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Le 28 septembre, pendant la récréation, Eden est assis sur un muret, son téléphone à la main, devant le lycée Château d’Épluches à Saint-Ouen-l’Aumône. Des élèves de l’établissement sont alors mobilisés pour réclamer de meilleures conditions de scolarité.

Sur les vidéos de la scène, on voit plusieurs policiers venir au contact des adolescents. Trois agents casqués se retrouvent face à Eden. L’un d’eux lui porte un premier coup. L’adolescent répond par un coup de pied. Quelques instants plus tard, un policier fait usage de son lanceur de grenade lacrymogène en direction de son visage. Le tir, effectué à très courte distance, le projette au sol.

« Il n’était pas en train de bloquer », insiste son père. Selon lui, son fils « allait simplement à l’école et voulait rentrer chez lui car son lycée était bloqué ».

« Une accumulation hors normes de violences »

Lors d’une conférence de presse organisée lundi, Elsa Marcel, l’avocate de la famille, est revenue longuement sur les images de la scène. Selon elle, le tir a été effectué à environ 1,50 mètre de distance. Le policier « ne peut pas ignorer que son arme peut mortellement percuter un enfant quand il lui tire dessus à bout portant », dénonce-t-elle.

Pour l’avocate, la gravité des faits impose une qualification pénale à la hauteur de ce qu’elle considère comme une violence délibérée. « Parce qu’il faut savoir qu’Eden aurait pu mourir ce jour-là », souligne-t-elle.

Les parents de l’adolescent s’apprêtent à porter plainte auprès du parquet de Pontoise pour tentative d’homicide volontaire. Elsa Marcel demande également que soient retenues des violences aggravées en réunion sur une personne mineure et sollicite l’ouverture d’une information judiciaire.

L’avocate affirme par ailleurs que les policiers ont laissé Eden au sol sans appeler les secours. Selon elle, ce sont des lycéens qui l’ont écarté du danger avant que l’infirmière scolaire ne prévienne les secours.

Elle interroge également les conditions dans lesquelles le lanceur de grenade a été utilisé. Les tirs tendus sont interdits et l’usage de ces armes est encadré. « Quels ordres ont été donnés ? », questionne Elsa Marcel. Le policier a-t-il été entendu ? A-t-il fait l’objet d’une mesure de suspension ou d’une garde à vue ? À ce stade, l’avocate dit ne disposer d’aucune information sur les éventuelles mesures prises à son encontre.

Une enquête a été confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique avec usage d’une arme. La caméra-piéton du policier doit notamment être extraite et analysée. Le Défenseur des droits s’est par ailleurs saisi de la situation.

Elsa Marcel dénonce plus largement une « accumulation hors normes » de violences lors des mobilisations lycéennes. Elle évoque les nombreuses interpellations recensées ces derniers jours et les cas d’autres adolescents grièvement blessés.

« J’ai le cœur en miettes »

La mère d’Eden apprend que son fils a été blessé par l’appel de l’un de ses camarades. Au téléphone, le lycéen lui annonce en hurlant qu’Eden vient de recevoir un tir à la tête. Elle découvre ensuite les images de son fils au sol et se rend immédiatement devant son établissement.

« J’ai le cœur en miettes », confie-t-elle, une semaine après les faits. Depuis, le quotidien de la famille a basculé. Eden a subi plusieurs opérations. « Il a la mâchoire scellée, il ne peut plus parler et il s’alimente avec une paille », raconte sa mère, au bord des larmes. L’adolescent a « toutes les dents du haut cassées » et plusieurs dents du bas arrachées.

Il doit désormais suivre de nombreuses séances de kinésithérapie faciale et pourrait subir d’autres interventions. À 14 ans, alors qu’il n’a pas terminé sa croissance, les soins pourraient s’inscrire sur plusieurs années.

Au-delà des blessures physiques, ses parents s’inquiètent de son état psychologique. Selon sa famille, Eden fait des cauchemars et traverse des crises d’angoisse et de panique. Son petit frère de huit ans est lui aussi affecté par les événements, même si leur mère assure avoir tenté « de le préserver au maximum ».

« Ça fait mal d’envoyer son enfant à l’école un lundi matin et de le retrouver dans cet état-là… Et ça fait encore plus mal parce que ça continue », poursuit-elle. Depuis le tir qui a blessé son fils, elle ne veut « plus voir à l’écran des enfants s’écrouler comme on a vu s’écrouler [son] fils ».

Une cagnotte a été créée pour aider la famille à faire face aux importants frais liés aux soins médicaux et psychologiques d’Eden. Elle a déjà récolté plus de 13 000 euros.

« Garder la face pour son enfant »

Le père d’Eden parle avec difficulté. Il explique avoir choisi de se tenir à distance des médias et des réseaux sociaux pour se concentrer sur son fils. Il décrit un adolescent qui ne comprend pas ce qui lui est arrivé.

« Ils ont tué ma vie. Qu’est-ce que je vais faire ? », lui confie Eden. Ce sont parmi les premiers mots que l’adolescent adresse à son père lorsqu’il le rejoint. « Cette violence, c’est gratuit », dénonce ce dernier.

Son père tente de le rassurer. La médecine a beaucoup évolué, lui répète-t-il. Il surmontera les conséquences physiques. Mais derrière les opérations, une autre inquiétude apparaît : celle des séquelles psychologiques.

Eden se souvient de la scène. Mais pour l’adolescent, cette violence reste incompréhensible. « Il ne comprend pas », raconte son père. Lui essaie de tenir, de « garder la face pour son enfant ». La famille s’organise autour d’Eden et chacun tente d’apporter sa force à l’adolescent.

« Pour nous donner de la force, on se dit que ça aurait pu être pire et que notre enfant aurait pu ne pas se relever », confie son père.

« N’envoyez pas vos enfants en manifestation »

Le père d’Eden refuse également que son fils soit réduit à un lycéen mobilisé. Il assure qu’Eden n’était pas particulièrement intéressé par le blocage de son établissement. Pour la famille, cette question est désormais secondaire. Ce qu’elle veut comprendre, c’est comment un adolescent de 14 ans parti à l’école a pu se retrouver dans cet état.

Le père dit avoir de la peine pour ceux qui, sur les réseaux sociaux, continuent d’accuser son fils. Lui « ne souhaiterait ce qui lui arrive à personne », rapporte-t-il.

La famille demande aujourd’hui que toute la lumière soit faite sur les circonstances du tir. L’enquête de l’IGPN devra notamment déterminer les conditions dans lesquelles le policier a utilisé son lanceur de grenade et les ordres qui lui avaient été donnés.

Pour Eden commence désormais un long parcours de soins. Ses parents savent que les conséquences de cette journée pourraient l’accompagner pendant plusieurs années.

Son père conclut par un avertissement adressé aux autres parents de lycéens : « N’envoyez pas vos enfants en manifestation. »

Sofiane Zerouala

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