« Aboubakar Cissé aurait pu être mon père, mon frère ou mon mari », raconte Hind, drapeau français accroché à l’arrière de la tête, sur son djilbeb vert. Sa mère, Amal Bentounsi, est l’une des militantes à l’initiative de la marche. Dans une tribune publiée le 5 mai dans l’hebdomadaire Politis, plusieurs organisations avaient appelé à la mobilisation. Jean-Luc Mélenchon, Manon Aubry et d’autres cadres de la France insoumise étaient aussi présents. Ils étaient derrière le char floqué aux sigles du parti.
Près des marches de l’Opéra Bastille, keffieh autour du visage et drapeau français piqué sur la tête, Sheryl attend que le cortège démarre. Pour l’étudiante en droit, il était important d’être présente à la manifestation qui s’est étendue de place de la Bastille à Nation. « La République doit protéger tous les citoyens. Et je suis là pour protester contre un système qui persécute toute une partie de la population », dénonce-t-elle.

« Retailleau partout, justice nulle part »
Dans le cortège, des étudiants représentant la fédération des Étudiants musulmans de France étaient présents. Parmi eux, Soumeya, une jeune femme qui porte le voile. Interrogée sur la volonté d’interdire le port du voile dans les universités par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, elle répond : « Nous sommes des femmes fières et dignes. Derrière les lois islamophobes, ce n’est pas le voile que l’on combat mais les femmes qui le porte ».
Le ministre de l’Intérieur qui a mis deux jours à se rendre sur les lieux du drame et multiplie les déclarations hostiles aux musulmans est largement critiqué. « Retailleau partout, justice nulle part », peut-on lire sur une pancarte. « Mosquée en flamme, gouvernement pyromane », lit-on plus loin. Si la violence du meurtre d’Aboubakar Cissé a ému au-delà des personnes concernées, les manifestants entendent rappeler que l’islamophobie qui a motivé ce crime s’exprime jusqu’au plus haut sommet de l’État.
Marie-Mène Mekaoui