« 46 euros divisés par trois, ça fait combien ? 15 euros on va dire. Bon, c’est raisonnable les mecs, mais je vous préviens, j’y vais en premier ! » Le romantisme, en banlieue, se limite parfois à un tête-à-tête entre un gars et sa copine dans une belle voiture sur le parking du centre commercial. Du coup, certains se cotisent et réservent une chambre d’hôtel dans le coin histoire de faire bonne figure devant mademoiselle.

Mais lorsqu’on se cotise, on est plusieurs à convoiter la place du prem’s, celui qui occupera la chambre en premier et y trouvera des draps propres. Quand on emmène une fille à l’hôtel, ce n’est pas pour jouer à la Xbox. Alors, niveau hygiène, ce n’est pas le top pour le dernier et le dernière qui vont se dénuder dans un lit où d’autres se sont étalés quelques minutes auparavant.

Tout cela a un côté glauque, mais pour ces garçons, la chambre louée, c’est une façon de montrer à la fille – non pas une fille pour trois, mais chacun la sienne – qu’ils peuvent lui proposer un rendez-vous dans un lieu discret, câlin et « romantique » pour faire leur affaire. En général, ils s’arrangent pour réserver la chambre le matin de façon à avoir la clé à midi. Et c’est souvent dans un hôtel de la ville voisine, plus rarement de la sienne, que la réservation se fait.

« Pour celui qui a la chance d’avoir une compagne assez libre, il passera la nuit avec elle à l’hôtel et là, c’est le meilleur moment », m’explique Stéphane. Ces nuits intimes, ça se passe aussi dans Paris intramuros, mais là, il faut plus de moyens et la chambre sera plus grande aussi. Certains ont une combine pour trouver la chambre propre à leur arrivée après le copain : « J’ai eu l’idée, une fois, de renverser du jus d’orange sur le drap et je l’ai signalé à la réception. Du coup, ils ont changé les draps et moi, j’avais un lit propre ! », me confie Bryan en compagnie de son ami Chérif, qui, pris d’un fou rire, et s’exclame : « T’es un génie mon pote, je n’y aurai jamais pensé… »

Pour Sarah (pseudonyme) et son petit ami, faire ce genre de chose est devenu une habitude. « Quand on est jeune, pour ma part j’ai 19 ans, et que l’on vit encore chez ses parents, ce qui est mon cas et celui de mon petit copain, avoir une intimité, c’est vraiment compliqué… Je ne suis pas fan des plans dans une voiture, un escalier ou dans d’autres lieux bizarres où se retrouvent les couples de mon quartier. J’ai ma pudeur et je me respecte. Je sais que beaucoup de gens se disent qu’une fille qui va à l’hôtel pour profiter d’un câlin avec son copain, c’est une catin (Sarah serre les dents en prononçant ce mot), mais pour moi, c’est une preuve d’amour que mon copain me donne, car il se préoccupe de notre confort et de notre discrétion. Au moins je ne flippe pas que quelqu’un ouvre la porte de l’escalier et me trouve dans une posture pas très catholique ou encore que quelqu’un passe trop prêt de la voiture dans laquelle je me trouve… »

« Ton copain, je demande à Sarah, se cotise avec des amis pour louer une chambre ?

– Pas du tout, répond-elle, on partage à deux la plupart du temps, ou alors il paye seul. Je n’ai pas envie que quelqu’un d’autre s’installe là ou je vais m’allonger…

– Quelqu’un sait que tu vas à cet endroit pour retrouver ton chéri ?

– Non, je n’en ai parlé à personne et lui non plus. Je n’ai confiance en personne, même pas en ma meilleure amie, car un jour ou l’autre, elle ouvrira sa bouche et je ne veux surtout pas que ma famille ou même quelqu’un de mon quartier soit au courant.

– Le réceptionniste vous connaît, à force, je suppose. Tu n’as pas peur de le croiser alors que tu es avec quelqu’un de ta famille et que par mégarde, il dise une bêtise ?

– Non, car on change régulièrement d’hôtel et on n’y entre jamais en même temps. Et je fais en sorte d’avoir une coupe de cheveux différente à chaque fois…

– Donc tu crains beaucoup que l’on te reconnaisse ou que quelqu’un te voie ?

– Bien sûr, j’habite dans une cité où mon grand frère est très respecté du fait de sa sagesse et de son âge, il en deviendrait fou, de savoir cela… » Elle s’arrête là dans ses explications, gênée par le nombre de gens qui passe dans le parc…

Inès El Laboudy

Paru le 31 mai 2010

Inès El laboudy

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