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Suite au passage à tabac dont a été victime Haroun, 19 ans, samedi 2 avril à la gare de Noisy-le-Sec, je me suis rendu vendredi au Bois-Perrier, la cité de Rosny-sous-Bois dont sont originaires les jeunes agresseurs. Trois avis se dégagent sur les faits. Celui des « filles », celui des « grands » et celui des « petits », ces derniers se présentant comme les « amis » des auteurs de « l’expédition punitive ».

Selon Lydia*, une jeune fille habitant la cité, Aby, la petite copine de Haroun, aurait déménagé du Bois-Perrier dans la précipitation. « C’était trop dangereux pour elle et sa famille de rester. Ça n’a pas fait plaisir à certains qu’elle donne les noms des agresseurs. C’est très dur pour elle en ce moment », dit-elle. Jocelyne, rencontrée en compagnie de Lydia, livre, avec un peu de réticences, son sentiment : « Mais vraiment ça m’a choquée toute cette histoire, surtout que c’est des mecs qu’on croise souvent. C’est vraiment des cons, mais vraiment. A ce qu’il paraît ils ont juste pris quatre mois et un an. C’est n’importe quoi, çà. » « Quoi ? T’es sérieuse ? », rétorque, étonnée, Lydia. Les adolescents qui ont gravement blessé Haroun seraient interdits de séjour non seulement au Bois-Perrier mais également dans l’ensemble de la Seine-Saint-Denis.

Le drame qui a failli coûter la vie à Haroun ne serait pas qu’une affaire de territoire interdit à ceux qui y seraient perçus comme des « étrangers » : « Ce n’est pas parce que le mec vient de Sartrouville qu’il y a eu ça. Tout le monde vient à Rosny quand il veut. » En réalité, il apparaît que c’est la conjonction de deux problématiques de territoires, l’une géographique, l’autre sentimentale, qui serait cause du coup de sang de ces adolescents âgés de 13, 14 ou 15 ans, ceux qu’on appelle souvent, en cité, les « petits ». Haroun, qui habite Sartrouville, dans le Val-d’Oise, n’avait pas à « sortir » avec une fille du Bois-Perrier (93)…

Devant un marché discount ED du Bois-Perrier, un groupe de jeunes adultes, 19-20 ans, est en pleins bavardages. Ce sont les « grands ». Moussa : « Franchement, l’histoire elle est chelou.  Je l’ai appris à la TV. » « Et moi par les gens. C’est eux qui m’ont dit que c’étaient des petits d’ici qui avaient fait le coup », ajoute Mohamed. Les personnes interrogées dans ce groupe se disent complètement étrangères à cette histoire. Aucune ne semble au courant de la relation entre Aby et Haroun, et encore moins de l’animosité que ce dernier provoquait chez les « petits ». « Va au collège c’est mieux, me conseillent les grands. Ils sont tous scolarisés là-bas ceux qui ont fait le guet-apens. T’apprendras plus avec les petits qu’avec nous. »

En chemin j’interpelle un autre gars, la vingtaine également : « Moi, je savais même pas que la fille existait ! Vraiment je suis débordé par mes soucis alors je calcule plus rien autour de moi. Ceux qui ont fait ça ce sont des cons, c’est tout. » Des collégiens sortent des cours, sacs au dos. J’engage la conversation avec Ibrahim et Lucien 13 ans, et Amadou, 14 ans. Tout trois disent connaître très bien les agresseurs de Haroun. Ils se côtoient depuis l’enfance. Amadou : « J’aurais pu être avec eux (les agresseurs) si j’avais été étais là. » Aby, qui aurait déménagé par peur de représailles ? Amadou toujours : « Après tout les blazes (noms) qu’elle a lancés, elle a bien fait de partir. Si on l’aurait croisée, elle se serait prise une grosse paire de gifles ! »

Ces adolescents donnent leur version des faits : « Ça faisait quelque temps qu’ont le (Haroun) voyait roder autour de la cité (apparemment depuis plus de six mois). On savait qu’il sortait avec Aby. Donc on lui a dit de ne plus revenir mais il n’a pas voulu nous écouter », rapporte Lucien. Djibril, 16 ans, qui s’est joint à ses trois camarades, précise : « La dernière fois qu’il est venu, dès qu’il nous a aperçus, il s’est mis à courir ! » Rires des quatre ados.

Amadou donne des explications sur le sms qui aurait déclenché la colère des « petits » du Bois-Perrier : « En fait, c’est le grand frère d’une amie à Aby qui avait pris le portable de sa petite sœur. Et là il a lu un texto bizarre (de nature intime entre Aby et Haroun, qui aurait été envoyé sur le portable de l’amie d’Aby, visiblement dans la confidence des liens entre les deux amoureux) qui lui a pas plu. C’est à partir de là qu’il (le grand frère) s’est énervé. Il a ensuite lu un autre texto qui disait que le mec était à la gare de Noisy-le-Sec. Donc c’est parti en vrille ensuite. »

Amadou, Lucien, Ibrahim et Djibril ne semblent nourrir aucun regret pour ce qui est arrivé à la victime : « Non mais attends, on lui avait dit de ne plus revenir ici, il le savait. Sinon ça allait mal se passer. Personnellement, ils (les agresseurs) sont bêtes d’avoir fait ça devant les caméras », déclare Amadou.

Prosith Kong

*A l’exception de celui de Haroun, tous les prénoms ont été modifiés.

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