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Depuis tout temps, le père de famille retraité, passé la cinquantaine (on est mis tôt à la retraite), passe ses après-midis dans les bars PMU à miser sur ces pauvres bêtes qui tournent en rond pour le pactole que remportera le plus malin des parieurs. Mais il y a un an environ, la clientèle de ces bars a changé de tout au tout. Les casquettes et bonnets ont mis les bérets sur la touche. Les coupes structurées au gel et les chewing-gums ont pris le pouvoir sur les calvities-mégots. L’arrogante jeunesse a chassé le vieux qui baragouinait au comptoir.

Leur truc, aux jeunes, c’est Cote&Match. Ils parient sur les résultats de matchs de football, basket-ball ou rugby qui se dérouleront en soirée ou dans la semaine. Chaque équipe a une cote. Plus elle est élevée, plus on a de l’argent à gagner. Le pari peut porter sur un à six matchs en même temps. Les sommes que ces Baby-Scarface misent varie de un à huit euros. Quand on mise 1 euro et qu’on peut en gagner 50, c’est un plaisir dont une tentation à laquelle on aurait tort de ne pas succomber. Quitte à s’endetter auprès de maman. L’argent misé provient généralement des parents ou d’amis qui donnent un euro par-ci par là. Ou de mini-salaires, tel celui empoché par ce coach d’une équipe de foot de 3-6 ans au club de la ville.

Quand je demande aux jeunes qui jouent à Cote&Match : « Votre rêve, c’est de gagner combien ? », leur réponse est un cri du cœur : « 1000 euros ! » Pour moi, un pactole, ça commence quand il y a cinq zéros ! Mais pour eux, 1000 euros, c’est un petit butin à portée de rêve. Que faire avec ? « Achter une nouvelle garde-robe, des crampons tout neufs, un écran LCD ou encore le dernier I-phone 3GS. » D’autres, avec cette somme, se paieront des vacances d’été.

En quelque mois, le phénomène de cette jeunesse parieuse s’est répandu dans pratiquement tout Bobigny, les âges variant entre 12 et 25 ans. Mais l’appât du gain peut parfois prendre des tournures folles. Un jeune homme de 20 ans, qui avait toujours fait de bons pronostics, a parié 400 euros dans l’espoir d’en remporter 800. Manque de bol, il a tout perdu, la moitié de son salaire d’animateur en centre aéré. Vous pensez que cela lui a servi de bonne leçon ? Que Nenni ! Pour tenter de se refaire, il a continué à miser des sommes assez rondelettes mais ne dépassant pas 100 euros. Parvenu à ses fins, il a organisé sa fête d’anniversaire et la conversation de la soirée tourna autour de sa perte initiale de 400 euros.

Aujourd’hui, quand on n’a pas le talent pour être footballeur pro, le plan B, c’est Cote&Match ! Malgré la crise et la hausse du chômage, ou à cause de l’une et de l’autre, le pari reste une solution pour nourrir sa famille, à condition d’être intelligent et bon pronostiqueur.

Inès El laboudy

Inès El laboudy

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