« Cela fait plus d’un mois que nos imprimantes fonctionnent sans relâche et nous avons déjà produit plus de 8000 visières », s’enthousiasme Vincent Guilluy, 46 ans, créateur de la « fabrik ». Las de rester chez lui les bras ballants, ce cadre commercial en informatique décide dès le début du confinement de publier un post sur Facebook. Son objectif : rameuter un maximum de makeurs.  « Les makeurs, ce sont des individus lambdas comme vous et moi, à la différence près qu’ils possèdent des imprimantes 3D », explique-t-il.

En à peine une semaine, ce dernier parvient à réunir 40 imprimantes. Il les dispose dans un local prêté par la mairie de Chelles, la ville d’où provient la majorité des contributeurs : « On doit énormément à la municipalité pour l’aide qu’elle nous a apportée », précise-t-il. Outre la disposition d’un local pour y stocker les imprimantes, la mairie livre des repas quotidiens pour la quinzaine de bénévoles sur place et met à disposition des voitures pour assurer des livraisons.

« Les imprimantes tournent en permanence, de jour comme de nuit et la maintenance s’effectue par équipe de 3 makeurs, avec une rotation chaque jour », détaille Vincent Guilluy, ajoutant : « Dans le cas de la transmission des visières, nous effectuons des livraisons si nécessaires, mais nous avons surtout un drive où les demandeurs peuvent venir chercher leur commande lorsque les visières sont prêtes à l’emploi ». Une visière demande entre 1h30 et 3h de travail pour les makeurs mais les commandes sont, en majorité, préparées dans la journée.

Carte des livraisons de visières dans chaque ville en temps réel

Et ça fonctionne ! « Dès à présent, sur près de 12000 commandes, nous avons pu distribuer trois quarts des visières. Le tout dans 53 villes réparties dans 5 départements différents », affirme le quadragénaire.

Avec 600 visières livrées, l’hôpital de Montfermeil est le principal client de la Fabrik. Quand un hôpital doit s’appuyer sur une initiative citoyenne pour pallier la faillite de l’Etat… Mais l’établissement de santé n’est pas le seul client de la maison : il y a aussi des commissariats, des associations, des ONG…

« D’ici quelques temps, une fois le déconfinement passé, la fabrik disparaitra. Si nous avons décidé de nommer cette entreprise fabrik éphémère c’est justement parce qu’elle doit tendre à disparaitre une fois la crise passée », en conclut Vincent.

En parallèle, une multitude de groupe de makeurs ont fleuri dans chaque département. « Makers contre le Covid – 93 » en est l’un d’eux. Ces derniers sont disponibles sur Facebook avec une page dédiée aux demandes de visières.

Amine HABERT

Articles liés

  • Qui sont les femmes derrière les “salons de beauté indiens” ?

    Les salons de "beauté indiens" fleurissent dans les quartiers depuis de nombreuses années. Mais derrière les portes de ces instituts, se cachent des modèles de féminisme et d'entrepreneuriat issu de la diaspora pakistanaise, indienne ou népalaise. Amina Lahmar a franchi le pas de plusieurs établissements pour écouter une autre histoire de l'immigration en France. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 26/01/2022
  • Précarité menstruelle : à Grigny, on veut « changer les règles »

    Au cours de l’année 2021, la ville de Grigny, dans l’Essonne, a mis en place des dispositifs de distribution gratuite de protections périodiques. Cette initiative s’accompagne d’une politique teintée d’actions de sensibilisation pour lutter contre le tabou des règles. Cécile Raoul a rencontré les concernées de la précarité menstruelle. Reportage.

    Par Cécile Raoul
    Le 18/01/2022
  • Père Jean-Luc Ferstler : « La misère n’attend pas les business plans »

    Cette année Emmaüs Forbach fête ses 40 ans. Le prêtre et fondateur d’Emmaüs Forbach, Jean-Luc Ferstler, figure emblématique de la ville, a choisi d’accompagner les personnes les plus fragiles depuis les années 1980. Portrait d’une vie qui raconte un territoire paupérisé après la fin du charbon, heureusement riche en solidarités.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/01/2022