Expropriations, impact écologique néfaste et perturbation de la circulation sur la ville, voici ce qu’engendrera à l’avenir la construction d’une nouvelle gare de métro à Bondy. C’est en tous cas la position des riverains, qui se sont organisés en collectif : « Anti-Nuisances », crée en juin dernier pour faire face aux procédés jugés opaques de la Société du Grand Paris, en charge du gros oeuvre. Ils veulent ainsi offrir une alternative à ce drame annoncé qui soulèvent l’indignation et la colère de nombreux riverains bondynois.

Débutés en grande pompe un peu plus tôt dans le mois, les travaux dantesques préparant l’arrivée de la Ligne 15 du métro, prenant actuellement place en gare de Bondy s’accompagnent déjà de leur lot de désagrément pour les habitants. Certains seront contraints de céder leur maison à la Société du Grand Paris (SGP), contre un prix souvent inférieur au marché, surtout après l’attractivité de l’installation du métro. Une peur bleue de quitter les lieux, qui s’est transformée en drame. Tous ont en mémoire le suicide de Mme Yazar, le 6 décembre 2020, survenu des mois après la réception d’un avis d’expropriation.

Une manifestation prévu le 4 décembre prochain

Il est environ 17h00 lorsque les membres du collectif se retrouvent dans une agence immobilière, non loin du chantier de la ligne 15 du Grand Paris Express. Les membres arrivent au compte-gouttes et parmi eux Françoise, Alain ou encore Bernard tous les trois membres de l’association Bondy Ecologie et qui se sont joints au collectif. Chacun se salue chaleureusement avant de s’installer autour d’une table afin de planifier la manifestation qui partira du centre-ville le 4 décembre prochain.

Déjà présentes sur les lieux, les sœurs Lydia et Zita Kasparian, dont la mère de 83 ans a reçu un avis d’expropriation en 2019. La première explique : « en 2019 on nous annonce brutalement par une lettre qu’on prend en pleine figure qu’il faut qu’on parte de nos maisons. Nos voisins aussi l’ont reçu et on nous dit juste que c’était pour les besoins du Grand Paris », se rappelle-t-elle avec indignation. Actuellement quatre pavillons pourraient être menacés dans la commune. Au total 900 logement seront rachetés pour l’ensemble des travaux sur les 68 gares des tracés du Grand Paris.

A peine le temps d’encaisser la nouvelle que Lydia se met immédiatement à chercher des explications, auprès d’élus et de la Société du Grand Paris (SGP), mais à chaque fois elle se heurte à des murs : « A ce moment-là on a commencé à poser des questions à des gens qui sont beaucoup plus professionnels, mieux armés que nous, qui ont l’habitude de ces problématiques et qui nous ont donnés des réponses. Parce que les pouvoirs publics n’en avaient pas. On est allées à la mairie, à l’époque c’était Madame Thomassin et elle nous a répondu qu’elle n’était au courant de rien », déplore-t-elle.

La SGP était très contente et fière de nous annoncer qu’ils allaient mettre des gravats à la place de nos maisons, alors que le chantier se trouve à environ 250-300 mètre
de nos habitations.

Elle poursuit : « On lui a demandé d’organiser une rencontre avec la SGP pour avoir des réponses, et la réunion a eu lieu le 14 janvier 2020. A ce moment-là la SGP était très contente et fière de nous annoncer qu’ils allaient mettre des gravats à la place de nos maisons, alors que le chantier se trouve à environ 250-300 mètre de nos habitations », se souvient-elle.

Personne ne conteste l’arrivée du métro, on conteste seulement la façon dont sera construite cette nouvelle ligne.

Néanmoins tous tiennent à préciser qu’ils ne s’opposent en aucun cas à l’arrivée du métro : « Personne autour de cette table ne conteste l’arrivée du métro, on conteste seulement la façon dont sera construite cette nouvelle ligne et nous on ne fait que proposer des solutions alternatives », ajoute Yves membre du bureau de conseil consultatif du quartier de la Mare à la Veuve, situé tout au sud de la ville.

Selon les chiffres avancés par le collectif, la SGP cherche donc à utiliser les terrains situés le long de la rue Etienne Dolet, derrière la gare de Bondy, afin de décharger environ 120 000 m3 de gravats. Ces débris seront amenés depuis le chantier jusqu’à la zone de déblai par tapis convoyeur qui passerait par la passerelle piétonne passant au-dessus des voies de l’actuelle gare. Ce qui condamnerait le temps du chantier, l’unique moyen pour les piétons de passer d’un côté à l’autre de la gare.

De son côté la SGP se défend de toute largesse dans les travaux. Interrogée par nos confrères de Mediapart la société affirme que « la décision d’acquérir un pavillon n’est jamais prise à la légère » et ajoute qu’elle « est consciente de l’impact humain mais ces acquisitions sont absolument nécessaires pour permettre de réaliser le chantier de la gare de Bondy et réduire les nuisance en centre-ville ».

