Le MMA est en pleine forme en France depuis quelques années. L’autorisation de la discipline, il y a deux ans, a permis à plusieurs organisations de s’implanter en France. Le MMA Grand Prix et l’Arès font aujourd’hui partie des ligues les plus médiatisées dans l’Hexagone. La dernière a été créée en 2019 par Fernand Lopez, entraîneur de Ciryl Gane (ex-challenger numéro un du champion poids lourd de l’UFC, Francis Ngannou).

Depuis février 2022, l’Arès est déjà à sa sixième manifestation. Deux autres événements sont prévus en novembre et en décembre. Régulièrement organisé au « Palais des Sports » dans le 15e arrondissement, l’Arès continue son ascension dans le paysage du MMA en France.

Le Dôme de Paris a accueilli 15 000 spectateurs pour l’Arès 7, en juin dernier.

Et les fans de l’octogone se font de plus en plus nombreux lors des événements. Durant de la septième édition de l’Arès en juin dernier, le speaker annonçait environ 3 500 spectateurs dans la salle. Plus ou moins plongé dans l’obscurité malgré ses jeux de lumières sur l’octogone, le Palais des Sports a offert une soirée pugilistique. L’événement, organisé à deux mois du premier UFC (Ultimate Fighting Championship) à Paris, a eu un impact médiatique important. Il a même été retransmis sur la chaîne l’Équipe, et sur l’UFC Fight Pass.

« Je viens plus pour le spectacle »

« C’est la première fois que je viens voir des combats », lance Thomas, militaire de 39 ans. Invité par un ami, ce spectateur se réjouit de ce que le MMA est en train de devenir en France. « C’est un sport comme un autre et c’est bien qu’il soit autorisé chez nous. Je découvre, je ne connais pas les affiches mais je viens plus pour le spectacle », poursuit-il. Ce soir-là, le combattant russe Abdoul Abdouraguimov affrontait le franco-allemand Karl Amoussou. À chaque coup, Thomas et les milliers de spectateurs tressaillent : une vague de « ouh ! » traverse le Dôme.

C’est accessible à tous, aux enfants, aux combattants, au public féminin

Dans le public, à majorité masculin, on peut toutefois trouver quelques spectatrices. Parmi elles, se trouve Assia Miri. La jeune combattante de 19 ans est satisfaite de voir un public varié lors de l’événement. « C’est accessible à tous, aux enfants, aux combattants, au public féminin », remarque-t-elle. « Des personnes un peu plus âgées qu’avant suivent la MMA, il y a de plus en plus de diversité, c’est top », ajoute celle qui est sortie vainqueure de sa première confrontation dans la discipline lors de l’Ares 5, en avril dernier.

Kader, 62 ans, coach de boxe anglaise, est fan de MMA depuis plusieurs années.

À quelques travées de l’octogone, Christophe et Kader sont venus apprécier les combats. Le premier a 45 ans, le second en a 62. « C’est le quatrième événement que je regarde ici. J’ai baigné dans les débuts de la MMA et aujourd’hui c’est mon fils qui pratique », raconte Christophe. « La discipline s’ouvre même aux personnes des milieux très aisés, mais ça fait encore peur à beaucoup de gens, surtout à ceux de mon âge ! », constate Kader, coach de boxe anglaise.

Une longue attente de 25 ans

Entraîneur de MMA au club Free Fight Academy, basé à Vitry-sur-Seine, Mathieu Nicourt a vu naître le MMA. Il s’intéresse, dès 1995, à l’Ultimate Fighting, et ouvre son premier club la même année. En 1997, il participe aux premiers combats. « Il y a eu une première compétition qui s’appelait l’Hybride Pancrace, elle a tout de suite été interdite, retrace l’ancien champion. Des créneaux pour des gymnases avaient été loués auprès de la mairie de Paris qui ne connaissait pas trop ce sport. Il y a ensuite eu des « on-dit » et tout a été arrêté. »

Un jeune qui ne pouvait pas espérer vivre du MMA a désormais cette chance !

Pour se faire un nom au sein de la discipline, les pratiquant.e.s n’ont d’autres choix que d’aller combattre à l’étranger : aux États-Unis (UFC), en Angleterre (Cage Warrior), ou au Brésil (International Vale Tudo Championship). Dans l’hexagone, il faudra attendre 25 ans pour que la fameuse discipline à l’octogone soit finalement autorisée.

« L’autorisation du MMA ouvre des possibilités qu’on ne pouvait pas avoir avant. Ça donne accès à des plus grosses bourses. Un jeune qui ne pouvait pas espérer vivre du MMA a désormais cette chance ! Ce qui change aussi est la popularisation du sport auprès du grand public », abonde Mathieu Nicourt.

Un combat de MMA se déroule généralement en 3 rounds de 5 minutes.

D’après la Commission française de MMA, on compte désormais 240 clubs en France. Dans une interview accordée à RMC en avril dernier, le conseiller technique référent national pour le MMA Lionel Brézéphin précisait que le nombre de licenciés s’élevait à plus de 1 500.

Vers une fédération indépendante ?

Si la légalisation et la médiatisation de la discipline attire de plus en plus de combattant.e.s, l’objectif, pour Mathieu Nicourt, est de voir le MMA « voler de ses propres ailes ». Aujourd’hui, le MMA reste rattaché à la Fédération française de boxe. « On veut pouvoir développer notre sport, on a attendu 25 ans, on n’aimerait pas attendre cinq ou six ans de plus alors que le sport est légalisé », confie l’entraîneur.

En attendant, l’UFC (principale organisation de MMA) a décidé d’organiser son premier événement en France, en septembre dernier. La soirée a rassemblé près de 15.000 spectateurs dans le palais omnisports de Paris-Bercy, l’Accor Arena. Les spectateurs, venus en nombre, ont vibré lorsque la star française Ciryl Gane a mis K.O son opposant australien, Tai Tuivasa.

Et les fans français du MMA peuvent déjà se délecter d’une bonne nouvelle. Dana White, le patron de l’UFC, a exprimé son intention de revenir dans l’hexagone très prochainement. Un potentiel événement qui pourrait donner un espoir supplémentaire aux professionnels de la MMA. Celui de voir leur discipline avoir sa propre fédération et pourquoi pas – à long terme – se faire une place parmi les sports olympiques.

Abdoulaye Diop

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