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Derrière le grillage qui entoure désormais le Marché du Soleil, il ne reste presque rien. Des structures noircies, des amas de débris, des meubles calcinés. Quelques jours après sa fermeture définitive, l’incendie qui a ravagé une partie du site a donné au marché des allures de champ de ruines.

Devant les grilles, les passants ralentissent. Certains sortent leur téléphone pour prendre une photo, d’autres restent figés quelques instants. Les souvenirs s’échangent, les hypothèses aussi. La fermeture du marché avait déjà marqué le quartier. Le voir ainsi, presque entièrement parti en fumée, suscite désormais autre chose : de la tristesse, voire une forme de recueillement.

Parmi les deux agents chargés de surveiller les lieux, l’une connaît particulièrement bien le marché. Elle y a travaillé il y a une vingtaine d’années et raconte ses souvenirs avec émotion. Malgré les scellés, malgré l’incendie, elle peine à imaginer que le Marché du Soleil puisse réellement disparaître. « Ça va réexister », veut-elle croire.

On n’est pas des voleurs. On travaille, on charbonne

Un peu plus loin, un ancien vendeur, arrêté sur sa trottinette, affiche beaucoup moins d’espoir. Il reconnaît avoir vendu de la contrefaçon, mais dit ne pas avoir imaginé que les procédures engagées pourraient conduire à la disparition de tout le marché.

« Je ne savais pas qu’une telle loi était possible », lâche-t-il, agacé. Il refuse le statut de délinquant qu’il estime associé à son activité : « On n’est pas des voleurs. On travaille, on charbonne. »

« C’est une page de mon enfance qui s’envole »

La disparition du marché ravive aussi des souvenirs. Hicham, une quarantaine d’années, a grandi à Lyon mais connaît le Marché du Soleil depuis l’enfance. Lors des départs en famille vers l’Algérie, avant de prendre le bateau à Marseille, le passage par le marché faisait partie du voyage.

« On garait la voiture juste là », se souvient-il. Ses parents y achetaient vêtements, produits et cadeaux à ramener aux proches restés au « bled », avant de reprendre la route. « C’est une page de mon enfance qui s’envole », confie-t-il.

Cette place particulière dans le Marseille populaire ne date pas d’hier. En 2007, Massilia Sound System consacrait même une chanson au Marché du Soleil. Le groupe y décrivait une petite Méditerranée marseillaise, faite de marchandises venues de ses différents ports, d’accents qui se mélangent, de chaâbi, de cafés et de clients venus autant acheter que discuter et se retrouver.

Commerçants et voisins touchés par la fermeture

Avec la fermeture, c’est aussi une partie de l’activité du quartier qui s’est éteinte. Mohammed tient une boutique à proximité du marché. Depuis que ses portes ont fermé, il constate une baisse de la fréquentation. « Il n’y a plus beaucoup de passage, ce n’est plus comme avant. »

Pour les anciens commerçants, les conséquences sont plus lourdes encore. À la porte d’Aix, Romana raconte celles subies par son père, qui a travaillé pendant plus de trente ans au Marché du Soleil. Contrairement à d’autres vendeurs, assure-t-elle, il ne vendait pas de contrefaçon.

On l’a privé de sept mois de revenus et maintenant de son travail tout court

Lorsque la préfecture a ordonné la fermeture administrative du marché en février, il a pourtant dû cesser son activité comme les autres commerçants. Il n’a pu récupérer une partie de sa marchandise que sept mois plus tard. Depuis, il cherche sans succès un nouveau local pour reprendre son activité.

« On l’a privé de sept mois de revenus et maintenant de son travail tout court », déplore Romana. Sans le soutien financier qu’elle apporte aujourd’hui à son père, ajoute-t-elle, la situation de sa famille serait devenue très difficile.

De la contrefaçon à la fermeture définitive

La fermeture du Marché du Soleil intervient après des années de contrôles et de procédures autour de la vente de produits contrefaits. Créé à la fin des années 1980, le marché a progressivement vu son activité se transformer. Aux vêtements, tissus et bijoux qui avaient bâti sa réputation se sont ajoutés baskets, parfums, sacs et vêtements de grandes marques contrefaits.

Selon le procureur de Marseille, ce commerce avait fini par occuper une place majeure dans une grande partie des boutiques. Lors du procès, Georges Dahan, qui avait créé le marché avec son père à la fin des années 1980, a livré une autre version : celle de « quelques commerçants » qui auraient commencé à vendre des contrefaçons avant d’être progressivement imités parce que cela « marchait bien ».

Les procédures finissent par rattraper l’ensemble du site. Le 2 février, la préfecture ordonne sa fermeture administrative pour six mois. Pendant les mois qui suivent, les commerçants restent sans activité et dans l’incertitude quant à une éventuelle réouverture. Certains, qui vendaient des marchandises légales, ne peuvent récupérer leurs stocks que le 3 août, lors d’une opération encadrée par les CRS et les douanes.

Un mois plus tard, le 7 septembre, la justice prononce la fermeture définitive du Marché du Soleil et la confiscation de ses murs. La décision met un terme à l’activité de l’ensemble du site, y compris celle des commerçants qui n’étaient pas poursuivis pour vente de contrefaçons.

Après l’incendie, quel avenir pour le Marché du Soleil ?

L’incendie ajoute désormais une nouvelle incertitude à l’avenir du Marché du Soleil. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, vers 2 h 19, le feu s’est déclaré avant de se propager rapidement. Environ 2 000 m² ont été touchés. Une centaine de marins-pompiers et une trentaine d’engins ont été mobilisés, tandis que 71 personnes vivant à proximité, dont 21 enfants, ont été évacuées. Aucune n’a été blessée.

Trois jours seulement séparent ainsi la décision de justice ordonnant la fermeture définitive du marché de l’incendie qui en a ravagé une partie. Une enquête doit à présent déterminer les circonstances exactes du départ de feu.

Reste aussi à savoir ce que deviendra le site. Son avenir s’inscrit dans un quartier en pleine transformation. À quelques mètres du marché, un nouveau campus privé de 6 300 m² du groupe OMNES Education vient notamment d’ouvrir ses portes. Il doit accueillir jusqu’à 2 600 étudiants dès 2026.

La disparition du Marché du Soleil laisse ainsi vacant un vaste espace au cœur de la porte d’Aix. Georges Dahan a annoncé, par la voix de son avocat, son intention de faire appel de la décision de justice.

De son côté, Anthony Krehmeier, maire des 2ᵉ et 3ᵉ arrondissements, défend une reprise en main publique du site. Il souhaite y voir renaître un « grand marché oriental », plus structuré et conforme aux normes, qui maintiendrait dans le quartier une offre commerciale « qualitative et accessible ».

Derrière les grilles, l’agente de sécurité rencontrée quelques heures plus tôt veut, elle aussi, croire que l’histoire du marché n’est pas terminée. « Ça va réexister », répète-t-elle devant les vestiges du Marché du Soleil.

Sofiane Zerouala

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