Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel avait été saisi de « l’affaire » du bar-PMU de Sevran. Plusieurs téléspectateurs s’étaient plaints de la séquence du JT du 20h de France 2. « Pas de manquement » a conclu le gendarme de l’audiovisuel. De nombreuses questions restent toutefois en suspens.

« Le Conseil n’a pas relevé de manquement de la chaîne à ses obligations en matière de respect des droits et des libertés », a finalement tranché le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) lundi 31 juillet, à propos du reportage controversé qui présentait un bar de Sevran, en Seine-Saint-Denis, comme un lieu où les femmes sont « indésirables« . Trois mois plus tard, la contre-enquête du Bondy Blog démontrait pourtant que des femmes clientes se rendaient régulièrement dans ce bar-PMU.

« Une image faussée de la réalité »

La diffusion du reportage avait provoqué de nombreuses réactions. Plusieurs téléspectateurs s’étaient plaints de cette séquence, diffusée à une heure de grande écoute. Yannick Vaugrenard, sénateur de Loire-Atlantique, avait quant à lui adressé le 30 mars dernier un courrier au président du CSA, Olivier Schrameck, lui demandant de se saisir du reportage sur Sevran « afin d’établir objectivement les faits et d’en tirer les conclusions ».

« Ce qu’on vit est une souffrance. Nous sommes à des années lumières de cette image qui a été donnée de nous », expliquait, choqué, Amar Salhi, le patron du bar. « Vives les femmes dans les bars, sales porcs ! » pouvait-il recevoir en guise de lettre anonyme, après la diffusion de ce reportage. « On nous salit, on nous stigmatise, on nous dénigre, alors que c’est faux. Cette histoire a profondément touché à la dignité des gens », s’indignait quant à elle Nathalie Bayon, responsable de la tranquillité publique à Sevran. Dans sa décision, le CSA rappelle que « le patron du bar présenté dans le reportage s’estimait ‘lésé, discriminé, insulté, menacé’ par la présentation faite par la chaîne de son établissement’ et critiquait un traitement journalistique donnant « une image faussée de la réalité, les femmes n’étant pas, selon leurs témoignages, exclues de l’établissement ».

Pas de stigmatisation des habitants de Sevran

Toutefois, le CSA a trouvé que « la chaîne avait respecté ses obligations en matière d’utilisation de la caméra cachée », controversée car réalisée par deux militantes de l’association La Brigade des mères, pendant 85 secondes, et non par des journalistes professionnelset « que ce reportage ne stigmatisait pas les habitants de la commune de Sevran, les faits étant présentés comme représentatifs d’un problème de société global ».

Le régulateur de l’audiovisuel dit n’avoir « pas relevé de manquement de la chaîne à ses obligations en matière de respect des droits et libertés ». Il conclut en assurant les plaignants de sa vigilance concernant le traitement de » sujets controversés (…) susceptibles d’avoir des répercussions sur la cohésion nationale ».

Des questions en suspens

L’enquête du Bondy Blog montrait que le bar-PMU accueille bien des clientes femmes. Plusieurs sont d’ailleurs des fidèles de l’établissement depuis plusieurs années. L’une d’entre elles nous a rapporté sa réaction le soir de la diffusion du reportage : « Je n’en croyais pas mes yeux, ni mes oreilles. Je me suis dit ‘mais c’est du mensonge !’ Je ne comprenais absolument pas, cela ne correspondait pas à l’endroit que je fréquente ». Une autre habituée, Josette, 61 ans, était très remontée contre la chaîne publique. « À ce moment-là, j’ai failli jeter ma tasse de thé sur mon écran. Je me suis dit ‘c’est quoi ce bordel ?' »

Suite à la publication de la contre-enquête, France 2 avait publié un communiqué qui affirmait que « les règles déontologiques » avaient été « respectées » et « renouvelait son soutien aux équipes de la rédaction ». Pourtant, plusieurs journalistes de France 2 s’interrogaient sur les conditions de tournage du reportage, d’autres exprimaient des réserves : “Il y a un débatnous nous interrogeons. Il y a eu plusieurs jours de montage pour ce reportage, cela veut dire qu’il y avait conscience que le sujet était sensible. Est-ce que la caméra cachée a été utilisée à bon escient ? Est-ce qu’en amont le sujet a été bien préparé, réfléchi ?” Des questions que nous partageons.

Selim DERKAOUI

Articles liés

  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026
  • Peut-on encore aimer cette Coupe du monde ?

    Passionnés de football, ils ont grandi au rythme des Coupes du monde et des exploits de leur sélection. Mais cette édition les place face à un dilemme : continuer à vibrer pour leur équipe ou prendre leurs distances avec une compétition débordée par les enjeux politiques, économiques et sociaux. Entre boycott, culpabilité et plaisir contrarié, ils racontent leurs tiraillements.

    Par Aya Alkhiyari
    Le 14/07/2026