« Songez que du haut de cette usine, quarante ans d’histoire de la Formule 1 vous contemplent ». Il est tentant de paraphraser cette phrase de Napoléon Bonaparte au sujet de l’usine Renault de Viry-Châtillon, dans l’Essonne, collée à l’autoroute A6 en direction de Paris et à peine à quelques minutes du quartier de la Grande Borne. Une usine particulière car elle est le siège de Renault Sport, concentrant la direction de la filiale de l’ex-Régie et la fabrication des moteurs pour l’écurie Renault F1.

« Cette usine existe depuis 1969 », indique Cyril Abiteboul, directeur général de Renault Sport, né en 1977, année où Renault s’est lancé en Formule 1. Sur les 25 dernières années, les moteurs Renault conçus à Viry-Châtillon ont permis à des pilotes comme Nigel Mansell (1992), ou encore Alain Prost (1993), Michael Schumacher (1995), Fernando Alonso (2005, 2006) et Sebastian Vettel (2010, 2011, 2012, 2013) de devenir champion du monde.

Accueil du site Renault sport, Viry-Châtillon (Essonne)

Transmettre les compétences Renault aux plus jeunes

Renault Sport dans son ensemble, c’est 1 100 personnes réparties sur deux sites (Enstone, en Angleterre, pour le châssis et Viry-Châtillon, où nous sommes, pour le moteur). Ici à Viry, 400 salariés font tourner l’usine : des Français, mais aussi des Anglais, des Japonais, des Brésiliens… qui occupent les postes d’ingénieur, mécanicien et logisticien principalement.

Cette usine sent l’envie du dépassement, de la rage de vaincre et du succès. D’ailleurs, à l’entrée, dans ce qui est appelé le hall des champions, figurent des moteurs historiques de Renault F1, notamment les V10 dans les années 1990, le trophée du championnat constructeurs glané par l’écurie en 2006 et la Renault R26 de Fernando Alonso. Dans les couloirs menant aux bureaux de la direction, des photos des pilotes Renault 2017 Nicko Hülkenberg et Jolyon Palmer dans leur combinaison ou en piste avec leur monoplace. Dans le bureau de Cyril Abiteboul, avec vue sur l’A6, des images retracent différentes époques de Renault en F1 depuis les années 90. « Notre engagement en Formule 1 a évolué au fur et à mesure des époques. On est passé écurie, motoriste et de nouveau écurie. On s’est adapté à notre environnement. On s’est adapté aux circonstances. Finalement, ça a été là comme un fil rouge », raconte le directeur général au sujet de l’engagement de Renault en Formule 1.

Moteur F1

Un engagement, en tant qu’écurie complète, qui a repris officiellement en décembre 2015, avec la décision de l’ex-Régie de revenir dans cette compétition, « avec une vision de moyen-long terme », précise Cyril Abiteboul. Ce qui nécessite un site perfectionné pour les moteurs car l’ancienneté de l’usine de Viry-Châtillon pose problème. « C’est une usine très âgée, qui est très compliquée, qui nous coûte cher en maintenance. La technologie change. On est passé de moteur thermique à moteur hybride, avec des éléments électriques, des batteries qui sont des ouvrages d’art, de l’assemblage batterie qu’on fait sur ce site, avec également des problématiques de sécurité puisque ce sont des batteries à très haute tension. Tout cela était compliqué à maintenir dans une ancienne usine qui n’avait pas été conçue pour ça. Il y avait une inadaptation entre notre usine et la technologie actuelle », confie le numéro 2 de Renault Sport.

Cyril Abiteboul, directeur général de Renault Sport

Une solution a été trouvée courant 2017 auprès des collectivités pour maintenir l’activité moteurs sur Viry-Châtillon, avec une extension de l’autre côté de la rue Kennedy, sur une actuelle friche industrielle. Le futur bâtiment d’une surface de 4 000 m², dont les travaux d’installation doivent commencer cette année, accueillera le montage, l’assemblage des moteurs, mais aussi un éventuel atelier mécanique qui servirait pour « former des gens plus sur le local, à travers des systèmes d’apprentissage qu’ils viendraient faire sur les moteurs historiques, selon Louis Bordes, directeur de la communication de Renault Sport. C’est quelque chose sur laquelle on réfléchit depuis un petit moment avec Cyril ». Le projet est encore au stade de la réflexion. Reste à se mettre d’accord avec le système éducatif pour mettre en place un tel dispositif, ainsi que trouver du personnel ayant une parfaite connaissance des moteurs historiques de F1 au sein de chez Renault.

