Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

« C’était une galère ! Je devais aller jusqu’aux Pavillons-Sous-Bois pour faire mes courses. Tous les jours nous faisions des allers-retours. En plus de ça, je ne suis pas véhiculée donc je devais m’organiser avec ma grande sœur pour y aller », raconte Maya, habitante sur l’avenue Suzanne Buisson au nord de Bondy.

En ce samedi après-midi, le parking est anormalement désert. À quelques mètres de là, les agents d’entretiens nettoient la place du marché qui s’est tenue quelques heures auparavant. Habituellement rempli à cette heure-ci, le Lidl voit sa clientèle arriver au compte-goutte. « Je n’étais pas à Bondy à la base, je devais arriver la semaine suivant les évènements. On a eu quelques échos de ce qu’il s’est passé, mais sans plus de détails », explique Nina, une jeune employée du magasin.

Une terrible agression et une fermeture jusqu’à nouvelle ordre

Le 18 février dernier, un incident survient sur le parking de l’enseigne au cours duquel plusieurs membres du personnel sont pris à partie, dont le directeur général du magasin qui sera gravement blessé. Dès lors, après des discussions entre Lidl, la mairie et les syndicats, il est acté à la date du 26 février que le magasin fermerait jusqu’à nouvel ordre. « Ayant 70 ans, il m’était difficile de me déplacer pour faire mes courses ailleurs. Quand on a appris pour l’agression et la fermeture j’étais en colère ! », se rappelle Jean-Luc, qui habite à quelques pas de l ‘enseigne.

Le magasin, qui a ouvert ses portes au début des années 2000, était devenu la grande surface du quartier depuis la fermeture définitive de l’enseigne Dia, à quelques mètres de là. Les habitants du quartier se sont retrouvés dépourvus de commerce de proximité entre février et juin. Bien que quelques alimentations générales aient fleuri dans les alentours, elles ne suffisent pas à répondre aux besoins alimentaires et sanitaires des habitants.

C’était devenu très simple pour les plus anciens du quartier de venir se ravitailler ici. Depuis la fermeture, on était obligé d’aller jusqu’au Franprix ou au Monoprix

Certains étaient contraints d’aller jusqu’au centre-ville voire dans d’autres villes pour faire leurs courses. « On était devenu dépendant de ce magasin. C’était devenu très simple pour les plus anciens du quartier de venir se ravitailler ici. Depuis la fermeture, on était obligé d’aller jusqu’au Franprix ou au Monoprix. C’était beaucoup trop loin et les prix n’étaient pas les mêmes », explique Paulin, installé à Bondy nord depuis plus de quinze ans.

À la réouverture du magasin, l’ensemble du personnel a été remplacé. Aucun de ceux présents avant les évènements de février n’a souhaité reprendre son poste. « Nous sommes tous nouveaux dans ce magasin. Personne ne voulait revenir travailler ici. En même temps je les comprends ! Quand vous voyez vos collègues se faire frapper, vous n’avez plus envie de revenir bosser au même endroit », détaille Nina.

Une sécurité renforcée

Avant la réouverture, le magasin s’est doté de plus de moyens sécuritaires. Désormais, le parking qui auparavant était ouvert à tous sur les horaires d’ouverture du magasin, a été privatisé avec des barrières et devient payant au bout d’une heure et demie de stationnement.

Aussi, davantage d’agents de sécurité sont présents sur le site pour prévenir tout incident et les vols qui étaient monnaies courantes par le passé. En 2023, le magasin avait été pillé et en partie brûlé à la suite des révoltes survenues après la mort de Nahel à Nanterre.

« On se sent davantage protégé que dans l’ancien magasin où j’étais. D’habitude, il n’y a qu’un seul vigile à l’entrée, alors qu’ici ils sont trois ou parfois quatre », souligne Nina. Elle poursuit : « On a eu pour consigne d’être beaucoup plus vigilant, et de fouiller les clients qui ressortent sans avoir fait d’achat. »

Lidl France n’a pas souhaité communiquer davantage sur les suites de l’incident ou l’état de santé du personnel impacté par l’incident. Les habitants de Bondy nord se réjouissent, eux, de la réouverture de leur magasin, mais craignent désormais que le prochain incident entraîne une fermeture définitive.

Félix Mubenga



Articles liés