Sur internet on trouve ce que l’on cherche, c’est bien connu. Les périodes de conflits n’échappent pas à une information diffuse dans laquelle chacun trouvera de quoi alimenter son discours. 

Branle-bas de combat derrière les écrans en cette période trouble au Proche Orient. Chacun se sentant impuissant, désinformé, mal informé ou pas informé du tout cherche où il peut, suivant sa paroisse, où avoir les vraies réponses, ou les bons arguments pour alimenter son discours.

Côté pro-palestinien, on s’informe via « le journal du musulman », ou sur le blog « Al Kanz ». Côté pro-israélien, « jew-pop » et d’autres font le boulot à la place de ce que beaucoup de personnes des deux camps nomment désormais « les merdias ».

Et en faisant sauter ma souris d’une rive à l’autre, sur des profils Facebook affichant fièrement le soutien à l’opération « bordure protectrice » à ceux arborant des drapeaux palestiniens : la même chose. Enfin presque. D’un côté, les premiers reprochent aux médias de ne pas insister sur les tirs de rocket reçus par Israël et seulement sur les morts à Gaza, de l’autre côté, les seconds qui s’insurgent qu’il ne soit pas assez fait cas des victimes palestiniennes.

Cette défiance n’a « jamais été aussi importante » pour Marie Camier, co-fondatrice de MediaEducation.fr, le portail de l’éducation aux médias en France. « Aujourd’hui, les Français sont particulièrement critiques vis-à-vis de l’information qui leur est délivrée par les grands médias, quitte même à tomber dans les travers des théories complotistes. Ils n’ont pourtant pas de recul lorsqu’il s’agit d’informations qui émanent d’autres sources. Il suffit de voir combien de personnes se font avoir par les hoax sur Internet ».

En effet, autre que le traitement des infos, il y a les infos en elles-mêmes. J’ai vu passer un tableau « stars soutenant Israël/stars ne soutenant pas Israël », et des articles sur les techniques du Hamas pour faire tuer les bébés ou sur l’intensité d’un tir de rocket sans parler des commentaires, parfois obscènes sous certains articles du « mort aux Juifs » à un laconique « quand on aime on ne compte pas » d’une jeune femme à propos du nombre de personnes tuées à Gaza.

Il semblerait que lors de ce genre d’événements, certains débarquent sur Internet comme jadis Johnny Depp et Kate Moss dans une chambre d’hôtel : pour tout casser. C’est-à-dire pour décrédibiliser complètement l’engagement de ceux qui utilisent Internet à bon escient en relayant des informations correctes et utiles.

Pour Marie Camier, médias et pouvoirs publics sont responsables de cette situation. « D’une part, les journalistes et les patrons de presse doivent apprendre à regagner la confiance du public. Cela pourrait commencer par exemple par l’arrêt de la stigmatisation de certains groupes sociaux dans les médias. D’autre part, cela fait maintenant plusieurs années que je milite pour une généralisation de l’éducation aux médias et à l’information. Il ne s’agit plus aujourd’hui d’éduquer les enfants à bien décrypter l’information dans un journal, il faut que chacun et chacune, quel que soit son âge, puisse également prendre du recul vis-à-vis des messages lus sur internet, des chaines de textos reçues etc. Cela nécessite donc une formation tout au long de la vie mais pas nécessairement par des biais traditionnels : selon moi, un groupe de personnes qui avale tout ce que dit une autorité pédagogique est contre-productif ! ».

Davantage encore, il appartient à chacun de se montrer vigilant et curieux, « pour comprendre pleinement l’information aujourd’hui, il est particulièrement éclairant de savoir que tel groupe de presse appartient à tel patron, ami avec tel dictateur… et qu’il n’est donc pas très surprenant qu’un journal n’ait pas pris position sur tel ou tel conflit ! Cette prise de conscience doit donc passer par une formation de tous les Français à la presse, aux images et au numérique. Il y a du boulot ! Mais si l’école remplissait déjà ce rôle, les générations à venir seraient déjà armées pour affronter notre société de l’information ».

En attendant, bêtise, haine et propagande continuent fleurir sur la toile, et donc, comme dirait l’autre méfiez-vous des « rumeurs sur les Internets » car il semblerait que finalement, ce bon vieux Bush ait raison, il y a des Internets. Alors choisissez bien le vôtre.

Latifa Oulkhouir

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