Tout semble aller pour le mieux ici, ou du moins, rien ne perturbe la routine.  Paris s’éveille, doucement mais sûrement. De ma fenêtre, je regarde la ville, si paisible à cette heure de la matinée. La lumière du jour n’a pas encore percé et  l’hiver  semble parer de son manteau de glace les passants que j’aperçois. Après avoir pris un bon café chaud, il est temps de quitter le foyer.  Les quelques visages que je croise, déjà rosés par le froid, prennent l’air maussade. Comme chaque matin à la gare, ce vieux vendeur de journaux attend  ses clients et comme chaque matin, j’en profite pour lui en acheter un. Après un joyeux «Bonjour », il ajoute « c’est bien vide, quelle tristesse ! Bien heureusement, la ville s’anime au fur et à mesure que les heures passent ». A midi, les rues sont pleines à craquer. Un rayon de soleil illumine la ville lumière. Les retardataires s’empressent de finir leurs achats de Noël tandis que les autres déjeunent simplement sur les terrasses.

Assise au bureau, je sors mon journal et feuillète les pages. En gros titre, on peut  lire Disparitions inquiétantes à New York City avec, comme illustration, un énorme vaisseau spatial posé sur le Ground Zero. Plus étonnée de ce genre de faits divers, je décide de m’attarder sur les pages de la rubrique politique, pour finalement  revenir sur cet article. C’était mystérieux. Maria, ma collègue, m’interroge : « Que s’est-il encore passé là-bas ? Ah ! Ces Américains, toujours à la recherche  d’une nouvelle histoire à raconter. Qu’est ce qu’ils peuvent bien leur être arriver encore ? » . Je me mets à lire l’article et au fil de la lecture, tout devient clair. Plusieurs mots font écho dans ma tête : extraterrestres, nouvelle planète. Je me retourne vers Maria et lui dit : « Maria, quel jour sommes-nous aujourd’hui ? » « Le 21 décembre 2012 », me dit-elle, d’un air narquois. « Et qu’est-ce qui est censé se passer aujourd’hui  ?» Après longue réflexion, elle me regarde en faisant les gros yeux et répond : « La fin du monde ?!! ».

Paniquées à l’idée d’affronter cette épreuve, nous décidons de faire une recherche à ce sujet sur Internet. « Ouvre Google, vite, vite » me dit-elle nerveusement, « tape les mots-clés fin du monde, NYC, extraterrestres et lis moi ce que tu trouves ». « Maria, je ne veux pas te faire peur, mais Internet ne marche plus, Google semble ne plus exister ». « Regarde par la fenêtre !». Visages alarmés, les gens courent de partout, les cris de peur, les pleurs tout y est. « C’est notre tour Maria, la fin est là ». Je distingue au loin ce fameux vaisseau spatial  ainsi que les hommes verts décrits dans le papier, qui arrachent les humains de la terre ferme et les placent dans cet énorme engin. J’avais déjà entendu cette histoire qui disait qu’un jour, des extraterrestres viendront chercher les humains et les transfèreront dans une autre planète, mais je n’y croyais pas.

Un bruit assourdissant résonne dans la rue. Ils ne parlent pas et se contentaient de prendre les hommes. Le ciel s’obscurcit. Finis les rayons de soleil, un gros nuage noir a pris place. Nous n’osons pas sortir du bâtiment de peur de nous faire attraper mais nous savons que notre heure arriverait quand même. Les heures passent et la ville se vide de ses habitants. Je me rends soudain compte que Maria et moi sommes les seules rescapées. « Maria, descendons, allons voir s’il y a quelqu’un ».

La ville est déserte. Les bars, dont les portes sont grandes ouvertes, sont vacants. Les télés, toujours allumées, ne captent plus. Plus d’antenne, plus d’Internet, plus rien, pas même un chien errant. Nous sommes condamnées à périr seules. Nos larmes coulent et la peur nous gagne. Soudain, une secousse envahit mon corps et j’entends une voix : «Réveille toi, tu es en retard ! Allez, du nerf ! ». C’est mon père qui me secoue. «Ton réveil a sonné il y a une demie heure mais tu l’as éteint et tu t’es rendormie ! » Je me lève en sursaut et regarde autour de moi. Rien n’a bougé. Je m’empresse d’ouvrir la fenêtre. Il fait encore nuit. L’eau de la Seine n’a pas débordée et les passants sont là. Soulagée, je me dis intérieurement « Ouf, la fin du monde, c’est pas pour aujourd’hui. La journée sera longue. On est prêt pour accueillir l’année 2013 ».

Wassila Belkadi

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