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C’est avec le calepin sous le bras et le stylo à la main que je suis allé à la rencontre des habitants du quartier populaire de La Bocca, à Cannes. Une mosquée new-look, portant le nom de Centre culturel miséricorde et liberté, y sera prochainement construite. Ce projet a été accueilli sous un tonnerre d’applaudissements lors de sa présentation en 3D, en novembre 2006, par l’Association des musulmans du bassin cannois (AMBC). L’édifice religieux ne comportera ni minaret, ni gravures orientales. A la place, une architecture futuriste, très design, avec un toit en forme de flèche orientée vers la Mecque. L’AMBC veut frapper fort, dans la seule ville des Alpes-Maritimes qui compte déjà une mosquée parmi son patrimoine immobilier.

Il y a plus de trois mois, un olivier, arbre de paix, avait été planté, ainsi que la première pierre posée, dans le périmètre du futur lieu de culte, par le maire de Cannes Bernard Brochand, en présence, notamment, de Louisa Hemaïssa, présidente de l’AMBC, et de Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman. Ce nouveau bâtiment de 800 m2, conçu par l’architecte cannois Emile Di Matteo sur un terrain de 2000 m2, coûtera environ deux millions d’euros, financés à 100% par des fonds français.

L’AMBC entend être un exemple de diversité: son conseil d’administration est composé de trente-deux membres de six origines différentes, dont sept femmes. Louisa Hemaïssa : « Notre objectif est de donner à cette mosquée un rayonnement local bien sûr, mais pourquoi pas national et même international, en faisant en sorte qu’elle devienne un lieu de culte de référence, par son ouverture cultuelle, sa diversité culturelle et sa spiritualité vivante. Car si la religion sépare les peuples, la foi les réunit. » Lors de la plantation de l’olivier, Dalil Boubakeur avait souligné l’ouverture d’esprit de l’islam : « Nous, musulmans, voulons nous intégrer dans le tissu social de la République. » Au nombre d’environ 7000, les musulmans cannois ne pouvaient plus se permettre de prier, indique Louisa Hamaïssa, « sous une tente, dans des conditions déplorables ».

Abdelmalek, fidèle et militant associatif qui suit le projet de très prés, ne cache pas son enthousiasme, mettant en exergue le travail « exceptionnel » d’Emile Di Matteo : « Ce n’est pas un mosquée, c’est une œuvre d’art que nous offre monsieur Di Matteo. Par ailleurs, cette nouvelle mosquée montre clairement que les mentalités ont évolué, les gens perdent l’image néfaste que certains donnent de notre religion, d’autant plus que le sud de la France est souvent montré du doigt comme une région xénophobe. Ce projet est un pied de nez aux idées reçues. »

L’implantation d’une mosquée, qui plus est dans un département où l’extrême droite garde de solides bastions, fait face d’ordinaire aux préjugés, comme le terrorisme ou les prières clandestines dans les caves et sous-sols d’immeubles. A Cannes, ces préjugés ont été habilement combattus. Prochainement, j’aborderai le projet de construction d’une mosquée à Nice, bloqué par la mairie, qui invoque des oppositions de commerçants. SOS Racisme a déposé plainte contre le maire, Jacques Peyrat, anciennement Front national, aujourd’hui à l’UMP.

Halim Derres (BondyCannes)

Halim Derres –

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