« Aymane était un ami, il faisait même de la boxe avec moi. C’était quelqu’un de bien, on l’aimait beaucoup ». Ce samedi après-midi, aux abords de l’espace Mandela, on compte autant de compliments dans les mots que de fleurs sur la grille du bâtiment, en mémoire du jeune athlète. La rue Louis-Auguste Blanqui, habituellement très bruyante, est calme. Pourtant il y a du monde. Les habitants de la ville s’arrêtent pour se recueillir, déposer des bouquets ou des affiches en hommage à Aymane, l’adolescent tué la veille dans cette maison de quartier.

Sanaa et Louisa ont 15 ans, elles se dirigent vers l’espace Mandela : « On se connaissait bien, on sortait souvent tous ensemble, il était tout le temps de bonne humeur, il aimait chanter, il était drôle. C’était vraiment quelqu’un de très très gentil, il était toujours là pour nous. On l’aimait beaucoup ».

Un jeune homme un peu timide mais très sociable et très touchant.

Aymane avait 15 ans. L’adolescent était passionné de boxe, et avait débuté un parcours prometteur au club ‘Chris Fight’ il y a trois ans. Christophe Hamza était son coach depuis ses premiers entraînements. « Il était passionné, il sortait avec le maillot du club même lorsqu’il n’y avait pas d’entraînement. C’était le premier arrivé, le dernier parti ».

« Hier nous avons tous perdu un enfant », signe une maman sur les murs de l’espace Nelson Mandela.

Christophe raconte sa fierté d’avoir vu Aymane remporter le titre de champion d’Ile-de-France de sa catégorie à l’automne dernier. Le jeune bondynois rêvait de devenir boxeur. Un objectif en bonne voie puisqu’il avait été qualifié pour les championnats de France, prévus à Marseille en avril prochain.

« Vous savez, dans la boxe il y a des valeurs fortes comme la discipline, la rigueur, la ponctualité ». Des valeurs auxquelles Aymane adhérait complètement d’après son coach, effondré par la nouvelle. « C’était un jeune homme un peu timide mais très sociable et très touchant. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi je m’en souviens là d’un coup mais il était très proche de sa grand-mère ».

On n’a rien à dire sur l’éducation de ces garçons. 

Christophe raconte avec émotion le premier combat d’Aymane : « il avait gagné, évidemment. Il était fier de lui. Sa grand-mère et toute sa petite famille étaient là. Sa grand-mère a fondu en larmes, son père aussi, et du coup moi aussi ». Comme toutes les personnes qui connaissaient Aymane, de près ou de loin, Christophe décrit un garçon gentil, blagueur, souriant et serviable.

C’est ce que retient aussi Kamel*, 17 ans, croisé devant le terrain de foot du quartier Blanqui : « Je le côtoyais quand il passait jouer au foot avec nous. À chaque fois qu’il venait, il était souriant, il rigolait. Il faisait beaucoup de sport. Alors vous voyez, ça fait bizarre de se dire que ce mec s’est fait tirer dessus, juste là ».

Une maman s’arrête, « vous parlez de ce qui s’est passé avec Aymane ? C’est mon voisin, il habite dans un pavillon pas loin de chez moi. Sa famille est adorable, bien réputée. Les parents avaient deux garçons : Aymane, l’aîné et Rayane, le cadet. On n’a rien à dire sur l’éducation de ces garçons ».

Aymane c’est un boxeur, pas un bagarreur.

La mère de famille explique que son fils faisait de la boxe avec Aymane. « Ils partaient tout seuls. Ils quittaient l’entraînement tard, vers 22h, alors un des parents venait les chercher. Ils ne rentraient jamais seuls le soir ». Bouleversée, la maman finit par lâcher : « on n’a pas dormi cette nuit. C’est notre enfant à tous aujourd’hui Aymane, ça aurait pu être notre fils. Aujourd’hui c’est tout Bondy qui a mal. On est tous en deuil ».

Ce samedi 27 février, dans certains médias, Aymane était encore présenté comme « un jeune lié au trafic de stupéfiants, connu des services de polices locaux pour la fréquentation de points de deal ». Des propos unanimement contredits par toutes les personnes rencontrées ce samedi à Bondy.

Des fleurs et des mots de recueillement sur la grille de la maison de quartier.

