Pas encore débuté qu’il créé des remous. Le débat sur la laïcité, transformé en débat sur l’islam à demi-avoué, les participants de cette manifestation le refusent. Pas question selon eux d’instrumentaliser politiquement la deuxième religion de France et de stigmatiser « des citoyens français de confession ou de culture musulmane ».

Les Hybrides de la République, mouvement de citoyens, entrepreneurs et progressistes, Saphirnews.com, premier média d’actualité des cultures musulmanes, Respect Mag, magazine urbain et Les Indivisibles, association de lutte contre les préjugés, ont organisé samedi 2 avril, place de la République à Paris, un rassemblement pour dénoncer et refuser le prochain débat de l’UMP. Un débat sous forme de « procès » selon les participants, qui « conforte le discours islamophobe et renforce la libération de la parole raciste et xénophobe. »

 

Sur les lieux, des jeunes musulmans venus s’opposer au débat, mais pas seulement. Quelques badauds curieux, une dizaine de journalistes, des militants, des élus, des acteurs du monde associatif.  Moins de monde que ce que les gens avaient prévu. Parmi eux, Mohamed Lafraoui, Naïma, Amel L. et Nadia L. Tous les quatre sont de jeunes Français, musulmans et tous refusent d’être pointés du doigt en raison de leur appartenance confessionnelle. Le Bondy Blog les a interrogés.

Mohamed Lafraoui. Clamart

«Ce débat est là pour faire diversion car nous savons tous qu’il est utilisé pour l’échéance électorale de 2012. Pourtant aucun débat sur l’économie, sur le logement ne sont prévus alors qu’ils sont les vrais problèmes des Français aujourd’hui.»

« Il est inutile de discuter de la place de l’islam en France. Ces gens-là sont Français. Il faut que les gens l’acceptent. On ne va pas parler d’eux comme des gens issus de l’immigration pendant des siècles non? »

« Sur le plan du débat en lui-même, je crois qu’il y a un décalage entre ce que l’on perçoit via les médias et la réalité. Notre pratique est sereine, nous n’avons aucun problème, les gens parlent entre eux. Les médias sont un miroir déformant. Ils ne parlent jamais des trains qui sont à l’heure, c’est bien connu. On a eu le droit au Quick Halal, à l’affaire du mariage annulé pour cause de virginité, à la polygamie, au voile intégral… A les entendre, islam = problème. »

Naïma. 19ème arrondissement à Paris. Travaille dans une compagnie d’assurances.

«Pour moi, il n’y a pas lieu à débattre. La laïcité est un principe fondateur de notre république, pourquoi en débattre? On n’a pas à revenir dessus. Il est clair que ce débat vise avant tout les musulmans, l’islam. Il y a de plus en plus d’islamophobie en France.»

«Je suis déçue par le peu de personnes présentes. Mais je suis étonnée que l’annonce de ce rassemblement ait été très peu médiatisée. J’écoutais ce matin France Info pour avoir quelques informations sur le lieu et l’horaire exacts et je n’ai rien entendu sur les radios. Si les gens ne viennent pas assez en nombre, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas conscience des problèmes mais c’est surtout parce qu’ils sont découragés.»

«Je ne ressens pas de difficulté à parler de ma religion, mais c’est vrai que l’on sait qu’en parler va susciter des débats, pleins de questions,et l’impression de devoir se justifier. On me demande toujours : Tu es musulmane mais pourquoi tu ne portes pas le voile? Pour moi, la religion c’est une question de foi intérieure, je n’ai pas forcément besoin de l’exhiber mais c’est ma façon à moi de vivre la religion. On ne la vit pas tous de la même façon. Je respecte le choix de certaines filles qui ont décidé de porter le voile. Et c’est clair que ça doit être plus difficile pour elles que pour moi. Même certains musulmans ont peur des filles voilées…»

Amel L. 28 ans. travaille en politique de la ville, Boulogne

«Je suis contre ce débat. J’en ai assez que l’on parle de nous. Qu’on nous laisse tranquille. Plus on nous montre du doigt, plus les Français ont l’impression que nous sommes un problème. Aujourd’hui le mot « musulmans » est associé à « manque d’intégration », à « terrorisme ». Laissez-nous vivre! »

«Plus on est montré du doigt, moins je me sens Française alors qu’auparavant, je ne me suis jamais posée ce genre de questions. Ce type de débat nous fait nous interroger sur des choses auxquelles auparavant nous n’avions jamais pensé.»

«Le discours de l’extrême-droite est aujourd’hui très décomplexé. Tout le monde se lâche. J’ai été déçue par la gauche qui n’est pas à la hauteur sur ce type de questions. Mais il y a aussi des problèmes chez les musulmans, la preuve aujourd’hui, il y avait deux manifestations différentes qui n’ont pas su se rassembler.»

Nadia L. 26 ans, juriste, Paris.

«Il n’y a pas de débat à avoir. Il n’y a aucun problème avec l’islam. Il faut une bonne et juste application de la laïcité. Une laïcité qui protège toutes les religions. C’est tout.»

«Les premières vagues d’immigrés on été très dociles, on ne voyait aucun problème avec l’islam à ce moment là. On ne demande pas aux gens de faire le Ramadan avec nous. Ça ne nous fait pas plaisir d’être ici aujourd’hui. Je suis profondément blessée par ce débat. On réduit notre religion au terrorisme, toutes ces remarques que l’on reçoit on les prend comme des attaques.»

«Je pense que cela a été une grande erreur de créer ce soi-disant islam de France. Il n’y a pas d’islam de France, il y a un islam en France. L’islam est une religion universelle. Dire qu’il y a un islam de France est ridicule.»

Nassira EL Moaddem

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022