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Autour de la Basilique Notre-Dame ce vendredi après-midi à Nice, la tristesse et la colère ambiante contrastent avec le grand ciel bleu rayonnant. Deux policiers municipaux, de l’autre côté des grilles, se chargent de récupérer et de poser soigneusement sur les marches de l’édifice, les bouquets de fleurs apportés par de nombreuses personnes qui sont venues se recueillir en hommage aux trois victimes tuées lors de l’attaque au couteau survenue la veille.

Face à l’Eglise, certains s’agenouillent les yeux fermés et prient en silence. D’autres expriment leur colère : « Une église, c’est un lieu de paix où la violence n’est pas permise, ces assassins ne sont ni musulmans, ni humains, ils n’ont aucune religion, ce sont des monstres », s’indigne Olivier les larmes aux yeux.

La ville est silencieuse malgré la foule présente dans les rues, on croirait presque à une sorte de déjà-vu. Plus de quatre ans après l’attentat du 14 juillet qui a frappé la Promenade des Anglais et qui a fait 86 morts, les Azuréens sont encore sous le choc, d’avoir été frappés une nouvelle fois.

Mher, jeune serveur Arménien de 27 ans habite à Nice depuis quatre ans. Il travaille dans un café juste en face de la Basilique Notre-Dame. Il était en cuisine lorsque le drame a eu lieu. « Je n’ai pas les mots, ce qu’il s’est passé, c’est indescriptible. L’homme qui a été tué, était venu acheter son café ici, tôt le matin. C’était juste avant l’attaque. Aujourd’hui il n’est plus là… »

Une colère unanime dans la ville la plus vidéosurveillée de France

Il est près de 16 heures, les bougies encore plus nombreuses, brillent devant la basilique. Face à l’horreur de ces actes, certains cherchent à trouver les coupables de cette douleur qui ressurgit. Pour quelques uns, la réponse se trouve chez les responsables politiques : « Comment peut-on faire face une nouvelle fois à ce genre de scènes abominables dans une des villes les plus vidéos-surveillées de France ? À quoi servent ces caméras ? » réagi Olivier, rencontré devant la Basilique.

Cette colère et cette défiance sont largement partagées parmi les personnes présentes. Walid, un jeune homme de 22 ans, a le sentiment que la cohésion citoyenne n’est plus présente lors de ce genre d’événements dramatiques.

La veille, plusieurs groupes de personne faisant partie de Génération Identitaire, un mouvement d’extrême droite, ont manifesté sur l’avenue Jean Médecin en scandant
« On est chez nous » ou encore « Islam hors d’Europe ».

« J’ai l’impression que parce que l’on est musulman il nous faut nous excuser dans un premier temps puis pleurer dans un second. Comme si l’Islam avait quelque chose de lié à ces actes. Je l’affirme ici : ma religion, ne m’a jamais dicté de tuer des êtres humains quelles que soient leur appartenance politique, ethnique, religieuse, sexuelle ou quoi que ce soit d’autre» affirme Walid, touché par l’atmosphère pesante.

« Je tiens à adresser toutes mes condoléances à toutes ces victimes assassinées lâchement par ces fous sans foi ni loi. Je continuerai à prier pour eux et je continuerai à prier pour la sécurité de mon pays et plus particulièrement de ma ville », conclue le jeune homme.

Plus loin, de l’autre côté des rails du tram, un amas de bouquets, de bougies et de mots ont été déposés en cercle. Ce vendredi 30 octobre aurait été le cinquante cinquième anniversaire de Vincent Loquès, sacristain de la Basilique qui a été tué dans l’attaque. Père de deux enfants, il veillait depuis 2013 à la bonne tenue de la messe et des cérémonies.

« Il était adorable, il s’occupait de tout le monde, c’était mon ami, un rayon de soleil. Je viens six fois par semaine pour mes prières mais je venais aussi pour le voir. Je suis en colère, il faut que le gouvernement prenne vraiment les choses en main, on n’en peut plus de vivre dans cette terreur», confie l’un de ses amis, retranché sur le côté loin de la foule, un mouchoir en main, la voix tremblotante.

Il ne faut pas céder face à toute cette haine.

Un lourd silence s’est installé dans la foule. Près d’une centaine de Niçois et Niçoises ont rempli des attestations pour pouvoir marcher et venir se recueillir autour de cette église devenue lieu de prière universelle. Entre deux caméras de télévision, Sebastien et Mahdi discutent. Ils viennent de se rencontrer, mais les événements les ont rapprochés. « On fait des marches blanches, on pleure et on attend la prochaine catastrophe » confie Sebastien.

Pour l’ensemble des Niçois présents, un sentiment prime : celui de l’indignation face à l’horreur. Mais pour Sandrine Baalache, 72 ans qui orne fièrement le maillot de l’équipe de football nationale algérienne, c’est aussi un sentiment particulier, celui de la culpabilité.

Elle passait devant l’église jeudi matin, alors que le terroriste était à l’intérieur. « J’ai l’habitude d’allumer un cierge tous les matins pour la planète et pour le virus. Ce matin-là je devais me rendre à Cagnes-sur-Mer, j’étais en retard je n’y suis donc pas rentrée. Il n’y avait pas de bruit anormal. Mais je me dis que si j’y étais rentré j’aurais pu faire quelque chose », raconte cette Niçoise en cachant ses larmes derrières de grosses lunettes noires. « Moi je ne suis pas choquée par les caricatures, il y en a toujours eu et la liberté d’expression est une chose essentielle. Je sais ce que représente ma religion et il ne faut pas céder face à toute cette haine. »

Julia Pellegrini

Image à la Une : Valery Hache pour l’AFP. 

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