Le jeune Kamel rebondit : « quand j’ai entendu ça ce matin sur BFM, je me suis dit ‘mais c’est quoi cette merde encore ?’. Il faisait de la boxe, c’est tout. C’était sa passion. Il était droit. Aymane c’est un boxeur, pas un bagarreur ».

Croisé aux abord de l’espace Mandela, Khalil se recueille lui aussi. Il est l’aîné d’une fratrie et sa sœur était dans le même collège qu’Aymane. « C’est ma plus petite soeur, c’est des bébés… », s’alarme le jeune homme de 25 ans.

Comme beaucoup Khalil est amer sur le traitement médiatique du drame : « malheureusement on n’est même plus étonnés, c’est une tendance des médias mainstream et des grandes chaînes d’info. ‘Connu des services de polices’ ? Mais ça veut tout et rien dire. On est dans des quartiers où on est 20 fois plus contrôlés que les autres, alors oui bien sûr la police nous ‘connaît’. »

Quand il se passe quelque chose d’aussi terrible, c’est violent pour tout le monde.

Émues, Inès et sa maman viennent de déposer leurs fleurs devant le lieu du drame. Inès avait croisé Aymane trois jours avant sa mort. Au lendemain de sa mort, Elle est abasourdie. « C’était l’ami d’une amie, je les ai croisés cette semaine, je lui ai dit bonjour et c’est tout. Mais Bondy c’est petit. On a tous l’impression de se connaître plus ou moins, c’est comme une petite famille. Alors, quand il se passe quelque chose d’aussi terrible, c’est violent pour tout le monde ». Sa maman, Assia, nous confie avoir fondu en larmes dès qu’elle a appris la nouvelle : « quand j’ai vu sa photo aux infos, je me suis immédiatement mise à la place de sa maman ».

Une ancienne animatrice du service jeunesse de la ville de Bondy se souvient, elle aussi, avec émotion de l’athlète. Elle a connu Aymane durant l’été 2017 : « il nous régalait, il était toujours de bonne humeur et surtout très poli ». Sur place, les animateurs rencontrés disent leur choc après cette nouvelle : « il faut savoir que quand on est animateur dans les quartiers on a un lien assez particulier avec ces jeunes qui sont finalement nos petits frères, nos petites sœurs. Quand il leur arrive du bien, on est heureux pour eux. Et quand il leur arrive des choses aussi tragiques, on est tristes comme si c’était des membres de notre famille ». Beaucoup appréhendent la reprise des activités de loisirs de ce lundi.

Christophe Hamza aussi, tient a rappeler  la dimension familiale qui règne au sein de son club, et particulièrement avec son protégé, Aymane : « même en dehors des cours, il m’appelait, m’envoyait des messages. Le contact n’a jamais été rompu avec ce petit, même pendant cette période covid ».

Les violences sont beaucoup plus graves qu’il y a 15 ans. 

Le coach rappelle que le jeune homme de 15 ans baignait dans un environnement familial « cadré et bienveillant ». Une situation confirmée par ses proches. Comme tous les adolescents de son âge, Aymane avait parfois des coups de mou à l’école et son père n’hésitait pas à appeler Christophe : « je lui envoyais des messages en lui disant de faire attention, que s’il ne travaillait pas bien à l’école, je ne l’inscrirai pas à la prochaine compétition », confie l’entraineur.

Christophe répète que tout ce qui s’est passé est complètement fou et surréaliste : « il y avait aussi de la violence quand j’avais 15 ou 20 ans, mais ça se réglait à mains nues, on n’ôtait pas la vie. Je ne dirais pas qu’il y a plus de violence qu’avant, par contre elle prend des proportions beaucoup plus grandes, les violences sont beaucoup plus graves », regrette le coach de 53 ans.

Alors que l’enquête a été confiée à la police judiciaire de Seine-Saint-Denis, deux frères, dont un âgé de 27 ans, se sont présentés au commissariat de Bobigny, le samedi 27 février, au lendemain du drame. Les deux ont été placés en garde à vue pour assassinat.

Plus tôt dans la semaine, deux adolescents mineurs ont eux aussi été tués dans leurs quartiers en Essonne à la suite de violences entre jeunes. Aymane, dans sa maison de quartier n’a pu être protégé. Trois drames en moins d’une semaine, qui interrogent la responsabilité collective, sur une violence banalisée qui ne cesse d’emporter des enfants des quartiers populaires, dans l’indifférence politique.

Sarah Ichou et Samira Goual

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