Dans la file qui serpente à l’intérieur du gymnase Robespierre, les enfants attendent leur tour. À quelques jours de la rentrée, ils repartent avec un sac jaune JD Sports rempli de fournitures scolaires : cahiers, porte-vues, classeur, trousse et stylos. Au total, près de 500 kits sont distribués gratuitement.
Ce jeudi 27 août, le gymnase accueille la nouvelle édition de Back to School, la grande fête de fin d’été organisée chaque année par l’OMJA, l’Organisation en mouvement des jeunesses d’Aubervilliers. L’événement mêle animations, barbecue, tournois sportifs et, cette année, distribution de fournitures scolaires grâce à un partenariat avec JD Sports, Pastel et Youth Beyond Borders.
« Cette initiative est une idée qui vient directement des jeunes bénévoles de l’OMJA », explique Mustapha, le directeur de l’espace Arthur Rimbaud, géré en lien avec l’OMJA.
Derrière les bénévoles, le stock de fournitures diminue rapidement. Pour certaines familles, ces quelques cahiers et stylos représentent une dépense en moins à quelques jours de la rentrée.
Quand la rentrée pèse sur les budgets
Car la rentrée scolaire ne coûte pas la même chose à toutes les familles. Selon Familles de France, le panier moyen de fournitures pour un élève entrant en 6ᵉ atteint 180,80 euros en 2026, contre 211,10 euros en 2025. Une baisse de plus de 14 % en un an, mais qui ne tient compte que des fournitures scolaires : vêtements, chaussures, équipement sportif ou autres dépenses liées à la rentrée viennent s’ajouter à la facture.
Dans les foyers les plus modestes, ces dépenses peuvent rapidement devenir difficiles à absorber. Une distribution gratuite comme celle de Back to School permet alors de réduire directement le montant à débourser au moment où les dépenses s’accumulent.
« C’est important pour nous de mener cette action aujourd’hui. On sait à quel point c’est un moment délicat pour les parents qui n’ont pas forcément les moyens. On veut que les enfants soient égaux face aux autres élèves et qu’ils ne soient pas discriminés à l’école », explique Aminata, 20 ans, bénévole lors de la distribution.
Pour Touria, mère de deux enfants et habitante d’Aubervilliers, l’aide tombe à point nommé. Son budget de rentrée tourne autour de 120 euros. « L’un de mes enfants entre au collège cette année et il demande beaucoup de choses. C’est une aide importante pour nous », explique-t-elle.
À quelques mètres, un salon de coiffure éphémère permet également aux jeunes de se faire coiffer gratuitement avant la rentrée. Une autre manière de réduire les dépenses des familles tout en permettant aux enfants de commencer l’année dans de bonnes conditions.
Khalifa, 13 ans, vient de récupérer son kit et attend désormais son tour pour passer chez le coiffeur. « Ça nous aide bien. Ce n’est pas mon cas, mais je connais beaucoup de jeunes qui n’ont pas forcément les moyens de préparer leur rentrée correctement et c’est vrai qu’un événement comme ça, ça fait plaisir », se réjouit le collégien.
« Faire kiffer les enfants une dernière fois »
Mais Back to School ne se résume pas à une distribution de fournitures. Entre Uno, Puissance 4 géant, atelier de customisation, baby-foot, photobooth, musique et machine à poing, le gymnase Robespierre prend des airs de colonie de vacances.
Alpha, bénévole de 27 ans, assure l’animation avec son micro. Au milieu du gymnase, il organise notamment un tournoi de pierre-feuille-ciseaux pour faire gagner plusieurs paires de chaussures Nike aux jeunes. « Qui veut gagner une paire taille 46 ? », lance-t-il à la foule.
Même une des mamans présentes se prend au jeu. Pour Alpha, participer à cette journée est aussi une manière de s’investir dans son quartier.
« Il y a un sentiment de devoir accompli. Ça fait plaisir de pouvoir aider notre territoire et d’agir pour que les jeunes soient dans de bonnes conditions pour la rentrée », témoigne-t-il.
Pour Mustapha, cette dimension festive est au cœur de l’événement. « Back to School a été créé à la base pour faire vivre le quartier, fêter la fin de l’été et faire kiffer les enfants une dernière fois avant la reprise de l’école, surtout pour ceux qui ne partent pas en vacances », raconte-t-il.
Une réalité particulièrement présente en Seine-Saint-Denis. Selon les chiffres du conseil départemental cités par l’OMJA, six habitants sur dix ne partent pas en vacances, contre quatre sur dix à l’échelle nationale. L’Observatoire des inégalités estime de son côté que plusieurs millions d’enfants ne partent pas en vacances chaque année, notamment en raison des difficultés financières de leurs parents.
Pour Touria, cet été n’a pas fait exception. « Cette année, je n’ai pas pu emmener mes enfants en vacances, j’ai dû les mettre au centre de loisirs tout l’été car je devais travailler. C’est super ce genre d’événement pour les occuper. Je ramène mes enfants chaque année et c’est toujours très bien », témoigne-t-elle.
La journée se termine par un concert gratuit avec plusieurs artistes émergents, dont le rappeur dyonisien Landy. Après les fournitures, les jeux, les coiffures et le concert, il ne reste plus qu’une dernière soirée de vacances avant de reprendre le chemin de l’école.
Sélim Krouchi
Photos Thidiane Louisfert