Un site qui passe de 11 000 à 15 000 m²

Ces 4 000m ² supplémentaires, avec les 11 000 m² de l’usine actuelle, ne sont pas de trop pour les 400 personnes travaillant tout au long de l’année. « Le site devenait trop étroit », confie Cyril Dumont, directeur des opérations, chargé d’organiser « l’assemblage des moteurs, l’essai des moteurs, le développement des moyens d’essais, la logistique, l’envoi des moteurs sur piste ». Ce dernier s’improvise guide le temps de notre visite. Au programme : bureau d’étude, l’OP room où des ingénieurs analysent les données télémétriques durant les essais libres, atelier de montage où le V6 turbo hybride est monté petit à petit par deux personnes, bancs d’essai pour le moteur…

Exposition des moteurs dans les couloirs du site Renault sport, Viry-Châtillon (Essonne)

« On représente le travail de l’ensemble de l’usine »

Dans l’usine, certains ingénieurs ou mécaniciens sont passés par la piste. Cyril Dumont, par exemple, a été ingénieur moteur piste pour Sebastian Vettel de 2009 à 2012, participant ainsi aux trois premiers titres conquis par le pilote allemand, à l’époque chez Red Bull motorisée par Renault. Rémi Taffin, directeur technique moteur de Renault Sport, de facto directeur de l’usine, était l’ingénieur piste de Fernando Alonso lors de ses deux titres mondiaux (2005, 2006). Cédric Baudesson, mécanicien moteur dans l’usine de Viry-Châtillon, a travaillé en piste durant 10 ans (2004-2014), sillonnant ainsi les différents coins du monde accueillant un Grand prix de F1, au service de pilotes propulsés par un moteur Renault tels Mark Webber, Valtteri Bottas, Jarno Trulli ou Daniil Kvyat.

Désormais sédentarisés, Cyril Dumont et Cédric Baudesson soulignent que le travail à l’usine est plus agréable que sur la piste. « Le travail en piste, c’est l’exploitation, c’est le produit fini. Et là, à l’usine, c’est plutôt le travail de développement. Ce qui est bien en amont de l’exploitation. C’est moins strict en termes de délai, en termes de timing. C’est plus facile pour s’organiser », précise Cédric Baudesson. « Quand on est en piste, on a plus de poids sur les épaules. On est en fin de chaîne. On représente le travail de l’ensemble de l’usine. Si on se rate, si on fait abandonner la voiture, pour telle ou telle raison, mauvais réglage, on supporte tout le poids de l’entreprise », enchérit Cyril Dumont. Pour Rémi Taffin, il n’y a pas « vraiment » de différences entre le quotidien à Viry et les weekends dans le paddock, tant les deux atmosphères sont imprégnées de l’esprit de compétition, de la volonté à vouloir se défier pour monter le meilleur moteur qui soit aujourd’hui, demain ou après-demain, dans un fonctionnement qui se veut familial selon lui.

Objectif 2020

En décembre 2015, quand Carlos Ghosn, PDG de Renault, communique le retour de l’ex-Régie en F1 en tant qu’écurie complète, il annonce aussi le but de lutter pour les titres pilotes et constructeurs à partir de 2020. Après une neuvième place au classement constructeurs en 2016, Renault a progressé dans la hiérarchie, terminant sixième de ce classement en 2017. « Après, sixième, c’est encore loin des toutes premières places. Je pense qu’on va continuer à voir cette amélioration au courant des deux années qui viennent », relativise Cyril Abiteboul, estimant que Renault devrait être capable de devenir la quatrième force du plateau, derrière les trois top teams que sont Mercedes, Ferrari et Red Bull.

Louis Bordes, directeur de la communication de Renault Sport

L’écurie française dispose d’un budget pour 2018 qui équivaut à « 85% du budget des plus grosses écuries », dont Abiteboul estime leur montant entre 300 et 400 millions d’euros. En clair, le budget de Renault devrait osciller entre 255 et 340 millions d’euros.

Maquette F1

Renault s’est embarqué dans un nouveau chapitre de son histoire, vieille de 40 ans, avec la Formule 1. Le tout, avec des ingénieurs, des mécaniciens venant des environs de Viry-Châtillon ou de divers pays du monde, afin de perpétuer l’héritage de Renault en F1. « On cite ainsi 40 ans de Renault Sport et on espère en vivre 40 ans de plus ! » conclut, enthousiaste, Rémi Taffin. On se donne rendez-vous dans 40 ans alors !

Jonathan BAUDOIN

Crédit photo : Michel Escallier

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