C’est la journée mondiale sans tabac aujourd’hui. Mehdi, notre plus jeune blogueur, a vu changer les habitudes des fumeurs au collège. L’argent de poche continue de partir en fumée pour certains. Mais désormais c’est dans la chicha ou le tabac à rouler. 

Il y a quelques années, quand ma sœur était encore au collège, il m’arrivait d’aller la chercher en voiture avec ma mère. Je me souviens que beaucoup de jeunes étaient cachés dans la rue d’à côté et fumaient tous ensemble. Des paquets de cigarettes et des mégots témoignaient de ces pauses du midi. Aujourd’hui c’est moi qui ai pris sa place au collège, il paraît  qu’elle passe son bac.

Et dans ce même collège, les habitudes des fumeurs ont bien changé. Maintenant les jeunes ont pratiquement arrêté de fumer la cigarette, la petite phrase en dessous du paquet a peut-être fait son effet. Désormais ils fument la chicha. Beaucoup continuent de penser que c’est moins toxique que la cigarette, mais ils se trompent. Ils continuent de se cacher pour fumer. Une fois, en rentrant du collège, j’ai vu trois filles et un garçon avec une chicha dans les mains se diriger dans une impasse sombre et étroite. Normalement c’est à cet instant dans les films qu’ils meurent tous un par un. Mais le lendemain ils étaient toujours  là…

Un jour j’ai demandé à mes amis fumeurs : « Pourquoi est-ce que vous fumez la chicha ? ». Ils m’ont répondu : « Parce qu’il y a du goût et ça coûte beaucoup moins cher. Regarde, il y en a un qui amène la chicha, un autre qui amène le charbon et hop le tour est joué. En plus c’est convivial, poursuit-il, comme dirait la prof de français, c’est pas comme si chacun fumait sa clope dans son coin ».

J’ai déjà vu une chicha en vrai et il faut reconnaître que ça ne rentre pas dans une poche. Les vrais accros ont donc repris les habitudes des anciens : certains se sont remis à la cigarette. Mais les « vraies cigarettes sont trop chères »,  disent-ils. Ah oui, j’ai oublié de préciser que je suis en 4e, j’ai 13 ans. Déjà, négocier avec nos parents 5 ou 10 euros pour aller au Quick, au cinéma c’est compliqué, je ne les vois pas demander à leurs parents : « Papa, maman vous avez 6 euros ? » « Pourquoi fiston ? » « Bah, pour mon paquet de Malboro, voyons ».

Ils ont donc trouvé un compromis, ils organisent une caisse commune pour acheter du tabac à rouler et des feuilles. Car ils ont appris à rouler leurs propres cigarettes. Et pour se procurer le tabac, et bien ils grugent leurs parents en prétextant un Mac Do ou un cinoche. Au début je trouvais ça cool de les voir prendre des risques avec leurs cigarettes, souvent ils me disent : « Allez tiens, prends une taffe toi aussi ! » Personnellement je n’ai jamais tenté le diable : déjà parce que mes parents me l’ont formellement interdit, mais aussi parce que je me l’interdis à moi-même. Hors de question de devenir comme mes potes qui ne tiennent plus sur leur chaise à la fin de la journée parce qu’ils sont en manque de clope.

En en discutant avec ma sœur de 18 ans, elle m’a dit qu’elle trouvait cela inquiétant. « Tu te rends compte que vous n’êtes qu’en 4e !, me dit-elle. Tes potes ils ont ton âge ? 13 ans, 14 ans, comme toi ? » Si seulement elle savait ! Les 6e de 10 ans s’y mettent aussi. Peut-être que dans quelques années mon petit cousin racontera la suite, il est en CP.

Mehdi Ichou

 

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022