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Saint-Ouen, deux jours après le drame. Hier soir, France-3 Ile-de-France réalise un duplex en direct pour couvrir le rassemblement « Stop à la violence ! ». A la prise d’antenne, la journaliste et le présentateur s’étonnent, avant le lancement de leur sujet, de voir si peu de monde sur place. Ils peuvent attendre encore longtemps puisque le rassemblement a bel et bien lieu, avec de nombreux habitants, mais à la sortie Arago du RER C, le quartier où s’est déroulée la fusillade qui a coûté la vie à deux jeunes gens samedi, et non à la sortie de métro de la ligne 13, Mairie de Saint-Ouen.

Cette « boulette » géographique, si elle peut prêter à sourire, a sans doute évité des désagréments à l’équipe de France 3 Ile-de-France. Car au même moment étaient pris à partie voire quasi molestés certains de leurs confrères. Tout ce qui portait caméra de télévision était menacé. Un caméraman a pu quitter les lieux sans encombre uniquement grâce à l’intervention et à la protection d’habitants qui se sont interposés entre lui et ceux qui ne voulaient pas voir les médias sur place. Le car-régie d’Itélé a dû remballer son matériel et repartir en quatrième vitesse. Ce fut donc un peu chaud pour les « médias » comme on a coutume de dire, comprendre, les télévisions.

Tout avait débuté dans le calme. L’association de quartier Mosaïque avait distribué et collé des tracts dans la ville pendant la journée pour annoncer la couleur : « Plus jamais ça – Stop à la violence ! Grand rassemblement silencieux ». Beaucoup de jeunes, de familles, de représentants de la mairie sont là. La manifestation mobilise. Un porte-parole de l’association Mosaïque prend la parole au nom des « papas » et s’adresse directement aux « jeunes ». Il appelle au calme, parle du vivre ensemble, de l’islam, celui du respect et de la tolérance. Une autre représentante du quartier, elle, met en cause la responsabilité de l’Etat et l’abandon de ces territoires.

Puis chacun prend spontanément la parole pour apporter sa vision des choses. Arrive un représentant religieux et quelques « Allah Akbar » se font entendre. L’homme parle mais est interrompu par un habitant visiblement excité qui en veut à la maire, Jacqueline Rouillon, la cherche dans le public et se dirige vers elle… Un mouvement de foule se calque sur celui de l’individu qui se déplace vers l’élue. Sentant le vent des embrouilles arriver, certains commencent à détaler, des parents éloignent leurs enfants. « Ça part en live ! » entend-on. L’ambiance est tendue, électrique. Et il n’y a pas que les médias qui battent en retraite à ce moment-là : la maire doit quitter précipitamment le rassemblement pour éviter que ça tourne mal pour elle. Nombre d’habitants décident de partir aussi.

Parmi ceux qui restent, beaucoup ont le visage fermé. Certains paraissent perplexes devant le déroulé des événements. D’autres commentent ce rassemblement qui ne semble satisfaire personne finalement : « Ça devait être un rassemblement silencieux ! »

Trois mamies du quartier papotent entre elles, dubitatives : « Nous, on est là pour soutenir les familles des jeunes qui sont morts, pas pour faire de la politique. » « Au fait, elle est où la maire ? » « Ça y est, elle est partie ». S’ensuivent quelques blagues sur l’augmentation des impôts locaux, histoire de détendre une atmosphère bien lourde. Une retardataire arrive et vient claquer la bise à une connaissance qui a l’air dépité et qui lui dit, à propos des prises de paroles qui continuent : « C’est que du communautarisme. Je m’en vais. » « Non, il faut rester, justement. Moi je reste », lui répond la retardataire en se rapprochant du rassemblement qui a déjà bien fondu.

Une maman avec son bébé se tient en retrait. Elle est dégoûtée par les incidents qu’elle vient de voir. Une autre Audonienne qui observe le tout à ses côtés livre son analyse de la situation : « Le nettoyage des trafics de drogue de Paris 18e et le trafic de la gare de Saint-Denis les ont amenés dans ce quartier. » Mais une telle ampleur de trafic et de violence, c’est paraît-il, du jamais vu à Saint-Ouen. La maire Jacqueline Rouillon sera reçue aujourd’hui par Brice Hortefeux, au ministère de l’intérieur. Elle lui demandera d’entreprendre des actes « concrets ».

Sandrine Dionys

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