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En arrivant à Évin-Malmaison, petite commune de 4 600 âmes à quelques kilomètres de Douai (Pas-de-Calais), un coq traverse la rue devant nous. Difficile d’imaginer dans cette zone pavillonnaire d’apparence si calme que douze jours plus tôt, une violente interpellation s’y déroulait. Dans la vidéo, largement diffusée sur les réseaux sociaux, on y voit Zakariyya, au sol, un policier paraît pratiquer une clef d’étranglement (technique d’immobilisation interdite dans de nombreux pays), le jeune homme de 23 ans suffoquant dans des râles intenses.

Sofia, la mère de Zakariyya, nous attend. C’est chez elle que s’est déroulée la scène. Le portail du pavillon porte encore les stigmates de ce samedi 4 avril, au cours duquel elle a vu son fils se faire interpeller sur le pas de sa porte. Le père de Zakariyya, Djellali, est également présent. Les parents sont encore sous le choc.

Zakariyya nous rejoint dans le salon familial, de cette violente interpellation il avoue ne pas se souvenir de grand-chose. « Je n’arrivais pas à joindre ma mère et comme elle a des problèmes de santé, j’étais inquiet. J’ai décidé d’aller vérifier que tout allait bien. J’ai emprunté la voiture d’un ami. À environ 150 mètres de la maison, je croise une voiture de la BAC, ils me regardent, je les vois faire demi-tour au loin. » Cependant aucune sirène ni gyrophare, selon le jeune homme, qui raconte s’être garé devant chez sa mère, dans la cour du pavillon.

« Au moment où je frappe à la porte, les policiers rentrent dans la propriété, l’un d‘eux m’attrape par le cou et commence à m’étrangler. Je n’oppose aucune résistance et lui dit “c’est bon chef”, puis le policier qui me maintient, me fait une balayette. Je me retrouve au sol, je n’arrive plus à respirer, je vois une lumière blanche, j’entends les cris de ma mère et l’agitation autour de moi, mais je ne suis plus capable de réagir, à partir de là c’est le trou noir », retrace Zakariyya.

Que s’est-il passé pendant ce trou noir ?

Les détails, nous les obtiendrons à travers les autres vidéos que nous avons pu consulter et le récit glaçant de ses parents. Ce samedi 4 avril, Djellali, ancien médiateur social, est assis dans le salon de son ex-femme, dont il est resté proche, il boit le café quand il entend frapper à la porte, derrière un policier, la retient. Après plusieurs tentatives, il réussit à ouvrir. « Zakariyya est au sol étranglé par un policier. Mon fils devient bleu, il n’arrive clairement pas à respirer, ses yeux sont blancs, je demandais aux policiers d’arrêter, mais en vain », relate le père avec émotion.

Sofia, la mère arrive alors sur le pas de la porte et supplie les policiers d’arrêter. « Je voyais mon fils partir sous mes yeux, je le voyais mourir », raconte la mère en larmes. Les deux frères de Zakariyya se mettent à filmer la scène, tandis que les parents tentent de raisonner les policiers.

Sur les vidéos, on voit distinctement Zakariyya les yeux révulsés, du sang autour de la bouche, en difficulté respiratoire avant de perdre connaissance. On entend également un raclement de gorge qui rappelle les images de l’agonie de George Floyd.

« Quand j’ai vu mon fils faire la Chahada (profession de foi des musulmans, que l’on récite avant de mourir l’index levé vers le ciel), mon cœur a explosé », sanglote Djellali. Des flashs qui les empêchent de dormir, des images où lui et Sofia ont cru perdre leur fils, eux qui ont déjà perdu deux enfants en bas âge en 2000 dans des circonstances dramatiques, les hantent.  « Si nous n’avions pas été là, peut-être qu’ils auraient tué notre fils. Il était en train d’agoniser sur le pas de la porte », tempête Djellali.

Après maintes protestations, c’est finalement le troisième policier qui intime à son collègue de libérer le cou de Zakariyya, selon le père. Une version attestée par les vidéos dans lesquelles l’on aperçoit Zakariyya inconscient, la tête sur la marche de la porte, et le policier qui semble tenter de prendre son pouls. Dans le même temps, les renforts sont appelés et plusieurs voitures de police débarquent. Les pompiers arrivent dans la foulée.

C’est dans le camion de pompiers que Zakariyya reprend conscience et se met à vomir. Le reste est flou. Le jeune homme est ensuite transporté à l’hôpital, où il restera 8 heures avant d’être admis en garde à vue au commissariat de Lens. Il en ressortira le dimanche après-midi autour de 17 heures. « À ma sortie, ils ne m’ont pas remis de document. L’officier de police judiciaire m’a indiqué que j’allais être appelé dans la semaine pour venir signer des papiers. Je suis accusé de défaut de permis conduire, refus d’obtempérer et rébellion », précise Zakariyya qui admet le défaut de permis mais conteste les deux autres accusations.

« J’ai peur de sortir, j’ai des flashs et j’ai du mal à dormir »

« C’est après avoir visionné les vidéos que j’ai compris ce qu’il m’était arrivé. J’étais choqué, j’ai du mal à les regarder. Je n’ai jamais subi une interpellation d’une telle violence », indique le jeune homme sous contrôle judiciaire dans une autre affaire pour association de malfaiteurs. « Maintenant, j’ai peur de sortir, j’ai des flashs et j’ai du mal à dormir. J’ai perdu 6 kilos en 10 jours », confie-t-il.

Le traumatisme est d’autant plus important pour le reste de la famille témoin de la scène. « J’ai vu mon fils mourir sous mes yeux, personne ne devrait subir ça, j’ai des flashs de son visage agonisant », confie Djellali ému, qui depuis s’est vu prescrire des anxiolytiques par son médecin. « Ce n’est pas juste mon fils qu’ils ont essayé de tuer, ils m’ont tuée moi aussi », exprime Sofia en larmes. L’état de santé de la mère de famille, déjà fragile, s’est dégradé.

« Nous avons demandé l’ouverture d’une enquête à l’IGPN, elle a été refusée par le procureur de Béthune, déplore Maître Pierre Brunisso, avocat de la famille. Une plainte a été déposée, jeudi 16 avril, pour violences volontaires en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique. »

Si les motifs de l’interpellation ne sont pas connus pour le moment, la violence de l’interpellation interroge et les vidéos que nous avons pu consulter questionnent quant à la méthode et notamment l’usage de cette clef d’étranglement.

Le parquet de Béthune n’a pour le moment pas répondu à nos sollicitations. Un comité de soutien « Justice pour Zakariyya » et une cagnotte a été créée pour aider la famille à payer les frais d’avocat.

Céline Beaury

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