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Une semaine après les manifestations historiques du 17 octobre, le gouvernement avait sorti l’artillerie lourde. Face aux violences et aux pillages survenus le week-end précédent, les autorités ont annoncé un renforcement du dispositif de maintien de l’ordre, avec notamment des renforts issus du RAID, de la BRI et du GIGN.

Emmanuel Macron a également appelé à restreindre les manifestations, menaçant d’interdire celles organisées par des personnes qu’il jugeait dépourvues de légitimité. Les cortèges syndicaux devaient, eux aussi, être examinés au cas par cas.

À Paris, le bras de fer s’est cristallisé autour du parcours. Initialement convenu entre les syndicats et la préfecture, l’itinéraire reliant Bastille à Nation a finalement été interdit vendredi soir. Les autorités lui ont substitué un trajet entre la porte d’Italie et la porte de Vincennes, invoquant des risques de troubles à l’ordre public. Le recours des organisateurs n’a pas permis de revenir sur cette décision.

« On est les gueux »

« Ça a eu l’effet d’une petite bombe chez nous », raconte Siham, 52 ans, infirmière et militante de la CGT dans le Val-d’Oise. « Les camarades étaient furieux qu’on accepte tout ça, qu’on nous impose où on doit marcher. »

Pour cette militante, le changement d’itinéraire est symptomatique d’un pouvoir de plus en plus autoritaire. « Macron me fait penser à Louis XIV. Et nous, on est les gueux. » Elle dénonce également des violences policières « de pire en pire ».

Mais malgré les restrictions, la mobilisation est loin de s’essouffler. Sur les boulevards des Maréchaux, le cortège s’étire sur plusieurs kilomètres. À Paris, entre 110 000 personnes selon la préfecture et 250 000 selon la CGT ont répondu à l’appel. À l’échelle nationale, les estimations font état de 410 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur, contre 800 000 selon la CGT.

Une mobilisation impossible à décourager

Ni la pluie ni la grisaille n’entament la bonne humeur des manifestants. « Je préfère comme ça ! Je trouve que ça va parfaitement avec l’ambiance ! », s’exclame Max, un jeune homme visiblement ravi de défiler sous les averses.

Dans le cortège, les pancartes rivalisent d’inventivité. Aux côtés du traditionnel « Siamo tutti antifascisti », on peut lire « Macron, premier casseur de France » ou encore « Manu la coco, nous les lacrymos ». L’humour se mêle à la colère. Le slogan « Macron démission » résonne régulièrement le long des boulevards.

La jeunesse est bien présente, mais elle n’est pas seule. Syndicalistes, militants et manifestants de différentes générations défilent côte à côte. Après plusieurs semaines de mobilisation, le mouvement continue de rassembler au-delà de ses premiers rangs.

Un dispositif policier massif

Sur le terrain, le contraste est saisissant entre les annonces sécuritaires du gouvernement et l’atmosphère du cortège. Pendant plusieurs kilomètres, la marche se déroule dans une ambiance calme et bon enfant, avec une présence policière peu visible.

Un accrochage survient néanmoins à proximité du périphérique, dans le 13e arrondissement. Des policiers demandent à des manifestants qui se sont arrêtés de rejoindre le cortège. La tension monte.

Présent sur place, Aurélien Le Coq, élu de La France insoumise, dénonce une intervention qu’il juge provocatrice. « C’est la police qui crée le point de tension avec les manifestants », affirme-t-il.

Pour lui, les changements de parcours imposés à la dernière minute participent d’une volonté de « museler le mouvement ». Une stratégie qui aurait échoué face à l’affluence. « Ça n’a pas marché. Preuve en est : il y a un monde absolument énorme. »

La marche se poursuit jusqu’à la porte de Vincennes. À l’arrivée, les manifestants investissent les lieux dans une atmosphère toujours festive. Antoine Léaument, député LFI, estime que les autorités ont été dépassées par l’ampleur de la mobilisation. « Ils sont aux abois, ils ne savent plus quoi faire », lance-t-il.

À la dispersion, le retour des violences

Mais le calme qui a accompagné une grande partie de la marche ne résiste pas à la dispersion. En fin de journée, des affrontements éclatent et les forces de l’ordre font usage de gaz lacrymogènes et d’un canon à eau.

À Paris, 142 personnes sont interpellées, dont au moins 120 placées en garde à vue. Un bilan nettement inférieur à celui du 17 octobre, lorsque 855 interpellations avaient été recensées dans la capitale.

Ailleurs en France, la journée est également marquée par des blessures graves. À Toulouse, un manifestant de 20 ans est grièvement blessé à la main lors de la dispersion. Plusieurs doigts auraient été arrachés. Les circonstances exactes de sa blessure restent à établir.

À Clermont-Ferrand, un autre manifestant est gravement touché à la main. La préfecture assure toutefois qu’il n’a subi ni arrachement ni perte de doigt. Là encore, les circonstances de la blessure demandent à être éclaircies.

Une semaine après le 17 octobre, le mouvement n’a donc rien perdu de sa capacité à mobiliser. Les restrictions, les changements de parcours et les annonces sécuritaires n’auront pas suffi à décourager les manifestants. Mais derrière les chiffres de participation, ceux des interpellations et des blessés rappellent une autre réalité : la mobilisation tient, et la répression se poursuit.

Sofiane Zerouala

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