André a les mains tachetées d’éclats de couleurs, a des éclaboussures de pigments rouges et jaunes sur son élégant maillot. Parce que même sous un soleil atrocement chauffant, André reste d’une suprême élégance, portant son borsalino blanc immaculé sur son crâné légèrement dégarni. André est l’éternel enfant du cœur du village. Avec ses rêves et son talent, son coup de pinceau joyeux. Avec son sourire, toujours présent.

André est artiste, « autodidacte », précise-t-il. Ne connaît pas grand-chose à l’histoire de la peinture mais vénère absolument Norman Rockwell. Et on ne le contredira pas ! Tous les matins, il est là, à chaque étape. Près du podium, qu’il retrouve chaque jour. Parce qu’il est devenu indispensable. Il lui aura fallu deux Tours de France pour s’imposer. Pour « être reconnu ».

Pour ce grand enfant, le rêve n’est pas de chanter « I Will Survive » et d’être introduit dans le show-biz par Nikos Aliagas mais plutôt de voir ses toiles exposées dans de célèbres musées. Et d’ailleurs, à Barcelone, il a « versé des larmes » quand le maire lui a proposé d’exposer sa toile du jour au Musée olympique de la ville. Parce que, oui, ses toiles exclusives sont systématiquement offertes aux municipalités, ou communes, si vous préférez. C’est un peu pour elles, beaucoup pour lui, qu’il fait ça. Et quand le Tour s’achève, que l’homme-artiste n’a plus l’occasion d’offrir de son talent quotidiennement, « ça lui manque ». Evidemment !

André, l’enfant jamais satisfait. Qui, quand il rentre se coucher, des tas d’étoiles brillantes dans les pupilles, se dit, invariablement, qu’aujourd’hui, il aurait pu mieux faire. On veut le rassurer, lui dire que c’est toujours parfait. Il nous dirait que la perfection n’existe pas, et il n’a pas tort.

André, dans deux semaines, va ranger ses pinceaux, les conserver précieusement, jeter les usés, refermer son châssis. Mais que la retraire, provisoire, ne sonne, il lui reste des étapes pour nous éblouir et colorer nos journées. Les enfants ne manquent jamais d’inspiration…

Mehdi Meklat, à Tarbes

Mehdi Meklat

Articles liés

  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021
  • « On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments »

    Avec la crise sanitaire, pour de nombreux jeunes des quartiers populaires, l’été se passe souvent à la maison. Pour faire face à un été compliqué, des associations proposent (heureusement) des alternatives pour les plus jeunes. Reportage.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 16/07/2021
  • Le fast food social de l’Après M, 13 organisé à Marseille

    Dans les quartiers Nord marseillais, l’Après-M est en pleine phase de transition : de la débrouille à la structuration, mais toujours dans une quête d'indépendance. En pleine discussion avec la mairie phocéenne qui a annoncé son rachat, le 9 juillet prochain l’Après-M connaîtra la nature de sa propriété et de ses propriétaires. En attendant, l’auto-organisation locale reste toujours la marque de fabrique de la structure qui continue de fournir de l’aide alimentaire. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 08/07/2021