Je suis un éternel outrancier qui cherche sa rédemption dans l’équilibre. En ce moment, mon équilibre, c’est le chou vert. Facile à cuisiner, multivitaminé, il remplit tous les critères de la bien-mangeance qui ne jure que par la cuisson vapeur. Le chou vert semble venir d’une autre planète, tel un œuf composé de feuilles qui s’entrelacent, et qui renferme une créature maléfique, comme les œufs d’« Aliens ». Une peur primale s’empare de moi, j’ai peur de découvrir une bête qui va me piquer. Je suis entomophobe et je ne me soigne pas.

Je ne connais pas mille façons de cuisiner le chou vert. Après l’avoir nettoyé je le fais blanchir trois à quatre minutes dans de l’eau bouillante. Et comme tout végétarien qui atteint vite ses limites, je le prépare en farci, avec de la viande hachée. J’y ajoute quelques patates. Je sais, on n’est entouré que de régimes anti-obésité, anti-cancer, anti-cholestérol, etc. Des ouvrages de prévention pullulent et polluent notre cerveau et notre corbeille, avec ce slogan jouissif : « Mangez des asperges, des choux de Bruxelles et du cresson. » Deux cents grammes minimum par jour, jusqu’à ce qu’on devienne tous verts. Sur la planète Pandora, ils sont tous bleus pour avoir abusé du champignon bleuminescence.

Mais j’avoue que je me sens coupable, je me dis qu’un jour peut-être, je m’en mordrai les doigts, de cette orgie de viande et de féculents. Ma culpabilité s’intensifie à la vue des tapis de caissières dans les supermarchés. Alors que mon tribut au dogme des « cinq fruits et légumes par jours » se résume à une salade, une tomate et une brique de Tropicana, d’autres étalent un vrai jardin : courgettes, kiwi, poivrons, chou-fleur, poireaux, et s’ils le pouvaient tout le stand potager y passerait. Cette montée de honte dure l’espace d’un clin d’œil quand je vois l’embonpoint de certains : ils font les malins avec leur champ de carottes, mais je suis certain qu’ils se bourrent d’aliments diététiquement incorrects.

Récemment, en feuilletant Le Figaro, je suis tombé sur une étude d’un certain Paolo Boffetta, chercheur à l’École de médecine Mount Sinaï, à New York. Il envoie tout valser. Se gaver d’herbe comme les vaches, ne sert à rien ou presque. Le régime « vert » ne réduit les risques de cancer que de 3%, selon ce nouvel ami.

Je vais d’autant moins renoncer au chou vert farci, à l’algérienne. Petit, c’est mon grand-père chéri, aujourd’hui sous terre, qui m’a transmis le goût des légumes et des fruits. Mais un fruit et un légume, là-bas, c’est comme de la viande. Ancien marchand de primeurs, mon grand-père, vêtu de son bleu de chine, m’emmenait le matin arpenter les dédales du marché, juste en bas de son immeuble. Ce marché situé à Bab-el-Oued existe encore, tous les fruits et les légumes des maraîchers alentour viennent y faire leur défilé haut potager.

Sur les coups de 10 heures, chargé du couffin abondamment garni et aidé d’un voisin, je remontais les quatre étages. Les femmes, se demandant jusque-là ce qu’elles allaient bien pouvoir faire à manger, voyaient arriver avec soulagement la muse des victuailles qui leur donnerait des idées de recettes pour le midi et le soir. A 13 heures, dans la rue, les étales du marché disparaissaient comme Cendrillon à minuit. Les éboueurs faisaient au plus vite, nettoyaient le sol avec leur jet d’eau, faisant disparaître l’odeur de fruits pourris, fruits qui plus tôt dans la matinée exhalaient mille parfums. Je ne suis donc pas un physionomiste anti-légumes : « Toi, t’es vert, tu rentres pas dans la casserole, on est plein ce soir. » Je suis reconnaissant à ces nourritures terrestres de leurs bienfaits.

Malik Youssef

Le coin recette : Chou farci façon Chorba Boy

Chorba Boy décline toute responsabilité si vous vous plantez dans la recette.

Les Ingrédients : 1 chou vert, 300g de viande hachée, 2 oignons, 125g de petite pommes de terre, 2 à 3 cuillères à soupe de pois chiche trempés, 1 œuf, persil plat (pour la farce et la sauce), de la paprika, du poivre noir, 2 cuillères à soupe d’huile d’olive, 25g de beurre, de la cannelle (pour la farce et la sauce), du sel, un Kub-Or*, 1 citron.

La préparation : Enlever le trognon, séparer les feuilles et nettoyer à l’eau froide. Faire blanchir les feuilles du chou 3 à 4 minutes dans l’eau salée bouillante. Les enlever de la marmite et les faire tremper dans de l’eau froide, tout de suite. Les laisser égoutter.

La farce : Disposer la viande hachée dans un récipient. Ajouter un oignon émincé, le persil plat ciselé, du paprika, du poivre noir, de la cannelle et l’œuf. Saler. Mélanger le tout avec la main. Sur votre plan de travail, disposer une feuille de chou à plat. Poser à la base une boule de la farce. Rabattre les côtés de la feuille de chou sur la boule, puis rouler la feuille pour faire un petit paquet. Refaire l’opération, jusqu’à épuisement des feuilles. Faire des boulettes avec le reste de la farce.

Dans un fait-tout, faire fondre l’huile d’olive et le beurre. Ajouter l’autre oignon émincé, les pois chiche, la cannelle, le poivre noir et le persil. Faire revenir le tout à feu moyen, pour dorer les oignons. Ajouter le jus d’ ½ citron. Couvrir d’eau, ajouter le Kub-Or* et les pommes terre épluchées. Laisser cuir. Au bout de 5 minutes, saler si nécessaire, puis placer les paquets de chou farci. Rajouter un peu d’eau si besoin. Laisser mijoter à feu doux jusqu’à la cuisson des patates.

Servir chaud, et garnir avec du persil frais. Vous pouvez servir avec du riz nature.

Bon appétit.

*Dans la recette traditionnelle, au moment de faire revenir les oignons, on ajoute des morceaux de viande de mouton, je remplace cette viande par un Kub-Or.

Malik Youssef

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