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Derrière son trépied, un vendeur gesticule à tout-va. Âgé d’une quarantaine d’années, l’homme au crâne chauve et à la barbe hirsute est entouré d’une multitude de produits pour femme. Sa carrure détonne entre les accessoires et les lotions à l’emballage flashy destinées au soin du corps. En plein live TikTok (une vidéo en direct retranscrit en ligne), il fait défiler, à la vue de son téléphone, des vêtements en tous genres : jupes, robes, pulls, qu’il vend au marché de Sarcelles. « Cet ensemble, il est à 29,99, c’est moins 50 % comparé aux Brentiny et tout ça », harangue-t-il. 

On vient souvent au marché de Sarcelles, surtout le dimanche parce qu’il y a les nouveaux arrivages qu’on a vu passer sur Snapchat

En déambulant dans les allées, il est devenu commun de voir ce type de scène. « Il y en a grave qui font des lives et qui présentent leurs produits sur le marché », confirme Fatima, 21 ans. La jeune femme aux yeux vairons est accompagnée de sa mère. Elles se sont arrêtées sur un stand qui propose des robes traditionnelles maghrébines. « On vient souvent au marché de Sarcelles, surtout le dimanche parce qu’il y a les nouveaux arrivages qu’on a vu passer sur Snapchat », explique la jeune femme. « Ça vaut vraiment le coût, c’est presque 50 % moins cher que sur les sites d’influenceuses », surenchérit sa mère.

Même démarche pour le tenancier d’un étal un peu plus loin. Surnommé “Biloushop” sur les réseaux sociaux, il a décidé d’optimiser les revenus de son stand et mise sur TikTok et Snapchat pour attirer des clients. « Les réseaux sociaux, c’est une vitrine pour que les gens puissent voir ce que je propose. Ensuite, ils se rendent au marché pour essayer », détaille-t-il. Présent sur le marché depuis plus de 30 ans et uniquement connu sous un pseudonyme, son nom est constamment cité par des influenceuses mode avec qui il collabore. Le compte “Le coin précieux” suivi par près de 500 000 abonnés sur Tiktok et 35 000 sur YouTube, ou encore la snapchatteuse, “Farahninouche”, font régulièrement la publicité de ses produits sur leurs comptes respectifs.

À la recherche du bon plan

« Il y a des habits pour bébé ? », interpelle une dame qui tire un imposant chariot de courses duquel ses emplettes dépasse. Sakallé Ba a 38 ans. Elle a trois garçons dont le dernier est âgé de quelques mois à peine. « Depuis qu’au marché de Sarcelles, on trouve du Shein, j’en achète souvent, parce que changer à chaque saison les habits, ça coûte trop cher », confie-t-elle.

Devant le stand, de nombreuses mères s’arrachent les quelques sacs en plastique qui détiennent les habits de la célèbre boutique officielle en ligne chinoise à petit prix. Une marque d’ultra fast fashion largement décriée pour ses conditions de travail et son impact écologique. À Sarcelles désormais, exit les produits vendus habituellement sur le marché, ce sont les cosmétiques et vêtements les plus « trendy », qu’il est possible de dénicher. « Ici, on ne trouve que des produits des réseaux, comme Shein, Olaplex, Nicky Paris et même Huda Beauty », renseigne Sakallé.

Je propose une gamme de vêtements qui colle à ce qui est à la mode sur les réseaux. Avant, je ne vendais que des habits traditionnels

Ces dernières années, la plupart des commerçants du marché se sont mis à commercialiser les produits phares des réseaux sociaux, à des prix défiants toute concurrence. « Depuis trois ans, je propose au maximum une gamme de vêtements qui colle à ce qui est à la mode sur les réseaux. Avant, je ne vendais que des habits traditionnels », précise Biloushop. « TikTok et Snapchat, ça me permet de faire venir des clientes qui ne venaient pas avant au marché de Sarcelles », ajoute-t-il. Cette nouvelle clientèle représenterait même près de « 30 % de son chiffre d’affaires ».

Comme lui, les autres vendeurs achètent dans d’énormes quantités et revendent 25 à 50 % moins cher qu’en magasin. « Je suis moins cher que Brentiny, Sarahbelshop ou encore Blooshop », confie fièrement l’homme. Sur son stand, les ensembles cols roulés et pantalons en laine, affichés à 39,99 euros, se vendent comme des petits pains. À ce prix-là, il est impossible de négocier, même lorsqu’une cliente lui demande à plusieurs reprises une ristourne. « Ici, c’est le prix final madame, aucune remise en plus », répète le vendeur.

Pour la ville de Sarcelles, la digitalisation de son marché est une aubaine. Elle en fait l’un des repères les plus connus d’internet en Île-de-France, pour trouver des bonnes affaires.

Inès Bennacer

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