Pour arriver à la salle de boxe de Croix-Rouge, il faut traverser le quartier où vivent 20 00 habitants dans 9 000 logements sociaux. Il est 18 heures au gymnase Géo-André quand l’entraînement débute. Boxeurs et boxeuses enfilent les gants, tous très attentifs à leur coach. Aujourd’hui, c’est une session un peu musclée.

C’est Pascal Paté qui dirige l’entraînement. L’homme en impose. Sa voix rauque et puissante est la seule audible autour du ring. Au programme : cordes, pneus, abdomens et uppercuts. Autant d’exercices qui donnent le ton. Avant de fouler le sol de l’académie de boxe Team Hamid Zaïm, Pascal a contrôlé et arrêté certains jeunes qu’il coache aujourd’hui. Car oui, Pascal Paté est un ancien flic. Pas n’importe lequel : il a été chef de la brigade anti-criminalité de Reims.

Pascal, le grand frère

Direction les vestiaires de l’académie pour les confidences. C’est à 16 ans que l’ancien flic débute la boxe. Aujourd’hui, à 58 ans, notre homme est désormais de l’autre côté des cordes du ring pour transmettre aux jeunes et moins jeunes du quartier. « La boxe, ça m’a beaucoup apporté dans ma vie. Puis, à l’époque on se bagarrait beaucoup entre quartiers. Chacun voulait être le meilleur », confie le quinquagénaire, amusé. Cet enfant de Wilson, un autre quartier politique de la ville de Reims, a été élevé dans une famille ouvrière. « Je n’étais pas un enfant facile. À 18 ans, mon père m’a envoyé à l’armée. J’ai atterri en Allemagne. J’étais le plus jeune, ça m’a beaucoup forgé ». À voir le gaillard, on veut bien le croire !

Pascal Paté intégrera la police en 1982 et c’est à Corbeil-Essonnes qu’il essuiera les plâtres. En 1987, il revient et un tournant s’opère dans sa carrière lorsqu’il atteint les 32 ans : il entre officiellement dans la BAC rémoise après avoir passé cinq années dans la brigade canine. « Mon profil les intéressait à la crim’. Et la crim’, c’était mon rêve ! J’ai alors passé mes concours d’officier de la police judiciaire et les concours pour passer gradé. J’ai tout eu du premier coup« , se souvient-il. En 2003, il devient le chef de la BAC de Reims.

« Quand Pascal arrive ici, il vient avec sa casquette d’entraîneur, pas celle de policier »

L’appel de la boxe se fait de plus en plus fort. En 2016, après treize ans de services, le quinquagénaire met un terme à sa carrière dans la police. Pile poil au moment où il entend parler d’un projet de salle de boxe à Croix-Rouge. « Moussa, que je connais depuis tout jeune, m’a parlé d’un projet pour donner des cours de boxe aux jeunes du quartier. J’ai tout de suite marché. La boxe,c’est ce qui m’a permis de m’en sortir, pourquoi je n’aiderais pas ces jeunes à mon tour ? » reconnaît, Pascal, un peu ému.

Pour autant, on s’interroge sur l’effet de la venue d’un ancien policier au sein du quartier. Surtout quand cet entraîneur a arrêté plusieurs jeunes de Croix-Rouge devenus ses élèves. « Au départ il y avait de la méfiance, des tensions et des regards de travers. En même temps, Pascal en a embarqué plusieurs ! », reconnaît Moussa Ouarouss, président de l’Académie, entrepreneur mais aussi député suppléant En Marche dans la ville de Trappes. « Quand Pascal arrive ici, il vient avec sa casquette d’entraîneur, pas celle de policier », poursuit Hamid Zaïm. Depuis, l’ancien de la BAC a réussi a gagné la confiance des boxeurs du club . »Moi j’étais réglo avec eux. Les arrestations se passaient toujours bien avec moi. Je n’ai jamais giflé un type en menottes par exemple ». D’autres oui ? Nous n’en saurons pas plus.

L’ancien chef de la bac de Reims, Pascal Paté, auprès de ses élèves de l’académie de boxe

« Ici, tous les jeunes me connaissent. Je me balade tranquillement, je leur tape dans la main. Ils m’appellent par mon prénom, pas de monsieur. Il n’y a jamais eu de problèmes« , assure Pascal. Adelaïde Mary, 18 ans, fréquente la salle depuis son ouverture en janvier 2017. « Pour moi Pascal est comme un père », nous confie la jeune fille qui prendra le temps d’enlacer son entraîneur avant de rentrer chez elle. Thomas, 23 ans, lui, s’entraîne depuis peu. « Même si ça ne fait pas longtemps que je suis là, j’aime beaucoup Pascal. J’apprécie sa manière humaine de coacher » . Pendant ce temps, les boxeurs enchaînent les circuits d’entraînement le temps d’un round. Pascal s’égosille à chaque faux mouvement de ses jeunes poulains. « On l’a pris aussi pour ça. Pascal a une autorité qui est parfaite pour être un entraîneur de boxe« , précise Hamid Zaïm.