Une crèche menacée par la nuisance des travaux

Ajouté à cela, l’installation d’une centrale à béton à seulement quelques mètres de la crèche départementale Janusz Korczak, dont le personnel n’a été mis au courant qu’au printemps dernier  par Lydia Kasparian elle-même, d’après son témoignage. « J’étais allée voir la directrice de la crèche le 31 mai 2021, je lui demande ‘Bonjour madame, je voulais connaître votre position par rapport aux travaux qu’il y aura en face de la crèche.’ Ce à quoi la directrice répond : ‘Mais quels travaux ?’  », provoquant ainsi le rire mais surtout le dépit chez certains membres du collectif dans la salle de réunion.

Lydia Kasparian prend ainsi le temps d’expliquer à la directrice l’envergure et les problématiques que généreront les travaux pour l’établissement : nuisances sonores, risques d’intoxication, particules fines, rien que ça.

Des dialogues de sourds pendant les réunions publiques

En septembre le collectif apprend que la Société du Grand Paris a organisé une réunion d’information uniquement avec le personnel de la crèche, bien que comme le martèle Alain, membre du collectif : « Toute la ville est concernée par ces travaux ». Ce procédé de la SGP interroge et laisse perplexe les membres du collectif : « En allant voir les employés de la crèche nous apprenons qu’il y a eu une réunion uniquement avec le personnel et les gens de la SGP. Ils ont fait une réunion généraliste en disant ‘On va faire de belles choses etc’. L’une des employés avec qui je parlais était au bord des larmes, elle me disait qu’ils avaient promis d’arroser les roues des camions et d’installer des capteurs anti-bruit. Je vous assure qu’elle était blême », raconte Lydia. Elle continue : « C’est dommage qu’ils ne nous aient pas invités parce qu’on aurait pu venir avec des vraies questions, vu qu’on maitrise un peu plus le dossier ».

Le 15 septembre, une réunion a été organisée à la mairie de Bondy, l’occasion pour le collectif de faire entendre ses revendications : « Le maire Stephen Hervé était là, Philippe Dallier (conseiller départemental et conseiller métropolitain à la métropole du Grand Paris, NDLR) était là aussi. On a proposé à la SGP des solutions alternatives, parce que les travaux vont provoquer des problèmes de circulations, des nuisances sonores et des odeurs, et à l’époque la construction de la centrale à béton était à peine mentionnée », se remémore-t-elle.

Pourquoi s’obstiner absolument à récupérer nos terrains ?

Le collectif était venu à cette réunion avec un audit rédigé par Philippe, retraité et ancien employé à la SNCF expert en matière de travaux de telles envergures : « Il a fait un énorme rapport d’étude professionnel démontrant une autre manière d’installer le chantier, de traiter les déchets de ce chantier. Il en a conclu que la SGP a des perspectives disproportionnées : ils auront déjà 8000 mètres carrés devant la gare, ils n’ont pas besoin de 3000 mètres carrés de terrain qui sont de l’autre côté. Il donne des exemples de chantiers similaires à Paris ou sur lesquels il a travaillé à la SNCF, où 3000 mètres carrés sont nécessaires pour de tels travaux. Là ils ont déjà 8000, donc pourquoi s’obstiner absolument à récupérer nos terrains ? », s’interroge Lydia.

Des riverains face à la promesse d’une désillusion annoncée

A l’issue de cette réunion la SGP avait promis au collectif de les recevoir dans leurs locaux, néanmoins cette réunion n’a été qu’une nouvelle désillusion pour les Bondynois. Ces derniers rapportent que les ingénieurs qui les recevaient avaient une méconnaissance abyssale du dossier et de ses enjeux, leur donnant tour à tour des données erronées et un sentiment d’impuissance face au désarroi des riverains.

Le 4 décembre prochain, une manifestation est prévue devant la mairie de Bondy pour dénoncer la conduite des travaux.

A l’heure actuelle, c’est le le statu quo pour l’expropriation de la maison des Kasparian. Mais pour combien de temps ? L’épée de Damoclès qui plane au-dessus de leur tête ne leur permet pas d’être totalement sereine dans leur procédure visant à réviser les travaux. Il faut également prendre en compte les autres habitants qui devront faire face à des nuisances durant des mois voire des années, et aux commerces de proximité qui seront contraints de fermer précise Bernard. La livraison du métro à Bondy est prévue à l’horizon 2030.

Alors ces Bondynois se battent du mieux qu’ils peuvent, alertant tour à tour Mme Pécresse, Jean-Baptiste Djebbari, Jean Castex et même Emmanuel Macron, sans grand succès jusqu’à présent. Le collectif s’attèle désormais à préparer la prochaine manifestation et sensibiliser davantage d’habitants aux conséquences désastreuses de ce chantier faramineux.

Félix Mubenga 

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