Après plusieurs heures d’affrontements, samedi après-midi, entre la police et des membres de la communauté kurde, le quartier de la gare de Villiers-le-Bel a retrouvé peu à peu son calme. Mais on sent que la situation peut dégénérer à tout moment, et pour cause. « Nous n’acceptons pas la manière de faire de la police, la France est sous le diktat de la Turquie », affirme Ogour, un jeune Kurde résident dans la zone pavillonnaire d’Arnouville-lès-Gonesse, localité voisine de Villiers-le-Bel.

Hasard ou pas, il y a actuellement des élections en Turquie et beaucoup pensent que les échauffourées de samedi leur sont liées. « On veut nous provoquer en nous humiliant », accuse Levent, un commerçant du quartier la gare. « Des dizaines de nos frères sont en garde à vue ou blessés (suite aux affrontements d’hier, ndlr), nous sommes des pacifiques, mais on ne peut laisser faire cette injustice », réagit avec force Shouaib, étudiant en mathématiques.

Les heurts se sont produits à quelques centaines de mètres des quartiers populaires de Villiers-le-Bel, suite à l’arrestation, le jour même, dans un local associatif kurde d’Arnouville, d’un leader sépartiste originaire du Kurdistan turc, selon nos informations. Mais ils ne ressemblent en rien aux émeutes qui ont frappé la ville en novembre 2007. D’une part, les incidents se sont déroulés dans une zone pavillonnaire, d’autre part, ils impliquent une population de propriétaires et de commerçants. Très peu intégrés dans la société civile, renfermés comme peut l’être la communauté chinoise du 13e arrondissement de Paris, les Kurdes vivent en quasi autarcie et s’intéressent bien plus aux affaires politiques turques qu’aux élections présidentielles de 2012 en France. « On ne fait pas de bruit. On veut juste qu’on nous laisse tranquilles », martèle Levent. Un cri repris en chœur par les commerçants de la gare de Villiers-le-Bel.

Appelée « la petite Istanbul », l’avenue Pierre Semard, qui traverse le quartier de la gare, est composée en grande partie de commerces chaldéens (chrétiens) et kurdes (musulmans), avec un dénominateur commun : la langue turque… et la haine des Turcs. Tout ce petit monde vit depuis prés de dix ans en parfaite harmonie : coiffeur, bar, restauration rapide, mais sans vraiment se fréquenter.

« Les Kurdes je les aime bien. Mais ils sont en train de casser le business en exportant nos problèmes en France », affirme Sabbah, un jeune commerçant d’origine chaldéenne, mécontent d’avoir dû fermer sa boutique pendant plusieurs heures samedi. « On a eu peur. Des tirs de flashs-balls, des jets de pierres. C’était l’Intifada », raconte, encore apeurée, Virginie, une coiffeuse d’origine chaldéenne.

Ceux qui n’appartiennent pas aux communautés chaldéenne et kurde ont du parfois du mal à faire la différence entre les émeutes de samedi et celles de 2007. « J’en ai marre, je vais vendre ma boutique. C’est plus possible. Je ne sais pas encore pourquoi je reste », affirme Nathalie, une commerçante du quartier. D’autres sont fatalistes : « Je ferme quelques heures et je viens de rouvrir ma boucherie. Regarde ce qui se passe en Lybie. Il n’y a pas mort d’homme », dit avec le sourire Mohamed, le boucher du quartier.

Pour une fois, les jeunes de Villiers-le-Bel sont spectateurs : « Et dites aux médias que c’est une émeute de gosses de riches et de fils à papa… Et c’est pas à Villiers, c’est chez les bourgeois à Arnouville… »

Chaker Nouri

Les débuts de l’affaire : http://yahoo.bondyblog.fr/201106041501/heurts-violents-a-la-gare-de-villiers-le-bel/

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