une ville musulmane régie par la loi islamique » et qu’il s’agissait d’« un territoire qui n’est plus français ». Quelques mois plus tard, le 11 octobre, Jordan Bardella publiait un communiqué intitulé « Rendons Trappes à la France ». Il affirmait que la réélection du maire Ali Rabeh « acte la mainmise de l’islamisme sur la ville de Trappes », dénonçait l’existence de « Républiques islamiques en miniature » et réclamait la révocation du maire ainsi que la mise sous tutelle de la commune.
Des déclarations qui réduisent une ville et ses habitants à une menace. Ali Rabeh avait vivement contesté ces accusations et la municipalité avait autorisé le dépôt d’une plainte en diffamation contre plusieurs personnalités, dont Éric Zemmour.
Les mots employés pour désigner une population ne sont jamais anodins. À force de présenter certains territoires et leurs habitants comme étrangers à leur propre pays, le débat public contribue à banaliser leur stigmatisation.
Un jeune homme, pas un symbole
Derrière les discours politiques et les débats qui accompagnent désormais cette attaque, il y a une vie interrompue. Celle d’un jeune homme de 26 ans qui avait une famille, des amis, un club, des entraîneurs et des projets.
Ses proches parlent d’un garçon souriant, qui prenait des nouvelles des autres, qui encourageait ses camarades avant leurs combats et qui essayait, lui aussi, de se construire un avenir.
Pengo voulait devenir combattant professionnel. Ceux qui l’ont connu se souviennent surtout d’un garçon qui encourageait les autres à réaliser leurs rêves. Le sien s’est arrêté à 26 ans, sous les balles d’un homme. Il avait encore toute une vie devant lui.
Sofiane Zerouala