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Dimanche soir, chez moi, c’est la guerre mondiale du foot. Il y avait à la télé le match Algérie-Egypte, dans le cadre des qualifications pour le Mondial 2010. Mon père égyptien et ma mère algérienne était en confrontation directe. D’un côté, le pharaon stressé, de l’autre, la mama décontractée, qui ne cherche même pas à regarder le match mais s’en va plutôt jouer au solitaire sur le pc. Elle saura bien quand il y aura un but, aux cris que mon père et mon frère pousseront à ce moment-là.

Le match commence. L’équipe algérienne est d’emblée super-motivée, quitte à mettre de sacrés coups en traître. Mais les arbitres ne voient rien ou font semblant de ne rien voir. But pour l’Algérie : mon père, jusque-là confortablement allongé, se redresse soudainement. Mon frère suit le mouvement. Deuxième but algérien, puis le troisième ! « La honte pour ces pharaons champions de la Coupe d’Afrique des nations en 2008 ! » lâche mon père face à son écran LCD. Un petit but égyptien histoire de sauver l’honneur au tableau d’affichage, mais l’Algérie est bel et bien vainqueur.

De ma fenêtre de la cité Paul Eluard de Bobigny, on entend des coups de cuillères sur des casseroles. Vous savez, comme dans tous les quartiers le jour de l’an. Des youyous et des cris sur la dalle. Certaines mamans le font machinalement, elles ne savent même pas ce qu’il se passe. Des drapeaux algériens flottent aux fenêtres. Mais bon, cet emblème est brandi en toutes occasions. Il apparait sur les voitures d’un mariage marocain comme à Roland Garros !

Chez moi il n’y en a pas, mais ma mère est là pour porter les couleurs du drapeau. Fière, et nargue mon père. Vous connaissez surement ce petit mot « Chèh ! » (bien fait !), qui, dans les quartiers populaires, est dans la bouche des Arabes comme dans celle des Blancs. Eh bien ma mère a dû l’employer sept fois en cinq minutes. Histoire de rendre fou mon père. Mon frère comme moi avons eu subi les textos et appels vachards des amis, mais à la question « Alors pas trop dégouté d’avoir perdu ? », notre réponse a été : « Je m’en fiche, je suis moitié algérien(ne). »

Je l’avoue, j’avais une préférence pour l’Egypte. Les Algériens ont fêté leur victoire face à l’Egypte comme s’ils avaient gagné la coupe du monde : rassemblement devant l’Arc de triomphe, création de groupes sur Facebook, pseudos MSN à la gloire de ce fait d’armes ! Au point que je me suis demandé si Bouteflika n’allait pas rendre férié le 7 juin en mémoire de ce jour sacré où l’Algérie gagna par 3 buts à 1. Et tant pis si l’attitude du public algérien fut parfois déplorable, avec lancés de projectiles. Les sept points de suture à l’arcade sourcilière de l’Egyptien Amr Zaky ont éclaté sous les coups portés par les joueurs adverses.

Mon père rumine déjà sa revanche. Il attend patiemment le match retour qui se jouera en Egypte. Il a dit qu’il jouera à l’Algérien si l’Egypte gagne, c’est-à-dire qu’il s’armera du drapeau égyptien et ira courir sur les Champs-Elysées avec. Histoire de montrer les Egyptiens sont aussi fiers que les Algériens de leur bled.

Inès El laboudy

Inès El laboudy –

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