Mardi, 20heures, les premiers arrivent. A pied, à vélo ou en voiture, en short ou en pantalon selon le temps qu’il fait, une pléiade de footballeurs amateurs se rejoint au stade Fernand Noël, à Tremblay-en-France (93). Ce soir-là, ils sont vingt-quatre joueurs. Ils seront probablement plus la semaine prochaine : « Il y a forcément moins de monde lorsqu’il y’a des matchs de ligue des champions à la télévision », me lance-t-on. En effet, nombreux sont ceux qui ont préféré regarder la demi-finale opposant l’Olympique lyonnais au Bayern de Munich, laissant le maillot au placard. De la même manière, il y a plus de joueurs lorsqu’il fait moins froid. « Y’en a qu’on voit que lorsqu’il fait plus de 20° ! »

Sur le terrain, des maillots du Barça, de l’AC Milan, de Manchester United ou du PSG avec le nom du joueur préféré floqué au dos. En attendant les derniers joueurs, on spécule sur les futurs vainqueurs des championnats européens. La coupe du monde qui débute dans un peu plus d’un mois tient également une place importante dans les conversations. Une fois les équipes faites, on peut débuter les matchs. « Ça dépend combien de joueurs on est. Si on n’est pas assez pour faire quatre équipes, alors on tourne. Il y a deux équipes qui jouent et la troisième rencontre ceux qui gagnent. » Ceux qui l’emportent sont ceux qui inscrivent deux buts en premier.

C’est à l’initiative d’un grand du quartier, qui a décidé de fonder une association, que se tiennent ces rendez-vous hebdomadaires. « Désormais, il y a un soir dans la semaine où on se retrouve et on joue au foot. » Plusieurs générations de jeunes du quartier se côtoient ; les plus jeunes ont seize ans et les plus âgés approchent la trentaine. Beaucoup se connaissent car ils ont étudié ensemble au collège du coin. Certains sont animateurs, ou travaillent à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, qui, avec la mairie, est un des principaux employeurs pour les jeunes de la ville. D’autres poursuivent leurs études, d’autres encore y ont mis un terme.

Sur le terrain, il arrive que les esprits s’échauffent : soit parce qu’un partenaire a raté un geste, soit parce que le joueur a subit une faute. Le ton monte et le conflit s’estompe de lui-même bien souvent, même si parfois des camarades doivent séparés les deux joueurs. « C’est normal que ça s’embrouille un peu, mais on se connaît tous, ça termine toujours par une poignée de main », assure-t-on.

Lorsque j’évoque avec eux l’actualité politique de Tremblay-en-France, beaucoup pointent une surmédiatisation : « Y a eu quatre bus qui ont reçu des jets de pierres. Est-ce que chaque ville qui caillasse quatre bus aura sa place au JT de 20 heures ? » On m’explique ensuite que plus on en parle, plus on caillasse : « Y’en a à qui ça plait de voir leurs faits d’armes écrits dans les journaux. C’est sûr que les chauffeurs de bus, eux, ils n’ont rien demandé. »

Il est désormais 22 heures et le gardien éteint les projecteurs. Les genoux abîmés par le frottement avec le sable du terrain synthétique, les joueurs rentrent au vestiaire. La frustration de n’avoir pas assez bien joué, ou de n’avoir pas marqué est visible sur certains visages. Qu’importe, ils reviendront la semaine prochaine, moi aussi, sans doute.

Killian Barthélémy

Killian Barthélémy

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