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Il n’y avait pas foule, hier dans Paris (deux cents selon la police, mais peut-être le double), pour accompagner les « cahiers de doléances » jusqu’à leurs destinataires, les parlementaires. Mais l’ambiance était bon enfant, avec des chants et des danses qui ont égayé le parcours, pour le plus grand plaisir des riverains. Une serveuse se réjouissait qu’il se passe enfin quelque chose au coin de la rue du Bac, point d’aboutissement de la marche. Richard Bohringer a fait sensation en venant discuter avec les jeunes en tête du parcours. Le but n’était pas qu’un nombre important de manifestants se joigne à la marche. Stéphane Pocrain déplorait pourtant qu’on n’ait pas vu plus de personnalités politiques venir soutenir une cause centrale, selon lui, de la vie politique. A part Hervé Bramy, président du conseil général de Seine-Saint-Denis, il n’y avait que quelques militants de la LCR, et surtout des associations . Leila Dixmier et Jean-Claude Tchicaya du collectif « Devoir de mémoire » sont venus en sympatisants d’une « initiative remarquable », en attendant de voir le texte des doléances récoltées . Il était question hier, un an après le déclenchement des émeutes de banlieues, de faire un pas de plus en direction de l’« égalité ».

Organisée par le collectif AC Le Feu, né à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, où la mort tragique de deux jeunes, Zyad et Bouna, avait provoqué une révolte de près d’un mois, la marche d’hier marquait l’achèvement d’un tour de France des villes de six mois, au cours duquel 20 000 doléances ont été collectées. Les priorités qui en ressortent sont « l’emploi, le logement, la lutte contre les discriminations et une réforme des pratiques policières », explique Mohamed Mechmache, l’un des fondateurs d’AC Le Feu.

Deux délégations de l’association ont été reçues par les chefs des groupes politiques du Sénat et de l’Assemblée nationale, auxquels elles ont remis une synthèse des cahiers. Le président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, n’a pas souhaité recevoir les représentants du collectif. Il aurait demandé qu’on dépose les doléances chez le « gardien » du Palais-Bourbon.

La plupart des manifestants arborait un T-shirt noir avec, en jaune, l’inscription suivante : « La marche des doléances 2006. Pour une politique choisie et non subie », clin d’œil au mot d’ordre sur l’immigration du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Chez les plus anciens du mouvement, il y avait le lointain souvenir de la marche pour l’égalité de 1983, dite « marche des Beurs », qui répondait, déjà, à un été très « chaud » dans les banlieues. La mobilisation d’alors avait donné naissance à l’association SOS-Racisme et son fameux slogan « Touche pas à mon pote », mais elle n’avait pas mis fin aux discriminations.

Hier, pourtant, l’espoir était le même qu’en 1983. « Brandissez vos cartes d’électeur et d’identité, demanda le speaker aux manifestants. Il faut qu’on voie que nous sommes Français, car certains voudraient faire croire que nous ne le sommes pas. Nous ne sommes ni la France d’en bas, ni la France d’en haut. Nous sommes Français. » Et il entonna La Marseillaise, reprise timidement par les marcheurs, alors que des dames d’extrême gauche, disent qu’elles auraient été d’accord de chanter L’Internationale.

Julien, qui sortait d’un cours à Sciences Po, qui se trouve à deux pas du boulevard, a trouvé très intelligente cette idée de cahier de doléances. Une manière astucieuse de rappeler la République à ses principes fondateurs issus de la Révolution française.

Antoine Menusier

Samy Khaldi

Samy Khaldi –

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