23 heures à la Bellevilloise, le stress et la pression retombent, place aux célébrations suite à la victoire de la Côte d’Ivoire. Les murs de la salle vibrent aux sons des enceintes qui diffusent “Coup du marteau”, chanson devenue malgré elle l’hymne de cette CAN 2024. Sous l’euphorie de la victoire, les supporters tapent dans leurs mains pour reproduire la chorégraphie dansée jusque dans les stades ivoiriens par les joueurs eux-mêmes.

Cette troisième étoile sur le maillot des Éléphants fait l’effet d’une surprise. Mais la victoire est bien méritée, selon Cyril Lemba, membre du collectif organisateur de la soirée. « De toutes les CAN que j’ai pu suivre, celle-ci est la plus belle grâce à son scénario digne d’une série Netflix ! », exulte Cyril.

« Cette équipe de Côte d’Ivoire qui était quasi éliminée et qui, suite à la victoire du Maroc, se qualifie in extremis et bat le Sénégal, champion en titre ultra favori, retrace le supporter. Quand ils ont perdu 4-0 contre la Guinée équatoriale en match de poule, même les joueurs pensaient que c’était terminé. Finalement, on les voit trois semaines plus tard soulever la coupe. C’est tout simplement inattendu, mais en même temps, tellement beau. »

Des supporters majoritairement pour la Côte d’Ivoire

L’histoire de cette victoire est celle d’une équipe qui n’a rien lâché en se battant jusqu’au bout. Et cette force, ils peuvent la puiser chez leurs supporters qui n’ont jamais cessé d’espérer une victoire. Même à la mi-temps, quand le Nigeria a ouvert le score et menait 1-0, l’heure était à la joie et à la danse sur fond de drapeaux orange-blanc-vert.

« On avait foi ! Moi, je suis ivoirienne, donc j’avais foi en mon pays. On a tout fait pour bien accueillir les différentes nations, on ne pouvait pas en plus les laisser gagner », s’écrie Marina avec une pointe d’humour. Avec son amie Satihas, elles ont suivi les matchs de la CAN, « de A à Z, de l’ouverture à la fermeture » et décrivent « une fin parfaite ».

Un sentiment partagé par la plupart des supporters présents dans la salle, les Nigériens étant en minorité. Les rares d’entre eux venus soutenir l’équipe sortante affichent une mine déçue, mais restent fair-play. « C’est un échec pour nous. On avait beaucoup d’espoir. On y a cru, on y a cru fort, on ne s’est pas découragés, mais les Ivoiriens ont mérité leur victoire », accepte Piway.

Imane et Piway, supporters du Nigeria, saluent la victoire des Éléphants @LiliaAoudia

Dans tous les cas, c’est l’Afrique de l’Ouest qui gagne ! 

À ses côtés, Imane, plus positive, transforme la défaite en victoire pour sa région d’origine. « Dans tous les cas, c’est l’Afrique de l’Ouest qui gagne ! Moi, je fais la fête avec les Ivoiriens, et puis en 2025, c’est l’équipe du Nigéria qui sera victorieuse. » Elle dépeint un mois de compétition « magique ». « C’était vraiment la CAN des surprises, tous les résultats étaient inattendus. C’est bien aussi quand on ne s’attend pas forcément au vainqueur, ça crée beaucoup plus d’engouement. »

DJ Cheetah créatrice de la Can à Paris : « Cette CAN était incroyable, qualité Netflix comme disent les Ivoiriens » ©LiliaAoudia

Un moment hors du temps, convivial et culturel pour les diasporas

À l’origine de ces soirées de visionnage de matchs, il y a Cheetah, DJ, mais aussi créatrice de “La CAN à Paris”. Avec ce concept, elle souhaite créer des espaces culturels où les diasporas africaines peuvent se retrouver et pousser ainsi les cultures du continent par le biais des sports et des rencontres.

Comme beaucoup, elle qualifie d’incroyable cette CAN 2024. D’autant plus que le champion en titre faisait partie de ses équipes fétiches : « J’étais pour la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Sénégal, donc j’en ai un sur trois, je suis satisfaite. » Autour d’elle, les supporters venus participer à ses événements saluent son projet. À la fin du match, certains la remercient même pour ces retrouvailles. Car au-delà du football, ces espaces constituent de réels moments de communion.

« Je fais partie des personnes qui pensaient que le foot, c’était juste taper dans un ballon. Mais je me rends compte que c’est vraiment culturel et que ça rassemble les gens, ça rassemble les peuples, c’est merveilleux ! En Côte d’Ivoire, l’ambiance doit être incroyable, mais déjà ici, c’est magnifique, tout le monde est heureux, tout le monde se donne », découvre Ingrid, émue.

La CAN crée une espèce de pause spatio-temporelle où on oublie un peu tout ce qui se passe autour

Mission réussie donc pour le collectif Afro FC dont Cheetah est la fondatrice. « J’ai eu de très bons retours, les gens ont le sentiment d’être à Babi. Il y a beaucoup de personnes présentes qui sont allés à Abidjan les premières semaines, mais en sont revenues pour vivre la finale ici. Ils me disent que les ambiances se valent », explique-t-elle, ravie. La fin de la CAN signe pour elle une période de repos bien méritée. Même si elle ne peut s’empêcher de ressentir de la tristesse à l’idée que tout soit terminé. « Il faut retourner à la réalité, au quotidien. J’ai l’impression que les événements comme la CAN créent une espèce de pause spatio-temporelle où on oublie un peu tout ce qui se passe autour. »

Lilia Aoudia

Articles liés

  • Un séjour en voilier pour rompre avec le quartier

    Développés en France depuis les années 70, les séjours de rupture ​​permettent à des adolescents en difficulté de s’éloigner temporairement de leur environnement. Ingo, jeune de Gennevilliers placé à l’ASE depuis ses six ans, est parti un mois sur un voilier, avec l’association Amer Méditerranée. Une aventure qui lui a permis de « se mettre dans le dur pour mieux se relever. »

    Par Margaux Dzuilka
    Le 22/02/2024
  • Israël-Palestine : À Belleville, « en général, on évite de parler de politique »

    Depuis le 7 octobre, la question israélo-palestinienne a ressurgi en France où vivent les plus importantes communautés juives et musulmanes d’Europe. Pourtant, ce contexte n’a pas perturbé la paix sociale qui règne à Belleville, quartier historique d’immigration pour les deux communautés. Reportage.

    Par Imane Lbakhar, Hervé Hinopay
    Le 02/02/2024
  • Quand l’apprentissage du français passe par la lecture… à voix haute

    Dans le XVIIe et XVIIIe arrondissement de Paris, des personnes étrangères apprennent le français par le biais de la lecture à voix haute. L’association Fispe, (Français pour l’Insertion Sociale et Professionnelle en Europe), propose toutes les semaines cette méthode d’apprentissage. Une manière de gagner confiance en soi et de casser les barrières de la langue, dans la vie quotidienne et professionnelle.

    Par Irene Fodaro
    Le 30/01/2024