La THZ Boxing Academy, moteur de réussite

C’est pour le projet global de la THZ, fondée par Hamid Zaïm, que Pascal a rejoint l’aventure. Originaire de Nouzonville, dans les Ardennes, Hamid porte la même histoire d’amour pour la boxe . »J’ai commencé à jouer au foot. Puis, à l’âge de 15 ans, je me suis initié à la boxe. C’est mon cousin qui m’a donné envie« . L’homme aux 55 combats et 48 victoires, a du malheureusement arrêter sa carrière par un coup du sort. À la sortie d’une boîte de nuit, une altercation survient. Un éclat de verre dans l’œil d’Hamid à 23 ans et s’en est fini pour sa carrière professionnelle. Mais l’homme se relève et bifurque en devenant entraîneur à 29 ans. « J’ai souhaité transmette le savoir de la boxe anglaise. Transmettre les valeurs de combativité et de persévérance à mes jeunes », explique-t-il. En à peine un an et demi, près de 160 licenciés ont rejoint le club. « Les jeunes viennent à 70% de Croix-Rouge. Mais on accueille également des jeunes d’autres quartiers », tient à préciser Moussa.

Pas question de ne pas leur donner tous les moyens pour boxer et se former dans les meilleures conditions. Au total, l’académie compte trois grands rings surélevés, une dizaine de sacs de frappe et une salle de musculation. Une richesse en termes d’infrastructures qui permet à l’académie de faire éclore ses « pépites » comme Hamid les appelle. Il évoque Cédric, le fils de Pascal, qu’il a coaché et suivi durant trois ans. « J’ai voulu reprendre Cédric, le mettre a un bon niveau pour qu’il puisse participer au tournoi pro. Au départ, Pascal n’était pas partant. Puis, j’ai réussi à le convaincre« , confie Hamid. Résultat : au bout de trois années aux côtés d’Hamid, Cédric a remporté un titre international et s’entraîne aujourd’hui pour les championnats d’Europe à Deauville prévus en juillet.

Section féminine, entreprise : l’ouverture au cœur du projet de la THZ

Pour permettre à ses élèves de sortir du caractère trop sportif, Hamid Zaïm organise des tournois estivaux entre jeunes de son club et chefs d’entreprise. Le but : casser la barrière sociale et attirer les sponsors pour faire évoluer l’académie. « La prochaine rencontre est prévue au mois de juin. Durant deux mois, les entrepreneurs s’entraînent dans ma salle. Lorsqu’ils passent le pas de ma porte, ils ne sont plus chefs, ils sont boxeurs, au même titre que les autres jeunes boxeurs. C’est une manière de leur faire rencontrer des modèles desquels ils peuvent s’inspirer. Et puis, cela permet aussi d’amener des sous pour leur offrir plus de moyens et de beaux galas« .

Hamid Zaïm aux côtés d’une des élèves de l’académie @Travelingforboxing

Car pour faire tourner tous ces projets, il faut évidemment un budget. La THZ bénéficie de mécénat de la part de plusieurs entreprises comme Citroën ou encore Bouygues Telecom, et de subventions de la part des bailleurs locaux. Les élus, Arnaud Robinet, le maire de Reims, et Catherine Vautrin, la présidente du Grand Reims, ont également soutenu. Autant d’aides qui ont permis l’aboutissement d’un nouveau projet : l’ouverture d’une section féminine. « Au début, j’étais sceptique, explique Hamid. Pour moi, une fille est faite pour être belle. Mais lorsque j’ai vu qu’elles étaient plus sérieuses que les garçons, je n’ai plus eu de doutes. Aujourd’hui, j’ai plus de 50 filles dans mon réseau de boxeurs professionnels« , se félicite-t-il.

Objectif : obtenir le meilleur des élèves et pour les élèves. « Ce que les boxeurs font en dehors du ring, ça m’est égal. Je suis là pour les entraîner, pas les fliquer. Par contre dans la salle, ça file droit, avec moi je veux que ça bosse dur. Celui qui ne bosse pas, il dégage« , tranche Pascal. Hamid ne dit pas autre chose. « J’exige un comportement respectueux, irréprochable même. Quand mes jeunes viennent dans mon club, ils portent une étiquette : la bannière de mon club. Ici, c’est force et honneur. La boxe, comme dans la vie, c’est constamment des coups et un dépassement de soi« .

Ferial LATRECHE

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